Pourquoi nous collectionnons

3 m
Médias
Ingenium – Musées des sciences et de l’innovation du Canada
Ce tableau à l’huile dépeint un hôtel dominé par les montagnes de Banff.
Cette peinture du parc national Banff de Charles Comfort ornait jadis la voiture pourvue d’un dôme d’observation panoramique du train de voyageurs transcontinental Le Canadien du CPCP.

Alors qu’Ingenium se prépare à déménager la collection nationale d’artefacts scientifiques et technologiques dans le nouveau Centre de conservation des collections au cours des prochains mois, la conservatrice Sharon Babaian réfléchit aux raisons pour lesquelles on collectionne des objets.

En tant que conservateurs, nous collectionnons des objets pour documenter, préserver et comprendre le passé. Les objets fabriqués et utilisés par les hommes et les femmes sont des preuves matérielles de l’invention, de l’activité et des besoins humains; ils sont aussi le reflet des sociétés, des communautés et des cultures qui les ont créés et adoptés. À Ingenium — Musées des sciences et de l’innovation du Canada, nous collectons toutes les formes de preuves matérielles se rapportant à la science et à la technologie.

Prenons ce sextant, fabriqué par Jesse Ramsden.

Cet artefact est un exemple de recherche scientifique transformée, par un confectionneur d’instruments doué, en outil pratique et durable pour la navigation maritime. Les marins utilisaient des sextants pour mesurer la distance angulaire de corps célestes, comme les étoiles et la Lune, afin d’établir leur position en mer.

Ramsden est un mathématicien du XVIIIe siècle qui a mis au point une méthode pour diviser mécaniquement les cercles selon une échelle précise pouvant être reproduite systématiquement. Cela a permis aux confectionneurs d’instruments de produire des appareils plus petits et plus précis, et particulièrement avantageux pour leurs utilisateurs puisqu’ils optimisaient la navigation et la rendaient plus sûre. Ce sextant est aussi un symbole fort de la puissance maritime de la Grande-Bretagne, qui constitue le fondement de la domination politique et économique du pays sur une grande partie du monde.

Marie Pick's (nee Jakesova) son translated the contents of this report card, so that researchers would have a sense of who she was before her marriage and immigration to Canada.

Certains des objets que nous recueillons peuvent sembler très banals. Pourtant, la signification d’un simple bout de papier, comme ce bulletin de notes, va bien au-delà des mots qui y sont écrits.

Ce document nous apprend que Marie Jakesova a reçu son diplôme de l’école d’agriculture de la République tchécoslovaque en 1930. Les cours qu’elle a suivis révèlent que, dans une région agricole comme celle du district de Chrudim, les matières liées à l’agriculture étaient des champs d’études importants, même pour les jeunes femmes. Le moment où Marie a obtenu son diplôme, à savoir pendant la Grande Dépression et à l’approche de la guerre, donne aussi une bonne idée de la raison pour laquelle elle et sa famille ont émigré au Canada en 1938.

Que Marie ait conservé ce bout de papier si soigneusement reflète l’importance particulière qu’il avait pour elle, peut-être parce qu’il a marqué le début de l’intérêt qu’elle porterait toute sa vie à l’agriculture. De fait, elle a joué un rôle de premier plan dans la gestion de l’entreprise de semences fondée par son mari Otto en 1947. Après la mort de celui-ci en 1959, Marie, de concert avec ses fils, a participé à la création de ce qui deviendrait la plus grande entreprise de semences de gazon et de plantes fourragères au Canada : le Pickseed Companies Group.

D’autres objets de notre collection peuvent ne pas sembler du tout à leur place dans un musée consacré aux sciences et à la technologie. Ces peintures du parc national Banff réalisées par Charles Comfort sont bien plus que de belles œuvres d’art. Elles témoignent de la dernière grande époque du transport ferroviaire de voyageurs au Canada; elles illustrent la transformation d’une région sauvage jadis considérée comme un obstacle au développement en une précieuse ressource exploitable. Au milieu des années 1950, le Chemin de fer Canadien Pacifique (CFCP) a actualisé et amélioré son service de transport de passagers pour concurrencer le transport aérien et automobile. La société a commandé 18 voitures pourvues d’un dôme d’observation panoramique, et l’on trouvait l’une d’elles à la queue de chaque train transcontinental. Chaque voiture portait le nom d’un parc situé sur le trajet du train. Pour décorer les salons, le Canadien Pacifique a demandé à des artistes canadiens célèbres, dont A. Y. Jackson, A. J. Casson, Edwin Holgate et Charles Comfort, de peindre une murale représentant chacun des parcs. Chaque voiture était ornée d’une murale principale et celle-ci se prolongeait vaguement dans l’illustration qui recouvrait le mur latéral adjacent tout en s’ajustant au vitrage. Ces peintures étaient un élément important du plan élaboré par la société pour promouvoir les voyages en train en présentant aux voyageurs du monde entier le charme panoramique et touristique du paysage canadien.

Chaque objet que nous collectionnons a un lien direct avec l’histoire des sciences et de la technologie. Cependant, l’intérêt d’un artefact se limite rarement à ce rapport évident, il englobe bien souvent tous les aspects de la vie au Canada. Chaque artefact nous révèle des choses remarquables sur le monde que nous avons créé et sur ce à quoi nous accordons de l’importance. Cela nous permet de considérer le passé sous un angle nouveau et de mieux comprendre la place des sciences et de la technologie dans nos vies — aujourd’hui et demain.

Auteur(s)
Profile picture for user Sharon Babaian
Sharon Babaian

Conservatrice pour les transports maritime et routier chez Ingenium – Musées des sciences et de l’innovation du Canada, Sharon Babaian est chargée du développement, de la recherche et de l’interprétation des artefacts liés au transport de la collection du Musée, notamment les systèmes radars. Elle a écrit de nombreux documents sur l’histoire de la technologie au Canada et est également l’auteure d’un texte sur l’histoire du Musée des sciences et de la technologie du Canada.