Alexa: 400 ans d’histoire et un avenir incertain

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Alexa, un veau de race Canadienne dans l'étable des veaux au Musée de l'agriculture et de l'alimentation du Canada, 2018.

Un court blog à propos de l'histoire et le statut actuel de la race bovine Canadienne.

 

Voici Alexa, la plus récente vache Canadienne à se joindre au Musée de l'agriculture et de l'alimentation du Canada. Le musée, dédié à la préservation et la promotion du patrimoine agricole et alimentaire, est aussi une ferme de démonstration ayant un troupeau laitier unique, composé des sept races laitières élevées historiquement au Canada. Née au musée le 2 avril 2018, Alexa s’ajoute aux trois autres vaches de race Canadienne que l’on retrouve dans l’étable laitière.

Photographie noir et blanc de Nanette, une vache laitière Canadienne, à la Station expérimentale du Cap-Rouge, au Quebec, date inconnue.

La race Canadienne descend de bovins importés de France au 17e siècle, particulièrement entre 1632 et 1671. Les croisements de ces animaux, et les conditions difficiles que l’on retrouve en Nouvelle-France, notamment le climat froid, donneront des vaches de petite taille, dotées de robes foncées, alternant entre le rouge, le brun et le noir.

Photographie noir et blanc de vaches laitières Canadiennes au pasturage à la Station expérimentale du Cap-Rouge, fleuve Saint-Laurent en arrière-plan, date inconnue.

Le ministère de l’Agriculture du Canada a maintenu un troupeau de vaches Canadiennes à la Ferme expérimentale centrale, à Ottawa, entre 1905 et 1925. De plus, elle a ouvert la Station expérimental de Cap-Rouge le 1er janvier 1911 pour préserver la vache Canadienne et le cheval Canadien, race chevaline descendant des chevaux envoyés en Nouvelle-France au 17e siècle par Louis XIV, roi de France. Ces efforts prendront fin en 1940 avec la dispersion du troupeau et du haras de Cap-Rouge.

Cette première, et seule, race laitière développée en Amérique du Nord, se fera connaître pour sa rusticité, sa frugalité, sa fertilité et sa facilité de mise bas. La richesse de son lait en matières grasses et en protéines en fera un produit prisé par les fromagers. Parfaitement adaptée à son environnement, la race devient le bovin typique de la Nouvelle-France, contribuant au développement de la colonie en tant que bête de trait, vache laitière et bovin de boucherie.

Cependant, le développement de l’industrie laitière à partir du 19e siècle incitera les producteurs laitiers à délaisser la race Canadienne au profit de races plus productives, comme la Jersey et la Holstein. Un programme de croisement avec la Suisse Brune, pour améliorer la production de la Canadienne, a des effets désastreux sur les animaux d’origine. La chute est drastique. Autrefois omniprésente dans les campagnes québécoises, on ne retrouve que 103 bovins de race Canadienne pure au Canada en 2001. Selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture des Nations Unies, la race Canadienne est en danger d’extinction.

Deux vaches laitières Canadiennes and une vache laitière Suisse Brune mangeant du grain dans l’étable laitère du Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, 2018

Vaches Canadiennes dans l’étable laitière du Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, 2018

Des efforts sont mis sur pieds pour préserver, rétablir et souligner l’importance de la race Canadienne. Des organisations s’attardent à préserver ses ressources génétiques et de mettre en évidence ses qualités et ses forces, tandis que d’autres tentent d’éduquer le public à propos de son importance historique. Quelques fromagers et producteurs laitiers se sont associés pour valoriser le potentiel fromager de la race. Le Musée de l'agriculture et de l'alimentation du Canada inclut des vaches Canadiennes à son troupeau laitier depuis 1996 afin de sensibiliser la population. Malgré tout, il reste beaucoup de travail à faire, et la sauvegarde de la race Canadienne est loin d’être assurée.

Dans quelques années, Alexa prendra sa place au sein du troupeau laitier du Musée de l'agriculture et de l'alimentation du Canada. Elle y représentera plus de 400 ans d’histoire, de perseverance et d’acharnement, et contribuera à informer les visiteurs sur la richesse, et les défis, du patrimoine agricole. Souhaitons-lui tous les succès et surtout, une descendance prolifique!

Alexa debout dans l’étable à veaux avec Sarah, un guide du Musée de l'agriculture et de l'alimentation du Canada.

Alexa dans l’étable à veaux avec Sarah, un guide au Musée de l'agriculture et de l'alimentation du Canada, 2018.

Remerciements :

J’aimerais reconnaître la contribution de la Société d'histoire de la Haute-Yamaska et la Société historique du Cap-Rouge qui ont généreusement partagé leur temps et leurs ressources. Leur dévouement envers la préservation du patrimoine est grandement apprécié.

Pour plus d'informations:

Documents:

Allard, Diane et Guy D. Lapointe, La Canadienne, plus de 400 ans d’histoire, Agriculture, Pêcheries et Alimentation Québec, Mars 2012. 29 p.

Bernier, Jean-Guy, Canadian Bovine Breed Report, dans Proceedings of the Third Global Conference on the Conservation of Domestic Animal Genetic Ressources, Rare Breeds International, 1995. p.148-156

Commission des ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture, État des ressources zoogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture dans le monde, Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, Rome, 2008. 577 p.

Gendron, Mario, "La survivance des races patrimoniales québécoises", L’histoire vivante. Le passé au présent, numéro 116, hiver, 2014. 3 p.

G. Silversides et al., Rapport du Canada sur l'état des ressources génétiques des animaux d'élevage, Agriculture et Agroalimentaire Canada, 2004. 44 p.

Sites Internet:

Association de mise en valeur des bovins de race canadienne dans Charlevoix

Société d'histoire de la Haute-Yamaska

Société historique du Cap-Rouge

 

Auteur(s)
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Cédric Brosseau