Aborder l’avenir en futurologue

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De quoi la vie aura-t-elle l’air en 2050?

Voilà une des grandes questions auxquelles s’est attaquée Rachelle Fournier, gestionnaire de projets d’expositions au Musée de l’aviation et de l’espace du Canada. Le mois dernier, elle a en effet participé à un programme avancé de leadership à Ottawa intitulé « Thinking Like a Futurist: Navigating Complex Futures ». Dawn Nicholson-O’Brien, experte en matière de gouvernance et d’innovation en cette ère numérique, dirigeait ce programme intensif de deux jours. Après le programme, Rachelle Fournier s’est entretenue avec Dawn Nicholson-O’Brien, présidente-directrice générale de Celtic Oracle, sur certains points saillants et sur ses perspectives.

Rachelle Fournier (RF) : Il est difficile de concevoir à quoi pourrait ressembler la vie dans 30 ans. Comment avez-vous fait pour aborder cette question?

Dawn Nicholson-O’Brien (DNO) : D’abord, j’ai essayé de comprendre ce que nos petits-enfants pourraient voir dans quelques décennies, en faisant preuve de la même imagination, de la même créativité et de la même audace qu’on a à cinq ans. L’insatiable curiosité qui nous anime, enfant, la passion et la joie qui nous permettent d’aborder de nouveaux défis et de réaliser des choses qu’on n’avait jamais faites auparavant, pour lesquelles on n’a aucun repère, voilà ce qu’exige maintenant notre ère numérique. Et comme leader, on doit faire preuve d’autant d’imagination, de curiosité, d’audace et de créativité, et d’attention aussi.

Dawn Nicholson-O’Brien, assise sur le pas d’une porte, à côté d’un pot de fleurs roses.

RF : La vie sera très différente en 2050, c’est inévitable. Quels changements sont à surveiller?

DNO : Des aqueducs, des presses à imprimer, des automobiles, des trains et des avions jusqu’à l’édition génétique avec la technique CRISPR, en passant par les téléphones intelligents, la biotechnologie et l’intelligence artificielle (IA), nos outils nous définissent depuis longtemps et nous avons établi une profonde interdépendance avec eux. À titre de « singes numériques », comme nous appelle Nigel Shadbolt, nous employons des technologies qui nous permettent, consciemment et délibérément, de modifier notre propre biologie et de coloniser les confins de l’espace.

RF : Quelles sont vos principales préoccupations par rapport à l’avenir?

DNO : Les bêtes à redouter ne ressemblent plus au tigre à dents de sabre. Elles tiennent maintenant des cybermenaces, des malveillantes attaques à la démocratie, des armes de destruction massive et du terrorisme, des événements climatiques extrêmes, de la perte de confiance, de l’écart de revenus et de l’exclusion, des systèmes d’IA et des grandes plateformes en ligne qui scrutent chaque détail de nos vies. Des industries multimilliardaires érigées sur la charpente de nos identités numériques, à même nos appareils portables, nos recherches informatiques, nos transactions bancaires et commerciales, notre conduite automobile et autres interactions quotidiennes transforment le citoyen en « actifs de données ».

Cette exploration des avenirs possibles n’est pas une simple question de technologie et d’outils. Elle constitue par essence une question sociale et politique qui redéfinira ce que c’est que d’être humain. De nouveaux contrats sociaux, économiques et moraux se forment. L’intelligence artificielle et les systèmes d’apprentissage automatique remettent en question la domination de l’humain dans plusieurs domaines et démasquent notre croyance erronée que nous serons toujours supérieurs sur le plan cognitif et dans nos prises de décisions. En radiologie, en santé, en droit, en comptabilité, dans le camionnage, les postes, les entrepôts, l’industrie de l’automobile, et dans bien d’autres domaines encore, on a vu des tâches s’automatiser avec l’arrivée de robots et de l’IA. Et on peut s’attendre à de profondes fractures au cours des années à venir.

RF : Pourquoi est-il important d’aborder l’avenir en futurologue?

DNO : Les leaders qui pensent au long terme apprennent plus rapidement que leurs pairs, tant de leurs échecs que de leurs percées. Ils sont extraordinairement résilients dans l’adversité et ils peuvent rapidement se réorienter en cas d’ambiguïté, d’incertitude et de complexité. Ils cherchent de nouveaux partenaires pour atteindre leurs objectifs et élargissent ainsi leur portée.

Valoriser les innovateurs audacieux et les avant-gardistes dans notre entourage, ceux qui sont en avance sur la courbe, est essentiel pour accroître notre capacité à innover et faire plus que simplement préserver le statu quo. Favoriser un quotient de curiosité élevé ainsi qu’un appétit pour les surprises et le risque réfléchi, voilà des conditions essentielles pour réussir en innovation.

Les leaders tournés vers l’avenir et leurs équipes hautement performantes sont par nature ouverts d’esprit. En suivant délibérément les faibles signaux qu’ils perçoivent entre divers systèmes et en les amplifiant, en recherchant une variété d’idées, de gens et de points de vue, ces leaders créent rapidement de la valeur pour leurs clients et pour les autres citoyens, et opèrent ainsi des changements aux effets transformateurs. Contrairement à ceux qui se cloisonnent et créent des îlots d’idées gardées pour soi qui passent sous le radar et ne servent à rien, les leaders stratégiques inventent l’avenir, prennent part à des discussions stratégiques et tissent de solides relations qui entraînent tout le monde vers un avenir ambitieux.

Une partie de ce texte a été publié d’abord en anglais dans l’édition de mars 2019 du Modernization Bulletin de Statistique Canada.

© Dawn Nicholson-O’Brien, présidente-directrice générale, Celtic Oracle

Communiquez avec Dawn Nicholson-O’Brien au 613-592-7708 ou à dnicholsonobrien@rogers.com   

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Rachelle Fournier

Depuis plus de 20 ans, Rachelle travaille au développement d'expositions culturelles et scientifiques pour une grande variété d'institutions et centres d'interprétation, incluant la réalisation de cinq des onze expositions en vue de la réouverture du Musée des sciences et de la technologie du Canada à l’automne 2017.  Elle a réalisé un grand nombre d’expositions permanentes, temporaires et itinérantes en mettant en œuvre l'ensemble des étapes nécessaires à leur réalisation (recherche, concepts, scénario et production).  Elle connaît les matériaux utilisés dans la fabrication d'éléments muséologiques, incluant les graphiques et les produits spécialisés pour le développement d’interactifs et d’environnements immersifs.

Rachelle détient un Bacc en administration des affaires ainsi qu’un certificat à la Maîtrise en administration publique.