Glacier la baleine : Squelette en compostage et modélisation 3D

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Après la mort de la baleine noire de l’Atlantique Nord (BNAN) nommée Glacier, une équipe de chercheurs canadiens a entrepris un projet visant à créer un modèle 3D de son squelette et à composter sa dépouille.  

« La mort de Glacier symbolise les impacts des activités humaines, explique Dr Gordon Price, professeur agrégé chargé du programme de recherche sur la gestion novatrice des déchets de l’Université Dalhousie. La préservation de son squelette constitue un autre effort pour rappeler au public la lutte désespérée visant à protéger cette espèce de l’extinction. »yeah 

En juillet 2017, la dépouille de Glacier a été envoyée à la faculté d’agriculture de l’Université Dalhousie, où une équipe de recherche, dont faisait partie le Dr Gordon Price, Christopher Nelson et le Dr Chris Harvey-Clark, se préparait à composter le squelette. Ce projet comptait sur l’appui et la coopération de Pêches et Océans Canada, qui a joué un rôle important dans la conservation et les efforts d’application des mesures visant à protéger les BNAN. 


Composter le squelette


Les os des cétacés à fanons regorgent souvent d’huiles et de graisses qui peuvent s’échapper des squelettes préservés au fil du temps et émettre des odeurs plutôt désagréables. Des huiles de certaines baleines exposées dans les musées du monde s’échappent encore après 100 ans d’exposition! Bon nombre des méthodes actuelles visant à retirer les huiles comportent l’utilisation de solvants toxiques, comme le trichloréthylène, lesquels peuvent être des agents cancérogènes pour les humains et nocifs pour les écosystèmes locaux. Le compostage est une approche qui tire avantage des micro-organismes naturels pour décomposer les matières organiques. Cette technique est généralement utilisée pour transformer les déchets organiques, comme les résidus verts résidentiels, le fumier de ferme ou d’autres matières décomposables, en compost pouvant être recyclé dans le sol. Les recherches antérieures de l’équipe de Dalhousie sur le compostage de petits rorquals et de baleines bleues ont démontré le potentiel de nettoyage et de dégraissage du squelette de Glacier grâce à une combinaison de compostage et d’autres méthodes encore plus salutaires pour l’environnement.
 

Une personne vêtue d’un sarrau blanc, d’une visière et des gants jaunes se tient debout près de l’ouverture d’un grand conteneur. On aperçoit la carcasse d’une baleine noire de l’Atlantique Nord en décomposition.

Photo de drone du Dr Gordon Price à côté du conteneur renfermant la dépouille de Glacier.

« La dépouille de Glacier est arrivée de l’Île-du-Prince-Édouard, après la nécropsie dans un conteneur, par une journée chaude de juillet, décrit le Dr Price. Quand j’ai ouvert les portes, le tout n’était pas très joli et ça ne sentait pas très bon! La dépouille de Glacier a été délicatement retirée du conteneur, puis placée sur des « lits » de matière première absorbante, laquelle agissant comme des éponges pour toute substance pouvant s’en échapper. »

Une grosse pile de copeaux et de sciure de bois repose dans un champ gazonné. On voit des arbres en arrière-plan.

Un mélange de copeaux de bois, de litière agricole et de sciure de bois recouvre les os pour la première étape du compostage, afin de décomposer les tissus exposés et les huiles à la surface.

Pendant plusieurs mois, les piles de compost avec les os de Glacier étaient surveillées pour noter les fluctuations de température et régulièrement fouillées pour vérifier leur condition. Les piles de compost peuvent émettre beaucoup de chaleur, dépassant les 60 °C, et peuvent ramollir les os si on ne les gère pas attentivement. La vérification régulière des piles de compost a également aidé le groupe de recherche à s’assurer que les os étaient bien dégraissés. 

Vue aérienne d’un groupe de personnes debout dans la sciure de bois brune et documentant les os d’une baleine. On voit du gazon autour du périmètre de l’image.

Une équipe travaille à étiqueter, à photographier et à mesurer les os de Glacier.

Assembler le squelette

Après des mois passés dans diverses piles de compost, un groupe de bénévoles comptant des élèves de cinquième secondaire du Cobequid Educational Centre, du personnel universitaire et des étudiants de cycle supérieur ont travaillé pendant deux jours pour ramener Glacier à la lumière. Ses os ont été délicatement exposés et retirés à la main des piles de compost, puis les débris qui y étaient attachés ont été balayés.

« Dans le cadre de la recherche en cours sur les changements que les os subissent pendant le compostage, chaque os a été examiné pour voir s’il était endommagé, puis pesé », explique le Dr Price.

 

Vue aérienne montrant les os d’une baleine noire de l’Atlantique Nord, étalés sur des toiles blanches dans un champ.

Le squelette complet de Glacier reconstitué sur des toiles sur la plage.

Un an après son arrivée à l’Université Dalhousie, le squelette complet de Glacier a finalement été reconstitué. Au cours de sept longues journées intenses passées à étiqueter, à photographier et à mesurer les os de Glacier, le squelette complet a été reconstruit avec l’aide du Dr Paul Nader, professeur d’anatomie vétérinaire à l’Université Lincoln Memorial. 

Grâce à une excavation minutieuse, la position des os est demeurée intacte, et ce, même après la décomposition des tissus qui les entouraient. Sur une des photos, on peut clairement voir les doigts des os de nageoires de Glacier et même avoir une idée de la taille. 

Une image brune, sur laquelle dominent les copeaux et la sciure de bois, révèle les os de nageoires de Glacier, la baleine noire de l’Atlantique Nord. Une ligne jaune sur l’image indique une longueur d’un mètre, montrant ainsi à quel point les os sont gigantesques.

On voit les doigts des os de nageoires de Glacier sur cette image. Un mètre jaune montre la largeur impressionnante de sa nageoire.

Après avoir vérifié que Glacier était relativement intact, les os ont été transportés à l’intérieur pour être entreposés et subir une approche de dégraissage plus individuelle : le bain de trempage. Chacun des os a été mis à tremper pendant 14 à 21 jours dans un puissant savon à vaisselle dégraissant où on assurait une aération constante, puis on les a mis à sécher à l’air dans l’installation d’entreposage. Les os étaient régulièrement pesés afin de continuer à surveiller les changements au fil du temps et après chacun des traitements de dégraissage.

De grands os blancs sont submergés dans un liquide clair, à l’intérieur d’un conteneur d’entreposage bleu.

Chaque os a été mis à tremper pendant 14 à 21 jours dans un puissant savon à vaisselle dégraissant où on assurait une aération constante, puis on les a mis à sécher à l’air dans l’installation d’entreposage.

Créer des numérisations 3D des os

Une fois le processus de dégraissage dans le bain de trempage des os de Glacier terminé, chaque os a été minutieusement archivé numériquement à l’aide d’un numériseur portatif Artec EVA 3D. 

« Les images numérisées en 3D des os sont censées être un autre élément de l’héritage de Glacier, pour contribuer aux efforts d’éducation et de conservation des baleines noires de l’Atlantique Nord et de toutes les autres espèces marines en danger d’extinction », affirme le Dr Price. 

Les images numérisées en 3D ont été utilisées pour créer des modèles interactifs, tels que ceux ci-dessous, accessibles à tous. Les fichiers numériques peuvent être utilisés pour reconstruire le squelette de Glacier numériquement et placés dans des espaces de réalité virtuelle, améliorant ainsi l’expérience interactive avec la présentation. 

Afin de bâtir ces environnements virtuels, l’Université Dalhousie s’est associée au laboratoire de conception interdisciplinaire de l’Université de Guelph, dirigé par le Dr John Phillips. Conjointement avec l’artiste contemporain et concepteur de réalité virtuelle (RV) Thoreau Bakker, une équipe collaborative a travaillé avec Pêches et Océans Canada pour concevoir et construire une expérience de RV axée sur Glacier, laquelle est hébergée au Centre des pêches du Golfe à Moncton, au Nouveau-Brunswick. 

Il s’agit d’un projet en cours pour le ministère des Pêches et des Océans Canada visant à exposer le squelette de Glacier dans sa dernière demeure au Centre d'entreprise des sciences de l'Atlantique de Moncton, au Nouveau-Brunswick. Des outils et des récits éducatifs continueront d’être développés pour promouvoir davantage l’histoire de la conservation et souligner la nécessité de continuellement mettre en place des mesures et faire de la sensibilisation.  

Dans le dernier article de cette série en quatre parties, lisez comment la réglementation canadienne s'efforce de protéger la baleine noire de l'Atlantique Nord.  

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Dr. Gordon Price

Le docteur Gordon Price est professeur agrégé à l'Université Dalhousie et dirige le programme de recherche sur la gestion innovante des déchets. Il se spécialise dans l'étude de la décomposition de la matière organique dans les systèmes naturels, tels que les sols agricoles, les installations de compostage et les écosystèmes forestiers. Il s'intéresse vivement à la gestion des ressources et aux problèmes de conservation des écosystèmes.

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Dr. John Phillips

Le docteur John Phillips est ingénieur en conception depuis seize ans. Il emploie une variété de logiciels spécialisés ainsi que la fabrication perfectionnée afin de générer des solutions précises et de développer des produits novateurs pour des disciplines multiples (ex: en sciences, en ingénierie, et les arts).  Ses compétences et créations sont adaptées aux secteurs aérospatiales (ex: NASA et l’Agence spatiale européenne), ainsi que pour l’industrie médicale, le secteur agricole/alimentaire, des artistes professionnels et outils pour les entrepreneurs (ex: le marketing).

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Pêches et Océans Canada

Nous avons pour mission d’assurer la durabilité et la viabilité économique des écosystèmes aquatiques et des pêches du Canada. Nous veillons également à protéger les eaux canadiennes. 
 

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Sylvie Jones

Sylvie travaille en éducation au Musée des sciences et de la technologie du Canada. Elle possède de nombreuses années d’expérience en éducation scientifique informelle et adore rendre les sciences et la technologie intéressantes et accessibles pour tous. Sylvie a une formation en génie mécanique et croit fortement à l’importance d’encourager les groupes sous-représentés à saisir des occasions en sciences, technologie, ingénierie, arts et mathématiques (STIAM).