Water Rangers : Placer l’analyse de la qualité de l’eau dans les mains de citoyens scientifiques

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Un groupe de jeunes citoyens scientifiques analyse la qualité de l’eau.

Kat Kavanagh est la cofondatrice et directrice générale de Water Rangers, un projet de science citoyenne qui ouvre la porte de l’éducation et de l’analyse de la qualité de l’eau au grand public. Le Réseau Ingenium s’est entretenu avec elle — au téléphone, car elle était à son chalet pour faire des analyses d’eau — pour découvrir l’organisation Water Rangers et ce que signifie être un citoyen scientifique.

Réseau Ingenium : Qu’est-ce que l’organisation Water Rangers et quel est votre rôle?

Kat : Water Rangers est une plateforme de science citoyenne pour l’eau. Nous tentons de donner la chance aux citoyens ordinaires d’analyser la qualité de l’eau, soit en consultant des données existantes ou en leur permettant d’ajouter leurs propres observations et données. Mark Dabrowski et moi-même avons fondé l’organisation en 2015 et j’en suis la directrice générale.

 Kat Kavanagh, cofondatrice et directrice générale de Water Rangers
Kat Kavanagh, cofondatrice et directrice générale de Water Rangers.

Réseau Ingenium : Comment a démarré Water Rangers?

Kat : Tout a commencé quand nous avons participé au défi Aquahacking en 2015. C’est un concours pour trouver des idées visant à transformer les ressources pour les plans d’eau locaux, pour nous c’était Garde-rivière des Outaouais. C’était comme « me gratter là où ça démange » parce que j’analyse la qualité de l’eau avec mon père. Je voulais créer une plateforme où on pouvait consulter les données et se faire enseigner comment les comprendre, en plus de pouvoir les partager avec tout le monde. Nous avons donc décidé d’inventer une méthode très rapide pour que tous puissent avoir le sentiment de pouvoir participer à la protection de l’eau sans que ce soit ennuyeux, il fallait que ce soit amusant et stimulant.

Réseau Ingenium : Qu’est-ce que la science citoyenne exactement?

Kat : Oh, oui, ça, c’est une bonne question, j’aime ça [rires]! La science citoyenne est la science qui est accessible à tous. Ça veut dire que les gens peuvent participer. Le but n’est pas seulement de recueillir des données, mais aussi d’éduquer et d’encourager la population. Pour moi, elle doit être en format accessible, c’est-à-dire qu’il faut s’assurer que le langage soit vulgarisé, et que les outils sont abordables, accessibles et faciles à comprendre.

Réseau Ingenium : Qu’est-ce que le concept de données ouvertes et pourquoi est-ce important?

Kat : Les données ouvertes constituent un mouvement grandissant qui rend les données accessibles à tous. Le mouvement s’efforce de mettre en ligne, à la portée de tous, des données existantes que, par exemple, le gouvernement et d’autres citoyens ont recueillies. Ce qui est génial à propos de ce matériel est que les données qui ont été recueillies pour servir un objectif peuvent être recombinées à d’autres données recueillies, et peuvent ainsi être utilisées pour acquérir des notions que nous n’aurions peut-être pas eues autrement. On dit avoir une abondance de données et un manque d’information, la science citoyenne et les données ouvertes procurent donc de nouveaux moyens innovateurs d’utiliser véritablement ces données.

Réseau Ingenium : Votre travail vous passionne. Pourquoi Water Rangers et la science citoyenne vous tiennent-ils tant à cœur?

Des citoyens scientifiques mesurent l’oxygène dissous dans leur échantillon d’eau.
Des citoyens scientifiques mesurent l’oxygène dissous dans leur échantillon d’eau. Source : Justin Langille

Kat : Je suis conceptrice Web et je conçois des expériences sur Internet pour les gens. Il y a environ trois ans, je cherchais un moyen de laisser mon empreinte sur le monde afin de l’améliorer. Je voulais combiner mon amour pour la science et mon désir de réaliser des expériences utiles et amusantes sur le Web. Water Rangers me permet de faire ces deux choses en même temps. Ce que j’adore de Water Rangers est le fait que je rencontre des personnes incroyables et passionnées qui souhaitent protéger les cours d’eau. Et je peux leur donner les outils dont ils ont besoin pour faire un meilleur travail et entrer en contact avec plus de gens.

Nous avons commencé le programme de trousse d’analyse il y a deux ans. Puis, l’an passé, je l’ai combiné à quelques études comportementales pour voir comment l’analyse de l’eau modifie le comportement des gens. Nous avons quelques statistiques amusantes : 92 % des personnes se sont fait demander par des passants ce qu’elles faisaient, et 85 % ont enseigné à d’autres comment analyser la qualité de l’eau. Toutes sortes d’autres choses se sont produites lorsque les gens faisaient des analyses, par exemple ils visitaient les points d’eau plus souvent. Les gens nous ont dit qu’ils avaient maintenant une excuse pour visiter plus d’endroits lorsqu’ils étaient en vacances. En cours de route, ils finissaient par ramasser des déchets ou faire des « bioblitz » (note du rédacteur : il s’agit de courtes périodes intenses passées à faire l’inventaire de la faune). C’est devenu un mécanisme pour les faire participer davantage à la protection de l’eau.

Nous tentons de créer des liens avec les universités pour nos données aussi, pour qu’elles puissent les utiliser dans leurs travaux de recherche scientifique. La surveillance citoyenne intéresse particulièrement les climatologues, car ils ont besoin de grands ensembles de données. Toutefois, il n’y a pas que la collecte de données qui compte, mais la façon dont les perceptions et les attitudes des gens changent. Beaucoup de recherche démontre que c’est généralement à partir des masses, du peuple, que les véritables changements de fond se produisent, puisque la population les demande. C’est une façon un peu sournoise de changer le monde, en changeant les gens et leur relation à l’eau.

Réseau Ingenium : Comment puis-je participer?

Kat : La meilleure façon de s’investir est de commencer vous-même à faire de la surveillance. Tout le monde peut noter une observation en prenant une photo de l’eau! Vous pouvez aussi prendre la température de l’eau à l’aide d’un thermomètre. Ça, c’est très, très important pour les climatologues. Il n’est pas nécessaire d’avoir de l’équipement spécialisé, on peut commencer avec un simple thermomètre. Nous avons aussi des trousses d’analyse que vous pouvez emprunter en allant sur notre site Web, et vous pouvez nous suivre sur Facebook et Twitter pour connaître les derniers développements du projet!

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Cassidy Swanston

Cassidy est étudiante en biologie et communication à l’Université d’Ottawa. Membre de l’équipe responsable de l’expérience des visiteurs au Musée des sciences et de la technologie du Canada, elle s’emploie à combler les lacunes en matière de communication entre la science et le public. Outre le travail (impressionnant) qu’elle accomplit au Musée, Cassidy aime voyager, monter sur les planches et s’occuper de ses plantes du mieux qu’elle peut pour les garder en vie.