Les veines de notre mère la Terre : exploration de grottes sous-marines avec Jill Heinerth

Jill Heinerth photographiant le dessous de la surface de la glace de mer près de l’île Bylot.

Enfant, Jill Heinerth rêvait de devenir astronaute. Pour cette jeune fille canadienne du XXe siècle, cette option n’était toutefois pas envisageable. Refusant de s’avouer vaincue, Jill Heinerth a décidé d’assouvir sa passion pour les paysages chargés de secrets en embrassant une carrière tout aussi exaltante. C’est ainsi qu’elle s’est frayé sa propre voie dans les profondeurs de la Terre, où elle pouvait également explorer en apesanteur des mondes cachés. L’eau est l’élément vital de notre planète, et pourtant, nous en savons plus sur le cosmos que sur les grottes sous-marines de la Terre. Jill Heinerth s’emploie donc à remédier à la situation, une plongée dans les profondeurs à la fois.

Jill Heinerth descends through the tannic water of the Santa Fe River to enter Devil's Ear Spring in Florida.  Photo credit: Selfie by Jill Heinerth, IntoThePlanet.com
Jill Heinerth descendant dans l’eau tannique de la rivière Santa Fe pour entrer dans le site Devil’s Ear Spring, en Floride.
Photo : Égoportrait de Jill Heinerth, IntoThePlanet.com

Jill Heinerth est la première exploratrice en résidence de la Société géographique royale du Canada. Le titre d’« exploratrice » englobe en quelque sorte les nombreuses fonctions qu’elle assume, puisqu’elle est à la fois plongeuse technique, photographe, auteure et conférencière. Talentueuse sur le plan artistique, elle figure aussi parmi les plongeurs les plus qualifiés dans le monde. Elle a effectué plus de 7000 expéditions, qui l’ont menée dans des grottes sous-marines étroites, des glaciers massifs et des épaves de navires, et même en pleine guerre civile.

Pour beaucoup, les endroits que Jill Heinerth explore sont propres à donner des cauchemars. Les premières images d’une vidéo, impertinentes, montrent un panneau sur lequel est écrit : « STOP! NE VOUS EXPOSEZ PAS À LA MORT! N’ALLEZ PAS PLUS LOIN. » Elle le contourne nonchalamment, le risque ne faisant pas le poids devant son courage et sa curiosité. D’autres séquences la montrent nageant à travers des crevasses si étroites qu’elles semblent enserrer son corps telles des mâchoires. Bien qu’elle soutienne qu’une certaine crainte soit salutaire, voire nécessaire, Jill Heinerth croit qu’il faut d’abord franchir la barrière de la peur pour faire de véritables découvertes. En fait, ce serait ce léger sentiment de peur qui permettrait de savoir qu’on est en train d’accomplir quelque chose de nouveau et d’extraordinaire.

National Geographic Explorer and Archaeologist Guillermo de Anda and Corey Jaskolski during a National Geographic/Gran Aquifero Maya project that focuses on creating high-resolution, augmented reality scans of artifacts in Mexican caves.
Guillermo de Anda et Corey Jaskolski, explorateurs et archéologues du « National Geographic », dans le cadre du projet National Geographic/Gran Acuífero Maya, qui vise la numérisation haute résolution en réalité augmentée d’artefacts dans les grottes du Mexique. Photo : Jill Heinerth, IntoThePlanet.com

Elle est certes intrépide, mais elle est loin d’être insouciante. Outre sa formation approfondie, sa grande intuition et des protocoles de sécurité stricts, Jill Heinerth recourt à des technologies de pointe pour le maintien de la vie. En fait, son équipement ressemble davantage à celui d’un astronaute qu’à celui d’un plongeur récréatif. Elle utilise des appareils de respiration à circuit fermé, qui recyclent le dioxyde de carbone expiré en oxygène utilisable. Grâce à cette technologie, elle peut plonger pendant 20 heures. Alors, oui, elle emporte des collations.

Les plongées de Jill Heinerth sont souvent soutenues par des scientifiques de tous horizons. Les biologistes sont fascinés par les animaux qu’elle rencontre, car ces derniers n’ont souvent rien à voir avec ceux qu’on trouve sur terre. Bon nombre de ces espèces se retrouvent dans un seul réseau de grottes et leur présence concorde souvent avec la chronique des fossiles de la période qui précède l’ère des dinosaures. Sur le plan de l’évolution, ces espèces font certainement bien les choses — que pouvons-nous apprendre d’elles?

Jill Heinerth returns from a dive at Wookey Hole, UK on the 80th anniversary of the first-known cave dive.
Jill Heinerth au retour d’une plongée à Wookey Hole, au Royaume-Uni, à l’occasion du 80e anniversaire de la première plongée spéléologique connue.
Photo : Avec l’aimable autorisation de Suunto UK

L’exploration des grottes fournit également des indications culturelles et géologiques sur le passé. Les paléontologues et archéologues étudient les fossiles et les artefacts découverts par Jill Heinerth afin de combler les lacunes dans l’histoire de la vie. Parfois, elle découvre même des restes humains! Les géologues sont également captivés par les forces qui ont créé ces paysages uniques. À l’évidence, les grottes sous-marines racontent de longs récits détaillés sur la Terre et son passé. Cependant, on peut y faire également de petites découvertes; une fois, Jill Heinerth a ramassé une roche, des pores de laquelle une minuscule pieuvre est sortie vivante trois mois plus tard.

Aujourd’hui, la plongée et l’exploration ne représentent que quelques-unes des activités professionnelles de Jill Heinerth. De fait, cette dernière est également conférencière, auteure, cinéaste et photographe de talent, et elle milite en faveur de l’approfondissement des connaissances relatives à l’eau. « En tant que plongeuse spéléologue, je nage dans les veines de notre mère la Terre », fait-elle souvent remarquer, et sa passion pour la protection de l’eau comme élément vital guide chaque projet de sensibilisation qu’elle entreprend. Ce travail de conscientisation est probablement ce qui définira le plus l’héritage de celle qui s’est pourtant déjà imposée comme une exploratrice audacieuse. Elle a incité des millions de personnes à repousser leurs limites, à surmonter leur peur et à prendre soin de la planète. En cette époque marquée par la raréfaction de l’eau douce et les incertitudes liées au climat, peu d’actions ne sauraient être plus importantes.

 

Dr. Kenny Broad swims through Dan's Cave in the Bahamas during the National Geographic Abaco Blue Holes Exploration, Survey, and Outreach Project.
Le Dr Kenny Broad nageant dans la grotte de Dan, dans les Bahamas, dans le cadre du projet National Geographic Abaco Blue Holes Exploration, Survey, and Outreach. Photo : Jill Heinerth, IntoThePlanet.com

 

Auteur(s)
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Cassidy Swanston

Cassidy est étudiante en biologie et communication à l’Université d’Ottawa. Membre de l’équipe responsable de l’expérience des visiteurs au Musée des sciences et de la technologie du Canada, elle s’emploie à combler les lacunes en matière de communication entre la science et le public. Outre le travail (impressionnant) qu’elle accomplit au Musée, Cassidy aime voyager, monter sur les planches et s’occuper de ses plantes du mieux qu’elle peut pour les garder en vie.