Trois choses que vous devriez savoir à propos de la COVID-19

10 m
Médias
A composite image made up of three pictures

Faites connaissance avec Renée-Claude Goulet, Jesse Rogerson et Michelle Campbell-Mekarski.

Ils sont les conseillers scientifiques d’Ingenium qui fournissent des conseils d’experts sur des sujets importants en lien avec nos trois musées, soit le Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, le Musée de l'aviation et de l'espace du Canada et le Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Dans cette série mensuelle de billets de blogue colorés, les conseillers scientifiques d’Ingenium présentent trois pépites insolites touchant à leur champ d’expertise. Pour l’édition d’avril, nos conseillers scientifiques ont porté leur attention sur la COVID-19 : comment la biotechnologie végétale pourrait jouer un rôle clé dans la découverte d’un vaccin, des précautions prises par les astronautes se dirigeant vers la Station spatiale internationale (SSI) et des conseils utiles pour trouver de l’information fiable en ligne.

La biotechnologie végétale et la recherche pour un vaccin contre la COVID-19

Dans la course pour développer un vaccin visant à combattre la COVID-19, Medicago, une entreprise québécoise, a adopté une approche inédite pour résoudre le problème... des plantes génétiquement modifiées pour le produire. Cette innovation pourrait nous permettre de réagir plus rapidement aux pandémies.

Jetons un coup d'œil à comment les vaccins sont créés actuellement. Jusqu’à maintenant, une méthode courante utilisée pour l’élaboration de vaccins comporte l’injection d’un virus dans un œuf de poule fertilisé qu’on laisse ensuite incuber pendant deux jours. Après s’être servi de l'œuf pour faire des copies de lui-même, le virus est recueilli, purifié et désactivé, nous donnant ainsi un vaccin. En fait, c’est de cette façon que la plupart des doses de vaccin contre la grippe sont fabriquées.

Un des inconvénients de cette approche est qu’un œuf donne environ une dose, donc on a besoin de BEAUCOUP d'œufs frais fertilisés de qualité médicale pour vacciner toute une population. Selon les Producteurs d'œufs du Canada, on utilise 13 335 840 douzaines (ou ~160 millions d'œufs ou la production de 438 438 poules) pour la production de vaccins au Canada chaque année. Puisque le nombre d’exploitations agricoles qui produisent ces œufs est limité, il est difficile d’accroître l’approvisionnement en situation d’urgence.

Un autre inconvénient à cette méthode est la possibilité de mutation du virus pendant l’incubation, ce qui diminue l’efficacité du vaccin. De plus, advenant un changement (mutation) du virus au sein de la population, il est difficile d’adapter le vaccin lorsqu’il est en production. Finalement, cette façon de faire est longue et coûteuse. La biotechnologie végétale peut-elle nous procurer un meilleur moyen?

Lorsqu’on utilise les plantes pour créer des vaccins, le virus « vivant » n’est pas nécessaire, seulement son code génétique. Le processus est relativement simple :

  • créer un brin d’ADN contenant les instructions pour la protéine trouvée dans le virus
  • insérer ce brin d’ADN dans une bactérie spécifique (Agrobacterium tumefaciens)
  • infecter la plante avec la bactérie
  • la bactérie transfère l’ADN à la plante
  • le tissu végétal commence à produire des particules de la forme du virus, mais sans son information génétique
  • après 11 jours, récolter les plantes, puis extraire et purifier le produit

Dans notre corps, l’imitation du virus à base de plante fera réagir le système immunitaire comme si le véritable virus était présent.

Grâce à cette méthode, Medicago affirme détenir un vaccin potentiel à peine 20 jours après avoir reçu le code génétique du virus (comparativement aux quatre à six mois généralement requis pour les méthodes cellulaires, comme celle de l'œuf). Il s’agit d’une méthode à développement rapide qui est adaptable. Des serres peuvent être construites au besoin afin d’accommoder de plus grandes productions, lorsque des vaccins sont nécessaires rapidement. Cela est pratiquement impossible à réaliser lorsqu’on travaille avec le véritable virus. Compte tenu des résultats prometteurs de cette biotechnologie, le gouvernement du Canada travaille maintenant officiellement avec Medicago pour accélérer le développement d’un vaccin contre la COVID-19. La biotechnologie végétale pourrait-elle être la prochaine frontière en matière de vaccins?

Par Renée-Claude Goulet

Les trois astronautes dans leur combinaison spatiale et devant leur véhicule lanceur, un astronef Soyuz, prêts à s’envoler le 9 avril

Cassidy, Ivanishin et Vagner se préparent pour le lancement vers la SSI prévu le 9 avril, ce qui inclut une quarantaine obligatoire de 14 jours avant le décollage.

Protéger la SSI contre la COVID-19

Au cours des derniers mois, nous avons constaté l’énorme impact du virus COVID-19 sur la Terre. Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est que des précautions sont également prises pour s’assurer que le virus ne se propage pas aux astronautes à bord de la Station spatiale internationale (SSI).

Actuellement, les trois astronautes à bord de la SSI (Andrew Morgan, Oleg Skripochka et Jessica Meir) sont à l’abri de la propagation du virus. Ils se sont envolés vers la SSI à bord d’un MS-15, un astronef Soyuz, en septembre 2019, soit bien avant l’éclosion de la COVID-19 au début de janvier 2020.

Cependant, le lancement des astronautes Chris Cassidy, Anatoly Ivanishin et Ivan Vagner qui iront rejoindre leurs collègues est prévu pour le 9 avril 2020. Ces trois astronautes pourraient potentiellement transporter la COVID-19 sur la SSI et infecter l’équipage actuel.

Bien qu’il soit terrible pour quiconque d’attraper le virus, pour les astronautes à bord de la SSI le scénario est particulièrement mauvais. Tout d’abord, l’observation des astronautes avant et après les vols dans l’espace a démontré que la capacité du système immunitaire à combattre les virus est compromise à la suite de missions de longue durée (six à 12 mois). En effet, les astronautes effectuant des missions de longue durée sont immunodéficients, ce qui les met potentiellement plus à risque que d’autres personnes ayant un système immunitaire plus robuste.

Ensuite, la SSI est très éloignée! Même s’il y a toujours un responsable médical à bord, souvent un docteur en médecine, il s’agit d’un endroit éloigné situé à de nombreuses heures de tout hôpital. Si un astronaute devait avoir besoin de soins médicaux d’urgence, il serait très difficile de le traiter.

Ainsi, il est extrêmement important de protéger l’environnement de la SSI et d’empêcher les pathogènes indésirables de s’y rendre, qu’il s’agisse du simple rhume ou d’une éclosion de la COVID-19 actuelle.

Alors, comment le consortium de la SSI (la NASA, la ROSCOSMOS, le Canada, la ESA et la JAXA) s’assure-t-il que la SSI demeure sécuritaire et exempte de pathogènes? Ils appliquent la quarantaine! Si on remonte très loin dans l’histoire des voyages dans l’espace, les humains ont toujours appliqué la quarantaine avant de s’envoler pour une mission spatiale. La politique de la NASA est une quarantaine de 14 jours pour tous les membres de l’équipage avant le lancement. Il s’agit également de la durée d’isolement que l’Organisation mondiale de la santé recommande aux personnes présentant des symptômes de la COVID-19, car la période d’incubation de ce virus est d’environ cinq jours, mais peut aller jusqu’à 11,5 jours.

Les trois astronautes qui se préparant à s’envoler le 9 avril seront surveillés de très près au cours des prochains jours. Le lancement aura lieu comme prévu tant qu’ils ne présentent pas de symptômes.

Par Jesse Rogerson

Une personne tient son téléphone cellulaire affichant plusieurs applications de médias sociaux.

Internet abonde en information, mais les données ne sont pas toutes fiables. Comment faire pour savoir si c’est vrai ou c’est faux ou quelque part entre les deux?

Mettez votre radar de mésinformation sur le coronavirus à l’épreuve : conseils pour trouver de l’information fiable en ligne

Même en temps normal il peut être difficile de reconnaître ce que l’on peut croire sur Internet. En ce moment, en période de pandémie mondiale, les gens sont plus désespérés que jamais de trouver de l’information fiable. Toutefois, il est malheureux et non surprenant de découvrir qu’il y a beaucoup d’information trompeuse et incorrecte circulant sur le coronavirus.

Avez-vous déjà vu une photo qui vous paraissait incroyable? Des titres qui étaient absolument farfelus? Internet abonde en information, mais les données ne sont pas toutes fiables. Certaines sont de la mésinformation non intentionnelle : information partagée sans qu’on se rende compte qu’elle est erronée. Mais, ce qu’il y a de pire c’est la désinformation : la fausse information qui a été délibérément créée ou partagée pour tromper les gens.

Alors, comment faire pour savoir si l’information est bonne ou mauvaise ou quelque part entre les deux? Voici quelques conseils pour vous aider à ralentir et à réfléchir à l’information que vous consommez et partagez :

     1. Vous êtes-vous exclamé « WOW! QUOI?! »

Ce premier conseil est quasiment ridicule tellement il est simple. La désinformation est généralement cachée dans des histoires qui suscitent les émotions (particulièrement la sympathie ou la colère). Une forte réaction émotive devrait être le premier indice qui vous pousse à fouiller plus loin.

     2. Qui l’a partagée?

Allez jeter un coup d'œil au profil de la personne qui a publié l’information. Si le profil est très récent ou présente une photo générique (vérifiez à l’aide de la recherche inversée d’image de Google), si la personne publie du contenu à toute heure du jour ou si les publications semblent faites par un « robot » au lieu d’un humain, alors il s’agit probablement d’un fraudeur ou d’une machine.

Si la publication provient du compte d’une vraie personne, recherchez-la sur le Web. La personne a-t-elle de fortes affiliations politiques ou religieuses? Cette personne est-elle experte de son domaine? Ou, la publication est-elle censée être une satire?

     3. Quel est le contexte du contenu ORIGINAL?

L’information sur Internet se propage un peu comme un jeu de téléphone : chaque fois qu’une personne republie ou réécrit une publication, il y a des risques de changement ou de perte. Si quelque chose est partagé sur les médias sociaux, retournez voir la publication originale. Vérifiez la date. Est-ce que cette histoire est toujours d’actualité?

Puis, vérifiez les sources citées (communiqué de presse, bureau de presse, etc.) afin d’établir la crédibilité. Si l’article a été publié hors contexte, tentez de rechercher le titre, une citation ou une image principale en ligne. Si l’histoire vaut véritablement la peine de faire la manchette, alors d’autres sources l’ont probablement aussi publiée. Comparez l’information à celle d’autres sources pour vous assurer qu’aucun détail important n’a été omis.

Les fausses informations existent réellement. Mais heureusement, la plupart d’entre elles peuvent être rejetées à l’aide d’un moteur de recherche. Alors, la prochaine fois qu’une histoire attirera votre attention, arrêtez-vous un instant pour décider sur quel bouton peser : « partager » ou « signaler ».

Par Michelle Campbell Mekarski

Auteur(s)
Profile picture for user Jesse Rogerson
Jesse Rogerson, Ph.D.

Passionné par la communication de la science, Jesse Rogerson adore promouvoir la culture scientifique auprès du public. Il représente fréquemment le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada à la télévision et à la radio, ainsi que dans les réseaux sociaux et lors de congrès. Il a participé à l’élaboration d’un atelier sur la communication scientifique visant à enseigner aux professionnels de la science du Canada des méthodes plus efficaces pour communiquer leurs constats scientifiques. Astrophysicien de formation qui exerce sa profession, M. Rogerson détient un doctorat (Ph.D.) en astrophysique d’observation de l’Université York, et a récemment publié un article revu par les pairs dans The Astrophysical Journal. Il aime faire de la moto, jouer à des jeux de société et jouer au « frisbee extrême ». 

Profile picture for user Renée-Claude Goulet
Renée-Claude Goulet

Renée-Claude Goulet est conseillère scientifique au Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada.

Profile picture for user Michelle Campbell Mekarski
Michelle Campbell Mekarski

En tant que conseillière scientifique au Musée des sciences et de la technologie du Canada, Michelle Campbell Mekarski vise à combler l’écart entre la communauté scientifique et le public en rendant les sciences et la technologie intéressantes, accessibles et amusantes. Détentrice d’un doctorat en biologie évolutionniste et en paléontologie, elle possède de nombreuses années d’expérience en conception et en animation d’activités de vulgarisation scientifique. Dans ses temps libres à l’extérieur du Musée, elle enseigne à l’Université d’Ottawa ou à l’Université Carleton, fouille le sol à la recherche de fossiles ou se détend au bord de l’eau.