Série Échos épisode 1 – Aller à la guerre

Dans le premier épisode, des vétérans de l’Aviation royale canadienne et des forces aériennes de la Pologne racontent ce que c’était que d’aller à la guerre. Que ce soit d’annoncer aux parents leur enrôlement ou leur premier vol solo, c’est teinté d’autodérision que leur témoignage de première main redonne vie à l’histoire de façon captivante et touchante. On y aborde des sujets tels que les forces aériennes de la Pologne, le rôle clé du programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique, le choix entre un avion de chasse et un bombardier, et les sentiments liés au fait de devenir pilote.

Les entrevues figurent en alternance avec des photographies d’archives et des séquences filmées. Les scènes entre le cadet Mathieu et le capitaine Ti-Jean précisent le contexte et renseignent davantage sur le fait d’aller à la guerre.

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« Je m’en vais de l’autre bord! » « Ah oui? » C’est là que je lui ai annoncé.

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« N’en parle pas à ta mère, pas avant de partir, elle ne s’en remettrait pas. »

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Alors, je lui en ai jamais parlé, jusqu’au dernier moment. Elle pleurait, elle disait

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que je n’aurais pas dû m’enrôler, j’aurais dû retourner aux États.

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Les Américains n’étaient pas encore en guerre.

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Les gars de l’aviation avaient la réputation

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d’être une bande de snobs, du moins selon les gars de l’armée. J’étais à côté

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d’un homme plus vieux que moi, 30 ans peut-être. « Qu’est-ce que tu fais là? »

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« Je vais m’enrôler. » « As-tu été conscrit? »

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« Non. »

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« En tout cas, enrôle-toi pas dans l’armée. Choisis l’aviation. » qu’il me dit.

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« Tu es mieux traité dans l’aviation. » Je suis allé au bureau de recrutement de l’aviation,

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je me suis enrôlé, sans problème.

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C’était avant la guerre, pendant l’été,

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je jouais au hockey sur l’herbe de la patinoire extérieure. Tout à coup, trois Hurricane

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arrivent en piqué, puis survolent le champ, tellement proches qu’on voyait les faces

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des pilotes. Je me suis dit : « c’est ça que je veux faire! »

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J’étais haut comme trois pommes quand mon père m’a fait monter dans un avion, assis

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sur ses genoux. J’ai été accro tout de suite.

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Comme la plupart des gars de mon âge j’ai commencé à construire des modèles réduits

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d’avion, comme si c’étaient des vrais.

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Quand la guerre est arrivée, j’étais fin prêt!

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Je me suis enrôlé à 17 ans.

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J’ai dû obtenir la permission de mon père et de ma mère.

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Je venais de terminer ma 10e année au secondaire.

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Je me suis enrôlé tout de suite!

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Le radar venait d’arriver, ça m’intéressait. C’est pour ça que j’ai joint l’aviation

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plutôt que l’armée de terre.

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Je m’intéressais à la photo. J’ai appris qu’il y avait un secteur photo dans l’aviation.

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Je ne savais pas trop ce qu’ils faisaient

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– sauf de prendre des photos. Je me suis dit : « C’est là-dedans que je veux m’en aller! »

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C’est à Ottawa que le cours se donnait. Je voulais y aller.

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En 1940, j’avais 20 ans. Je savais bien qu’il fallait que j’y aille, mais je ne

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savais pas comme quoi. Chez les jeunes, c’est l’aviation qui avait la cote. Piloter un

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avion, ça donne beaucoup de prestige.

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J’ai des oncles et des tantes qui ont fait

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la Première Guerre mondiale. J’ai vu des photos : il y avait de la boue partout, des

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tranchées dégueulasses. Très peu pour moi, merci!

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Puis, il y avait la marine : « On monte! On descend! On monte! On redescend! »

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Pas de monte-descend… non monsieur!

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Dernier choix. C’est pour ça que j’ai joint l’aviation!

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J’me rappelle la formation que j’ai eue là d’dans.

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J’pensais que j'allais dev’nir pilote d’avions de chasse.

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Les choses ont tourné autrement.

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Ti-Jean, pourquoi avez-vous choisi l’aviation?

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C’est comme si j’avais pas eu le choix.

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Comment ça?

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Ben, dans la Grande Guerre, la première guerre mondiale,

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mon père avait servi dans le Royal Naval Air Service

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Vous avez ça dans l’sang!

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D’une certaine façon, mais ça va plus loin. Quand mon père a pris les commandes

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de son Bristol F.2B en 1917, les «aéroplanes» existaient depuis 14 ans.

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Il y a peine plus de 12 ans entre le premier vol des Wright brothers en 1903

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et les combats aériens au-dessus du front de l’ouest au début 1916.

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Comme les autres aviateurs de la Grande Guerre,

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mon père avait établi le rôle de l’aviation pour l’avenir.

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Moi, j’ai voulu en faire partie.

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Mais, qu’est-ce que vous auriez fait si vous aviez pas réussi dans l’aviation

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pi qu’on vous avait renvoyé dans l’armée

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de terre ou dans la marine?

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Ben, j’me serai battu à terre ou sur l’océan!

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Les options personnelles comptent pas tellement.

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Il y a les ordres, pi tu fais de ton mieux.

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Pas d’options du tout, il m’semble.

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C'est souvent comme ça la guerre, manque d’options. Pas l’choix.

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J’avais vu ce qui s’était passé en Pologne

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pendant la guerre : la destruction et la cruauté de la part des Allemands qui nous ont attaqués.

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J’ai décidé de changer de branche et de joindre le personnel de l’aviation.

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Le gouvernement nous demandait de l’aide. Il avait gravement besoin d’aide.

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Comme mon père, je sentais que c’était mon devoir de me porter volontaire. Je me suis enrôlé.

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J’ai été envoyé en Angleterre.

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Moi, j’prendrais un Polonais ou un Tchèque dans mon équipage n’importe quand,

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sans poser de questions.

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Pourquoi? Qu’est-ce qu’ils ont de si spécial?

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T’es sérieux? Les pilotes polonais sont parmi les mieux formés en ce moment.

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Nous autres, les «Canayens», on traverse l’océan pour se battre, mais eux, ils se

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battent dans leur propre pays contre l’envahisseur nazi qui massacre leur peuple. l’enjeu

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Pour eux, est sacrément plus important!

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Vous mettez votre vie en danger comme eux, non?

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Bien sur, mais tu penses pas que c’est différent pour eux?

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Si une grosse brute épaisse te dit que chez vous, c’est chez lui maintenant,

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pi que si ça fait pas ton affaire, il va te tuer avec ta famille, qu’est-ce que tu ferais?

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Les gens de partout dans le Commonwealth sont

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venus au Canada pour apprendre à devenir pilotes et aider à mener la guerre.

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Il devait y avoir plus de 200 stations au Canada.

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Des écoles de tir, des écoles pour pilotes,

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des écoles pour mitrailleurs, pour navigateurs, pour les opérateurs radio.

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Plusieurs écoles formaient aussi la division des femmes

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et aussi les équipages au sol.

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C’est le Canada qui a été choisi comme hôte de ce plan à cause de sa grande superficie

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et parce que nous étions assez loin de la guerre

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et que l’ambiance au pays se prêtait bien à l’entraînement.

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C’est quoi ce jaune-là? Les avions ressemblent à des bouteilles de moutarde?

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Facile! La visibilité. Pour éviter les accidents à l’entraînement;

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puis en cas d’atterrissage forcé ou même d’accident,

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pour faciliter les choses. Y a tant d’avions dans le ciel canadien que le

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président Franklin D. Roosevelt surnomme le Canada « l’aérodrome de la démocratie ».

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Le BCATP, le « plan » est le plus important programme de formation aéronautique de l’histoire de la guerre.

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Il y a des champs d’aviation partout au pays, où l’on forme plus de 130 000 recrues.

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On s’fait pas prier pour faire notre part.

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Mais, pourquoi au Canada? C’est loin de l’Europe, non?

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C’est justement pourquoi on nous a choisi.

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On est loin de la Luftwaffe et des chasseurs japonais.

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En plus, c’est grand, puis la météo plutôt clémente.

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Oui mais, le « plan » en question,

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il servait à ramener la guerre à nos portes!

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Des fois faut jouer le tout pour le tout

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Qu’est-ce que ça veut dire, ça?

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Ce que ca veut dire c'est que tu peux pas toujours être spectateur.

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Des fois, faut s’emparer de la rondelle puis foncer!

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Ils m’ont demandé de choisir entre le Fighter Command ou le Bomber Command,

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chasseur ou bombardier.

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« Bien sûr, pour devenir pilote de chasse, il faut attendre six mois. »

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Six mois!? À vingt ans, tu ne veux pas attendre six mois.

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Je me suis engagé dans le Bomber Command – les bombardiers.

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« En ce moment, on cherche des pilotes de bombardiers »

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« Non! Moi, je veux devenir pilote de chasse! »

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« Pourquoi? » Je lui dis : « Parce que si je fais une erreur stupide

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là-haut, je veux être le seul à m’écraser, sans entraîner tout l’équipage. »

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Vous r’grettez pas de pas être pilote de chasse?

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Tu veux dire comme le fameux « Buzz » Beurling, as de l'aviation

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canadienne avec ses 31 victoires, Non merci!

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À lui les honneurs. À lui de faire acheter

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les bonds de la Victoire au pays.

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Moi, j’aime mieux mon bon vieux Lancaster merci.

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Oui mais, si c’est vous qui faites une erreur en plein vol et que des membres

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de votre équipage meurent, comment feriez-vous pour vous en r’mettre?

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Moi, ça m’maganerait beaucoup.

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En guerre, il y a plein d’erreurs.

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La peur d'en commettre une, ça, c’est la pires erreurs.

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La première fois que je suis monté dans l’avion, je me voyais encore dans mon modèle réduit.

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C’était la même sensation : « Enfin, je suis à bord d’un avion. » Comprenez-vous?

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Le premier avion? C’était un Fleet Finch, un biplan d’entraînement.

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Ça ressemblait à un chasseur de la Première Guerre mondiale. Mais, tout un appareil pour l’entraînement!

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C’était exaltant!

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On avait des Tiger Moth, très agréable le Tiger Moth!

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D’une certaine façon, c’était un aéroplane qui me séduisait.

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Il vous en faisait voir de toutes les couleurs.

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Il pouvait même vous tuer, si vous le laissiez faire.

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Capitaine Ti-Jean, vous souvenez-vous de votre première envolée?

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C’est comme la première fois que t’embrasses une fille, t’oublies jamais ça, mon cadet!

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C’est mon père qui m’a montré à piloter quand j’avais 16 ans,

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dans le vieux De Havilland Moth déglingué qu’il avait acheté pour trois fois rien

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dans une foire aérienne. Quand il a mis le pied à terre sur notre piste, pi qu’il

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m’avait dit de monter par moi-même.

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C’était comme … la liberté … j’me sentais libre comme l’air.

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Vous aviez 16 ans?

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Ouais. J’ai commencé sur le tard, mais j’me suis r’pris pas mal vite.

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Ils m’ont admis dans l’Aviation royale du Canada, l’ARC.

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Je m’imaginais comme les aviateurs qu’on nous présente, vous

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savez : qui virevoltent dans le firmament en se tirant dessus. Bon! Parfait!

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Tout le monde voulait devenir pilote, mais, bien sûr, tout le monde ne pouvait pas être pilote.

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Tout le long de ton entraînement tu pouvais te faire couler.

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On t’observait tout le temps. Tes capacités étaient toujours remises en question.

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Si on pensait que tu ne ferais pas l’affaire

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comme pilote, tu étais convoqué chez le commandant.

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Là, il te disait : « Je regrette,

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mais tu ne progresses pas comme on l’aurait espéré pour devenir pilote de chasse. Je

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Je vais devoir te renvoyer dans la force aérienne pour apprendre un métier quelconque. »

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J’ai commencé comme pilote, aux commandes des Tiger Moth. Mais, je me suis fait couler!

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Celui qui m’a viré m’a dit : « Jim, je vais te laisser continuer, mais tu ferais

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mieux de te trouver une autre place dans l’équipage. » Alors je suis devenu navigateur.

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Le cours a duré six mois. J’ai complété le cours à la fin de l’année 43.

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Au dépôt de recrutement, je leur ai dit que je voulais devenir pilote.

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Après l’examen médical, le médecin m’annonce : « Je suis désolé, mon jeune, mais tu ne pourras

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pas devenir pilote : tes yeux ne convergent pas.

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La convergence c’est ce qui permet de percevoir la profondeur; sans ça, tu ne peux pas faire atterrir un avion. »

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Plus tard, quand c’est moi qui montais la garde, des heures durant avec ma carabine

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et sa baïonnette, je passais mon temps à rapprocher la baïonnette de mes yeux, comme ça.

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Finalement, pendant ma formation au sol, nouvel examen de la vue.

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En prenant des notes, le médecin a dit : « Voyons, ça ne marche

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pas : les mesures ne concordent pas avec celles de ton premier examen! »

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Ma réponse était toute prête : « Ça doit être une erreur typographique. »

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Comment on pouvait se faire caler?

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si tu t’écrases, t’es calé.

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Il y a aussi les raisons médicales comme une vision ou une ouïe défaillante, ou encore

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une mauvaise attitude. Ils se débarrassent des pommes pourries pas mal vite.

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Ils vous ont délivré un permis à la fin??

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Un permis de pilotage? Un bout d’papier?

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Tu veux rire! Voyons donc!

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Non mon Cadet! On te donne une insigne, des ailes. Dans la vie militaire,

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le jour où tu reçois tes ailes,

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c’est une grande fierté pour un pilote militaire.

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Ils avaient aligné des meules de foin dans le champ,

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comme un convoi. Dans les ailes de l’appareil, tu avais des mitrailleuses

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avec de vraies balles. Tu piquais, comme dans une bataille, puis là tu les mitraillais

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comme si c’était un convoi allemand ou des navires ou quoi que ce soit.

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Il se nommait le Miles Master, ce monomoteur m’avait gonflé à bloc.

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Un peu comme le Harvard, il avait deux sièges : un devant, l’autre derrière.

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L’instructeur prenait place dans le siège arrière. Quand il fallait atterrir, l’instructeur

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relevait une partie de la verrière de la cabine, comme un paravent, puis il remontait

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son siège. C’est comme ça qu’il pouvait gouverner l’avion.

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Le grand plaisir c’était d’accélérer et d’assommer l’instructeur avec la verrière du cockpit.

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J’ai quand même piloté ce monomoteur pendant 17 heures.

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Une expérience… spirituelle. (rire)

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Dans un exercice de poursuite, un appareil prend la

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tête et essaie d’égarer l’autre, en faisant toutes sortes de manœuvres.

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Après, on change de place. Eh bien, mon collègue ne m’a pas égaré.

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Mais quand on a changé, j’ai fait une manœuvre et moi, je l’ai égaré.

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En sortant de mon piqué, sans carte, je ne me retrouvais plus.

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On s’était rendus ensemble en formation rapprochée.

19:14

Je n’avais pas prêté attention où on allait.

19:23

La visibilité était mauvaise au point que tu voyais à peine le sol.

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Je me pensais au sud-ouest d’Ottawa; alors je me suis dirigé vers le nord-est.

19:40

J'ai abouti quelque part au Québec. J’avais descendu pour lire le nom du village

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sur la gare de chemin de fer. C’était en français, alors je savais où je me trouvais.

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J’ai viré vers le sud. Là j’ai aperçu des terres en longueur

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qui remontaient à partir du fleuve. Je me suis rappelé mon livre d’histoire, la division

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des fermes du régime seigneurial au Québec. Je savais maintenant où j’étais.

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Mais mon réservoir était presque vide; j’étais sur le point de choisir une de ces terres

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parallèles, pour me poser, quand j’ai aperçu un autre avion, un Fleet Finch.

20:18

Je ne savais pas ce que c’était, mais c’était bien un Fleet Finch. Je l’ai suivi jusqu’à sa base,

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au Cap-de-la-Madeleine, près de Trois-Rivières.

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J’avais eu à peine dix heures de vol. Tout d’un coup je me retrouve dans un Harvard.

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C’est un peu inquiétant, tu sais. C’est comme la première fois que tu conduis une

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auto, tu as un peu peur. C’est pareil pour un Harvard.

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Une fois maîtrisé, j’ai eu beaucoup de plaisir dans cet appareil.

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Avec mon ami, dans les nuages, on faisait des boucles et des tonneaux,

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puis on jouait à « qui m’aime me suit » dans les nuages et dans les trous. (rire de bon cœur)

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La collation des grades, c’était l’événement le plus important de ta vie jusque-là.

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Et puis à la fin du cours, mon père, qui venait de revenir d’Angleterre à ce moment-là

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comme capitaine dans l’Armée, il était là pour m’épingler mon aile sur ma tunique.

21:25

Et puis avec un peu trop d’enthousiasme, il m’avait rentré l’épingle, à travers

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ma tunique et puis dans la poitrine. Puis je n’ai pas bronché, mais ça faisait mal!

21:40

Quand j’y pense, le jour du Souvenir 1942 a été une journée toute spéciale :

21:45

c'est le jour où j’ai reçu mes ailes de pilote.

22:07

Winston Churchill a dit que le Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB)

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était l’une des plus grandes contributions du Canada à la Deuxième Guerre mondiale.

22:22

Ceux qui ne sont pas allés à l’étranger n’ont jamais eu de reconnaissance. Si je

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ne porte pas mon insigne sur mon uniforme d’aviation, personne ne sait quelle a été

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ma contribution à l’effort de guerre.

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Le Canada devrait offrir aux instructeurs une reconnaissance quelconque de leur apport.

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On disait : « la guerre du Canada ».

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Nos morts ne recevait aucun traitement particulier : on vous réexpédiait chez vous, là d’où vous veniez.

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Je me souviens, un avion Harvard qui s’était

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écrasé a été retrouvé environ 25 ans après la fin de la guerre.

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Le squelette était toujours dedans. Aucune reconnaissance pour ceux d’entre nous qui ont servi.

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Le Queen Elizabeth, qui était à ce moment-là

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le plus gros navire en mer, a été réquisitionné pour le transport des troupes.

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On est restés à bord pendant six jours à Halifax. Il y avait des troupes qui arrivaient

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de partout au Canada pour remplir le bateau. On était sur le point de partir quand deux

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Liberty Ships, des cargos, sont arrivés pleins de troupes américaines. En plein Atlantique,

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ils avaient eu des fuites. On les avait redirigés sur Halifax. Il y avait 6000 soldats à bord

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qui ont été transférés sur notre bateau, qui était déjà plein. Il n’y avait plus

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de place pour dormir! Tu dormais sur le pont. Même pour aller aux toilettes, il fallait

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que tu enjambes les gars qui dormaient. Tu dormais là où tu pouvais; même sur le plancher.

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C’était en janvier 1942 dans l’Atlantique Nord. Il faisait froid et la nourriture était

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dégueulasse… Ils prenaient un sac de patates, les faisaient bouillir sans les laver.

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C'est comme ça qu’ils te les donnaient. Moi, je me suis acheté des biscuits au magasin;

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c’est là-dessus que j’ai survécu pendant la traversée.

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Vous êtes pilote de bombardier, non? Vous aviez juste à vous envoler pour

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l’Europe dans votre Lancaster!

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C’est pas comme ça qu’ça marche. Les avions construits en Amérique du Nord

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doivent survoler l’Atlantique en suivant des corridors aériens précis

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pour se rendre en Angleterre.

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Rendus là, il y a des pilotes chargés de les poser aux différents aérodromes.

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Y a même des jupons!

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Pardon?

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Des jupons. Des femmes! Réveille!

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On les appelle « attagirl ». T’sais, pour les féliciter;

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t'sais « attagirl », « attaboy » mais c’est des filles alors on dit « attagirl ».

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Ces dames sont aux commandes d’appareils

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que je ne n’oserais même pas piloter moi-même. Ça te surprend?

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Non! Pourquoi? Les femmes vont au combat, comme les hommes.

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Les femmes ne devraient jamais se battre comme des hommes.

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En arrivant de l’autre bord, il fallait

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aller à Bournemouth – une ville extraordinaire pour un gars, des salles de danse, des pubs, oh là là!

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Les pubs étaient agréables et la bière pas chère.

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Paraîtrait que Churchill aurait ordonné

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aux brasseries de produire beaucoup de bière pour soutenir le moral des gens.

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Dans les pubs, tout le monde chantait, nous autres aussi. Ça chantait, ça chantait.

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Tu buvais jamais de façon excessive; pas assez pour être saoul en tout cas.

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Tu ne pouvais pas acheter de la nourriture dans les pubs comme aujourd’hui. Il y avait très

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peu de nourriture. Fish and chips c’était à peu près tout ce qu’il y avait.

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Toujours emballé dans du papier. Ça sentait bon, c’était très bon.

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Moi, j’étais logé dans une maison particulière.

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C’est madame Simpson qui s’occupait de moi.

27:23

Une femme charmante. Tous les soirs, quand je rentrais à la maison,

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en me traînant parfois, elle avait posé un verre de lait avec des scones sur la table de chevet

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Quand on partait à l’étranger, les vieux

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nous conseillaient d’apporter des produits que les filles désireraient.

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Moi, je savais qu’on manquait de sucre là-bas,

27:51

alors j’ai apporté un sac de sucre de dix livres et

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aussi des bas de soie dans mon bagage.

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L’idée c’était d’en distribuer un peu à la fois.

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Madame Simpson était tellement gentille avec moi que je lui ai tout donné d’un

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coup, le sucre avec les bas.

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