Roberta Bondar — une carrière de haut vol

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Ma sœur aînée et moi lors de notre première journée à l’École publique Roberta Bondar.

Je me souviens encore de la fierté ressentie. Je ne sais pas si c’est parce que les élèves de la maternelle sont beaucoup plus mûrs que ceux de la prématernelle, mais même à cinq ans, je savais que faire partie de la première cohorte d’élèves de l’École publique Roberta Bondar, à Ottawa, avait quelque chose de spécial. Le plancher des couloirs était fraîchement ciré et personne n’avait encore grimpé dans la cage à écureuils. C’était mon école — plus encore que celle de la personne dont elle portait le nom.

La présence de Roberta Bondar a été constante dans mon enfance. Comment aurait-il pu en être autrement? Son portrait était accroché dans la rotonde de mon école primaire, mais à vrai dire, son visage — son propre nom en fait — n’a jamais rien évoqué pour moi. J’en savais plus sur Robert Bateman, en l’honneur duquel une école d’Ottawa avait aussi nommée, en raison de la prédilection de ma mère pour les scènes de la nature. La seule chose que je savais à propos de Roberta Bondar, c’est qu’elle avait été la première Canadienne à aller dans l’espace. Et alors? Après tout, d’autres astronautes y étaient déjà allés aussi.

Nathaniel Whelan, élève de maternelle, jouant dans la cour de récréation de l’école.

Maternelle.

Quand j’étais à la maternelle, la lettre C de l’alphabet illustré qui tapissait les murs de la classe correspondait au mot « chat », et non à « contexte ». Mon jeune esprit souhaitait davantage échanger des bâtonnets de légumes contre un rouleau aux fruits qu’apprendre les difficultés auxquelles les femmes se heurtent dans les domaines de la science, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM). Roberta Bondar était une astronaute, c’est tout ce que j’en savais.

« S’élever plus haut », telle était la devise de notre école. Plutôt bien choisie, n’est-ce pas? D’une certaine manière, c’était ce que j’ai eu l’impression de faire quand est venu le temps de m’aventurer dans le monde des grands à l’école secondaire, où l’on pouvait acheter son propre lunch et où les élèves arboraient des moustaches. J’ai donc quitté l’École publique Roberta Bondar sans me retourner.

Le jour de la remise des diplômes est arrivé plus vite que prévu, tant à l’école secondaire qu’à l’université. J’avais depuis longtemps délaissé l’alphabet illustré qui tapissait les murs de ma classe, quand à un moment, entre mes cours d’histoire et de sciences politiques, j’ai appris que la lettre C ne correspondait pas seulement au mot « chat ». Le monde est tellement plus complexe que la vision superficielle que l’on a de lui à l’adolescence! En vieillissant, on change de perspective et, si on est du type nostalgique comme moi, des éléments qu’on estimait insignifiants dans l’enfance prennent soudainement tout leur sens.

« Autant que je m’en souvienne, ce que j’ai trouvé le plus difficile, c’est de ne pas avoir droit aux mêmes chances ni aux mêmes égards que les hommes. »
~ Roberta Bondar

Portrait de Roberta Bondar.

Roberta Bondar

D’une certaine façon, ma naïveté d’enfant illustre bien le peu de considération qu’on accorde aux femmes dans les STIM et la façon dont celles-ci sont souvent marginalisées. En tant qu’adulte, je sais que Roberta Bondar est bien davantage qu’un portrait suspendu dans une rotonde. Cette astronaute est aussi une neurologue, une éducatrice, une écrivaine et une photographe accomplie. Elle est une femme déterminée qui, malgré les difficultés citées plus haut, a persévéré et réussi brillamment. Ce n’est qu’aujourd’hui, soit 14 années après avoir fréquenté mon ancienne école primaire, que j’apprécie ses réalisations et que je comprends pourquoi elle mérite que son nom soit inscrit sur l’enseigne de l’école.

Son histoire est l’une des dizaines d’histoires racontées dans le cadre de l’initiative Femmes en STIM d’Ingenium, qui met à l’honneur les exploits de ces précurseures remarquables dans l’espoir d’engager une conversation, de sensibiliser davantage le public à la nécessité de favoriser l’égalité des sexes et aux avantages de celle-ci, en plus d’intéresser les jeunes filles et les femmes aux STIM.

Je suis reconnaissant de l’occasion qui m’est donnée de réfléchir à mon passé et d’exprimer mon admiration pour Roberta Bondar et tant d’autres femmes que j’ai appris à connaître durant mon passage à Ingenium à titre d’étudiant inscrit à un programme d’alternance travail-études au Collège algonquin. Mes recherches sur ces femmes formidables, dont beaucoup sont les premières dans leur domaine, se sont révélées enrichissantes et m’ont permis d’utiliser mes talents en rédaction pour raconter des histoires qui témoignent de la force, de la persévérance et de l’esprit d’innovation de ces femmes.

Aujourd’hui, je me sens encore fier d’avoir été parmi les premiers à fréquenter l’École publique Roberta Bondar, mais pour des raisons différentes. J’en suis fier non pas parce que c’était mon école, mais bien parce que je peux me réclamer — bien que modestement — de l’héritage de Roberta Bondar. Lorsque la prochaine génération d’élèves franchira les portes de l’école, j’espère qu’ils en sauront plus que moi sur la femme qui a eu le courage de s’élever plus haut.

Auteur(s)
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Nathaniel Neil Whelan

Nathaniel Whelan est titulaire d’une maîtrise de l’Université Carleton. Il est actuellement inscrit au programme de rédaction professionnelle du Collège algonquin et termine son stage à Ingenium à titre de rédacteur de contenu. Auteur prometteur, il vit à Ottawa en compagnie de sa chatte Susie-Bear.