L’initiative Homeward Bound : le leadership féminin dans le domaine des sciences en Antarctique

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Rédactrice invitée, Biosphere Environmental Education
Soixante-seize femmes provenant de partout dans le monde ont participé à la toute première expédition de l’initiative Homeward Bound de leadership féminin en sciences qui a atteint les confins de l’Antarctique.

Y a-t-il meilleur endroit pour aiguiser ses aptitudes en leadership qu’en plein milieu du territoire hostile de l’Antarctique? Depuis que les explorateurs du début du XXe siècle ont tenté de devenir les premiers à fouler le pôle Sud, ce continent glacé est devenu le théâtre d’une foule de récits qui évoquent le leadership. Pour nous, 76 braves femmes scientifiques provenant de partout autour du monde, l’Antarctique a été la toile de fond de notre propre exploration du leadership.

Les formes, les tailles et les couleurs des icebergs

Les formes, les tailles et les couleurs des icebergs, combinées avec la lumière souvent dramatique, ont créé plusieurs vues renversantes.

En tant que membres de la toute première expédition de l’initiative Homeward Bound de leadership féminin en sciences, nous avions une mission importante à accomplir. L’objectif d’Homeward Bound est d’élever le rôle des femmes dans le domaine scientifique et de renforcer l’influence des femmes au chapitre des politiques et des décisions stratégiques, le tout afin de façonner un avenir plus viable pour nous tous ainsi que pour notre précieuse planète. Les femmes ne représentent que 30 % de la communauté mondiale des chercheurs, et elles sont encore moins nombreuses — 9 % — à occuper des postes de niveau élevé en sciences (données de l’UNESCO). À une époque où la société est confrontée à ses plus importants défis environnementaux, nous avons plus que jamais besoin de l’expertise et du leadership scientifiques de tous, tant des hommes que des femmes.

« Visiter l’Antarctique, s’enivrer de ses formidables paysages, observer sa faune, et tout cela en tant que participante à une initiative sur le leadership féminin en sciences, c’était encore plus qu’un rêve devenu réalité. » 

Le 26 décembre 2016, nous avons embarqué à bord d’un navire à Ushuaia, en Argentine, et avons mis le cap sur le détroit de Drake en direction de la péninsule Antarctique. La traversée du détroit (certaines des eaux les plus difficiles au monde) a été relativement calme, puis nous sommes arrivées aux îles Shetland du Sud : nos yeux se posaient pour la première fois sur le territoire de l’Antarctique. Nous avons passé les 16 jours suivants à explorer la péninsule, utilisant des canots pneumatiques pour faire la navette entre le navire et la côte, afin d’explorer les lieux — colonies de manchots, incroyable géologie, terres couvertes de glaciers — et de voir concrètement les effets des changements climatiques en discutant avec les scientifiques des stations de recherche Carlini (équipe argentine) et Palmer (équipe américaine).

L’Antarctique est un continent recouvert par la plus grande nappe de glace au monde.

L’Antarctique est un continent recouvert par la plus grande nappe de glace au monde. Ici, près du chenal Lemaire, les glaciers, les montagnes et les glaces de mer forment un panorama chavirant qui coupe le souffle.

Comme les régions polaires de la planète se réchauffent quatre fois plus rapidement que les autres parties du monde, l’Antarctique est l’endroit idéal pour en apprendre davantage sur les changements climatiques et sur l’importance capitale d’effectuer un virage vers des habitudes de vie plus durables.

 

L’Ushuaia, notre navire, a été notre hôtel flottant pendant notre exploration de la péninsule Antarctique. Notre « expédition de leadership » n’a nullement été un voyage de plaisance. S’il est vrai que nous avons eu beaucoup de plaisir — nous avons notamment dévalé de longues pentes descendantes sur nos arrière-trains, ce qui est beaucoup plus amusant qu’une longue descente à pied! —, nous avons aussi travaillé très fort. Et lorsque nous n’étions pas au grand air, nous étions en classe à apprendre une foule de choses sur divers sujets et sur nous-mêmes, comme les attributs d’un bon leader, les habiletés et styles de leadership chez les autres et chez nous-mêmes, les stratégies et leur caractère indispensable pour les gens d’influence, et la façon de rehausser sa visibilité pour pouvoir influencer puis provoquer le changement dans le monde. Et, bien sûr, nous avons appris les unes des autres.

Une de nos plusieurs escales en zodiac. Ce monde de glaces nous dévoilait son incroyable géologie, sa glaciologie, en plus de ses multiples colonies de manchots.

Nous sommes allées sur le rivage de Baily Head, sur l’île Deception, armées d’un fanion Homeward Bound ainsi que du drapeau canadien que j’avais apporté, pour prendre une photo de groupe. Nous étions sept Canadiennes, et fières de faire voler notre drapeau sur fond de manchots et de somptuosité antarctique sauvage.

 

Nous nous sommes aventurées sur les collines avoisinantes, là où les manchots couvaient leurs œufs en les protégeant du temps souvent rude du printemps antarctique. Les manchots nichent en terrain rocheux et montagneux afin de garder leurs œufs, puis leurs petits, bien au sec pendant la fonte des neiges printanière. En escaladant le relief escarpé, nous étions émerveillées par ce paysage charbonneux ponctué de taches blanches, chacune étant en fait un manchot couvant son œuf. On nous a dit que, lors de la dernière estimation avancée par des biologistes quelques années plus tôt, la colonie comptait près de 250 000 individus. Ce chiffre est peut-être impressionnant, mais étant donné les changements climatiques, les populations mondiales de la plupart des espèces de pingouins et de manchots sont en déclin.

La plage de Baily Head, sur l’île Deception en Antarctique

La plage de Baily Head, sur l’île Deception, est un endroit que je n’oublierai jamais. Nous avons été accueillies sur cette merveilleuse grève de sable volcanique noir par des milliers de manchots à jugulaire.

« L’Antarctique nous incite à changer nos façons de faire pour mettre en frein au réchauffement et à la dégradation de la planète. Ces terres nous poussent à passer à l’action ! » 

À la rencontre d'un manchot à jugulaire très curieux.

Notre travail avec Homeward Bound va bien au-delà du périple lui-même. Un de mes objectifs personnels, et un rêve en cours a été de mener mes propres expéditions en Antarctique. En 2014, mon rêve s'est réalisé avec la création de Biosphere Environmental Education, proposant des expéditions d'apprentissage et des aventures qui montrent aux gens de première main, la beauté et la fragilité du continent gelé.

L’Antarctique est peut-être à 15 000 km de l’est de l’Ontario, mais les gestes que nous posons tous les jours — les gaz à effet de serre que nous produisons en conduisant nos voitures, en chauffant et en climatisant nos maisons et en nous adonnant à nos activités quotidiennes — ont des effets directs sur l’Antarctique. Hélas, il y a de la vérité dans l’expression loin des yeux, loin du cœur. Voilà pourquoi je veux aider les gens à voir l’Antarctique et autres régions polaires. Lorsqu’on voit de près ces endroits, lorsqu’on les vit par tous nos sens, il devient difficile de nier l’effroyable impact de nos activités quotidiennes sur notre planète. Or, passer quelques jours en Antarctique ouvre les yeux et crée même des liens affectifs.

Sculptés par le vent et les vagues, les icebergs présentent de formidables formes et couleurs variées, devenant de somptueuses œuvres d’art.

Quiconque a visité le continent de glace sait de quelle façon ce dernier laisse une empreinte indélébile. Voir un glacier vêler est une expérience qui fait réfléchir, et qui rappelle que le climat de la planète se réchauffe. Cela rend les changements climatiques, personnels et tangibles.

Un manchot papou (à gauche) et des manchots Adélie nicheurs (à droite).

Un manchot papou (à gauche) et des manchots Adélie nicheurs (à droite).

«Cette expédition en Antarctique a été un des moments forts de toute ma vie.» 

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Shelley Ball

Rédactrice invitée du canal Ingenium, Mme Shelley Ball est titulaire d'un doctorat en écologie évolutive et en génétique des populations. Elle a également été membre de l'expédition Homeward Bound Women in Science 2016. Biologiste, éducatrice, photographe, conférencière et conteuse, Dr Ball est le fondateur et le président de Biosphere Environmental Education, une organisation qui combine la photographie et l'exploration comme des moyens de connecter les gens à la nature et de les inspirer à la preserver.