Un rêve devenu réalité : mon expédition vers une éclipse solaire

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Ingenium – Musées des sciences et de l’innovation du Canada
 La totalité
Une image composite — 13 images superposées — la totalité révèle l’éventail dynamique de la couronne, la haute atmosphère ténue du Soleil.

L’astronomie et l’exploration de l’espace me fascinent immensément depuis plus de 33 ans, soit depuis mes neuf ans. Je me souviens, tout jeune, j’admirais le ciel la nuit, puis je consultais mes livres d’astronomie, tentant d’en apprendre le plus possible. Au fil des années, mon intérêt s’est poursuivi et s’est davantage porté sur les phénomènes astronomiques transitoires, tels que les pluies de météores, les planètes, les éclipses et les aurores boréales. Je parcours souvent de longues distances simplement afin de trouver un bon endroit pour assister à ces événements.



J’ai toujours rêvé d’être aux premières loges d’une éclipse solaire totale, ce phénomène rare qui se produit lorsque la Lune couvre complètement le Soleil et qui amène la lumière du jour à faire place à un crépuscule suffisamment sombre pour rendre les étoiles et les planètes visibles dans le ciel! Cette aura de plasma fine et clairsemée autour du soleil, appelée la couronne, est souvent décrite comme l’un des spectacles les plus grandioses offerts par la nature. À quelque endroit que ce soit sur la Terre, une éclipse totale se produit seulement une fois tous les 375 ans.

Le 21 août 2017, pour la première fois depuis 1918, une éclipse totale du Soleil allait parcourir tous les États-Unis, de l’Oregon à la Caroline du Sud. Bien que la majorité de la population en Amérique du Nord allait voir une éclipse partielle, une éclipse totale a une portée plus limitée. Elle est visible seulement pour une courte période de temps à ceux qui ont la chance de se trouver dans son parcours d’environ 100 km.

Une décalcomanie commémorative

Une décalcomanie commémorative conçue en l’honneur de l’expédition.

Une escapade routière

J’ai décidé que l’approche de cette éclipse était l’occasion pour moi de réaliser un rêve. Un ami et moi nous sommes offerts une escapade routière de 3 600 km en direction de l’Idaho! Ce long parcours était nécessaire pour échapper aux conditions météorologiques potentiellement mauvaises de l’Est, ainsi que les zones très occupées. Pendant notre trajet, nous avons exploré un certain nombre de musées et d’autres attractions. En Idaho, nous avons rencontré un autre bon ami d’Ottawa qui séjournait chez le beau-frère de son cousin. Heureuse coïncidence, cette propriété privée se trouvait à un endroit idéal au centre du parcours de l’éclipse totale, et ils ont eu l’amabilité de nous inviter à nous joindre à eux!

La veille de l’éclipse, nous nous sommes tous affairés à installer une multitude d’appareils photo et de télescopes équipés spécifiquement pour l’observation et l’imagerie sûres du Soleil. Nous avons répété notre routine à plusieurs reprises pour éviter que les choses tournent mal. Nous savions que c’était notre chance ou jamais. L’éclipse totale allait durer seulement deux minutes. Nos appareils, nos piles et nos autres accessoires devaient bien fonctionner.

L’équipement

L’équipement de Pierre Martin, tout installé et prêt pour l’éclipse solaire.

Déjà, c’était le grand jour. À mon réveil à l’aurore, le ciel était d’un bleu clair et aucun nuage n’était en vue. L’heure était aux derniers préparatifs! Comme matériel, j’avais un appareil photo avec objectif grand-angle sur un trépied qui allait prendre une exposition toutes les cinq minutes pour immortaliser les phases partielles de longue durée, ainsi que la courte durée de la phase d’éclipse totale. Pour les gros plans, j’avais installé un deuxième appareil photo doté d’un téléobjectif sur une monture équatoriale qui permettait un suivi du Soleil de façon à ce qu’il demeure centré. Cet appareil était connecté à un ordinateur possédant le logiciel Solar Eclipse Maestro pour automatiser la photographie. J’ai préparé un script personnalisé dans le logiciel qui allait faire en sorte que l’appareil prenne des photos à des heures très précises grâce à des réglages définis permettant de capter les détails voulus aux moments clés. Cet arrangement me permettait aussi de m’asseoir confortablement et de me concentrer sur l’observation visuelle de l’événement.

Du Soleil

La disparition d’une minuscule parcelle du côté droit du Soleil a marqué le début de l’éclipse.

La disparition d’une minuscule parcelle du côté droit du Soleil a marqué le début de l’éclipse. L’excitation et l’adrénaline étaient palpables… entourées peut-être aussi d’une touche de nervosité! Au cours de l’heure qui a suivi, tandis que la Lune couvrait lentement le Soleil, la température s’est mise à chuter. De tout petits trous créés par les espaces entre les arbres et d’autres objets projetaient ce qui paraissait clairement être des « soleils » en forme de croissant sur le sol. Nous y étions presque, enfin : la phase de totalité était imminente!

La progression de la phase partielle

La progression de la phase partielle fait monter l’excitation. 

Une scène surréelle

Pendant les quelques instants qui ont précédé la disparition du Soleil, un certain nombre d’événements se sont produits plutôt rapidement et ont donné lieu à une scène très surréelle. Le ciel est passé à un ton de bleu foncé et la qualité de la lumière était unique, un peu comme elle le serait à travers des verres fumés polarisés. Les oiseaux volaient de façon imprévisible : ils semblaient désorientés par le changement de lumière ou ils retournaient peut-être à leur nid. La température a chuté de façon radicale, et les ombres sur le sol paraissaient si bien définies et nettes qu’elles en perdaient leur aspect naturel. Ensuite, dans le ciel de l’Occident, une forme large et sombre s’est présentée et s’est mise à prendre de l’expansion. C’était l’ombre de la Lune qui s’agrandissait et filait en notre direction à une vitesse d’environ 3 600 km/h!

Un effet de « bague à diamant »

Un effet de « bague à diamant » brillant apparaît juste avant la totalité.

Au début de la phase de totalité, j’avais l’impression qu’on « abaissait le gradateur de lumière » du ciel. Mon appareil photo s’est mis à s’actionner plus rapidement. Les plus petites lueurs du Soleil ont disparu, puis la couronne a fait son apparition! J’ai immédiatement été fasciné par cette merveille de la nature. Depuis un plateau surélevé et distant, nous pouvions entendre les « wowwww! » tous en cœur de centaines de personnes. La qualité du tableau qui se dessinait dans nos jumelles ou même à l’œil nu était au-delà de tout ce que j’avais imaginé. Les jets coronaux s’étendaient bien plus loin que le diamètre de la Lune / du Soleil, et la brillante étoile avoisinante Regulus était visible. Les images captées par mes yeux étaient différentes de toute photo d’éclipse que j’avais vue; l’œil humain possède une échelle dynamique globale meilleure que celle des appareils photo. Les gaz éruptifs rouges (protubérances) étaient facilement visibles et paraissaient comme de tout petits points rouges autour du disque.

Puis, je me suis mis à regarder autour de moi, debout, pour admirer la scène sans aucun instrument. Un vif éclat orange s’emparait de l’horizon entier et donnait l’impression d’un « crépuscule » à 360 degrés. On aurait dit que je me trouvais sur une autre planète! Plus haut dans le ciel, je pouvais distinguer sans difficulté Vénus, Jupiter, Sirius et même les étoiles de la célèbre constellation Orion.

Une image composite à grand-angle de l’éclipse solaire

Une image composite à grand-angle de l’éclipse solaire, qui consiste à superposer numériquement une photo toutes les cinq minutes tout au long de l’éclipse. Le cliché sans filtre à la totalité a servi de plan pour le ciel et le sol, présentant l’effet de « crépuscule profond » éprouvé. Il faisait suffisamment sombre pour que Vénus, Sirius et d’autres brillantes étoiles soient visibles dans le ciel de jour.  

Une sensation inégalée

Ce qui rend une éclipse totale aussi sensationnelle est en partie attribuable à la lumière invisible. Au moment de la totalité, lorsque le Soleil est entièrement caché, on ressent une sensation agréablement étrange et merveilleuse d’émissions solaires, visibles et invisibles, qui disparaissent en plein jour. Pendant ces deux minutes, j’étais effectivement dominé par mes émotions. Une éclipse partielle ne donne pas cette sensation, même si elle atteint 99 %. Seule la totalité produit ce phénomène stupéfiant et tout à fait remarquable qui ne s’apparente à rien dans nos vies, sur notre planète ou même dans l’univers connu. Quelle chance que la taille apparente de la Lune et celle du Soleil soient suffisamment semblables pour créer ce phénomène unique, vraiment l’un des plus grands spectacles de la nature!

La fin de la totalité

La fin de la totalité provoque une exclamation collective de la foule.

Les deux minutes de totalité se sont terminées par un effet de « bague à diamant » à couper le souffle qui annonçait le retour de la lumière du Soleil. Notre groupe s’est réjoui et a célébré l’événement, tandis que quelques personnes attentives ont continué d’observer la Lune qui, pendant une autre heure, délaissait graduellement le Soleil.

Nous ferions mieux de garder nos « pare-éclipse » à portée de main! Le 8 avril 2024, une autre éclipse totale du Soleil parcourra l’Amérique du Nord et donnera un spectacle à des millions de personnes. La totalité débutera au Mexique, puis se déplacera au nord-ouest de l’État de New York, passera au sud d’Ottawa et à Montréal, puis traversera les Maritimes. Une zone plus élargie du continent pourra observer une éclipse partielle. Je vous recommande de planifier cet événement avec beaucoup d’avance, car il attirera des millions de visiteurs de partout dans le monde. Leur but principal : se tenir dans l’ombre maigre de la Lune et être témoins d’un spectacle grandiose.

Auteur(s)
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Pierre Martin

Pierre Martin est graphiste et photographe chez Ingenium. Il est également un astronome amateur passionné qui adore explorer le ciel nocturne.