Un microscope de l’ère spatiale pour lire les étoiles

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microdensitomètre

Chaque objet que nous déplaçons vers le nouveau Centre de conservation des collections nous arrive avec son lot d’anecdotes, de liens et d’interprétation. À titre de conservateur, Sciences physiques et médicales, j’ai le privilège d’examiner des objets d’une diversité incroyable dans la collection scientifique et technologique nationale. Ce microdensitomètre se démarque pour plusieurs raisons et, d’abord et avant tout, pour son lien illustre avec l’astronomie canadienne et mondiale.

Le microdensitomètre que vous voyez ici nous vient de l’Observatoire David Dunlap de Toronto. Tom Bolton, Ph. D., reconnu comme étant l’un des premiers à avoir prouvé la présence d’un trou noir de masse stellaire, avait acquis cet appareil pour une somme d’environ 150 000 $ en 1974, ce qui représentait, à l’époque, un investissement considérable. Il s’en est servi pour mesurer les spectres stellaires et galactiques, de même que des images photographiques directes du ciel, prises à l’aide du télescope de 74 pouces de l’Observatoire David Dunlap. Il s’en est aussi servi pour étudier des plaques acquises par Sidney van den Burgh au moyen du télescope de 48 pouces de Schmidt à l’observatoire du mont Palomar.

Densitomètre PDS Perkin-Elmer.

Qu’est-ce qu’un microdensitomètre?

Quelle sorte d’objet sommes-nous en train de déménager, exactement? Les astronomes l’ont qualifié d’« appareil de mesure » servant à extraire l’information de plaques photographiques. Il a servi à mesurer numériquement ces spectres de lumière avec un système de photodensitométrie (PDS).

Mais nous pourrions tout aussi bien le décrire comme étant une sorte de microscope stellaire utilisé pour mesurer et étudier le ciel. Il irait très bien sur une tablette avec notre collection de microscopes diversifiée. Perkin-Elmer, légendaire entreprise d’optique de précision américaine, a fabriqué cet instrument en y ajoutant une lentille Nikkon japonaise de qualité supérieure.  

Gros plan de la lentille Nikkon, Densitomètre PDS Perkin-Elmer.

Un design de l’ère spatiale

Ou peut-être déménageons-nous plutôt un objet de design de la fin des années 1960 ou des années 1970. De nombreuses entreprises scientifiques utilisaient une esthétique à l’image de l’ère spatiale pour mieux vendre leurs produits en misant sur la confiance envers le futur. C’est qui me vient en tête en voyant le design et la couleur du microdensitomètre. IBM s’est approprié le marché en misant sur cette esthétique avec ses ordinateurs aux agencements géométriques de gris, de noir et de bleu.

Partie de l’appareil IBM 1401 (vers 1963), actuellement sur une tablette d’entrepôt d’Ingenium.

On retrouve même cette esthétique sur l’emblématique immeuble de fabrication et de formation d’IBM à Rochester (Minnesota), conçu par l’architecte Eero Saarinen en 1957.

Bras de lecture

Le densitomètre représente une forme courante dans la collection : le bras de lecture, la caméra en surplomb, le détecteur ou l’émetteur de faisceaux. Lorsque j’ai vu l’appareil Perkin-Elmer pour la première fois, cela m’a rappelé le densitomètre Macbeth, dont se servaient les physiciens pour examiner la densité des images radioscopiques ou pour mesurer le « cosmos » à l’intérieur de notre corps.                                                                 

Densitomètre Macbeth pour mesurer la densité optique dans les radiographies des seins.

Graffitis d’utilisateurs

Viennent ensuite les éléments qui nous révèlent les dimensions humaines de l’appareil. Plusieurs autocollants et messages sur la console comportent des instructions particulières sur la façon de manœuvrer la tourelle pour obtenir des images au foyer. On y retrouve des autocollants sur l’entretien des tubes photomultiplicateurs ou des détecteurs de lumière extrêmement délicats. Ces messages relatent l’histoire des frustrations et du désordre de l’utilisation routinière de l’appareil.

Graffiti sur le panneau avant. Notes sur le changement des tubes photomultiplicateurs.

L’exercice que représente l’emballage de la collection scientifique et technologique du Canada a donné au personnel de conservation d’Ingenium l’occasion unique d’examiner des artefacts qui n’avaient sans doute pas été manipulés depuis longtemps. Le microdensitomètre n’est qu’un exemple de la façon dont chaque objet représente de multiples perspectives de notre histoire commune.                       

Auteur(s)
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David Pantalony, Ph.D.

En tant que conservateur, Sciences physiques et médicales, à Ingenium – Musées des sciences et de l’innovation du Canada, David Pantalony est un passionné de l’histoire des instruments scientifiques. Il a dirigé l’exposition Les sens et la médecine au Musée des sciences et de la technologie du Canada renouvelé. Ayant travaillé sur l’exposition sur l’astronomie Un seul ciel, beaucoup d’astronomies à Ingenium, il contribue présentement à un projet sur les connaissances autochtones en matière d’étoiles réalisé en collaboration avec les partenaires autochtones du musée, projet qui pourrait mener à un symposium international, en 2020. M. Pantalony, de concert avec le boursier Ingenium-McGill et une stagiaire de recherche, ont récemment reçu le Prix d’excellence de l’Association des musées canadiens, catégorie recherche, pour le travail qu’ils ont fait sur la collection Petrovic, laquelle établit des liens culturels grâce à notre patrimoine mathématique commun. Il contribue également au programme de bourses et de recherche qui est en pleine croissance à Ingenium, ayant récemment supervisé les travaux de la chercheuse Jennifer Thivierge portant sur les perforatrices, ces figures méconnues de l’histoire du Canada.

Professeur auxiliaire d’histoire à l’Université d’Ottawa, M. Pantalony présente un séminaire sur le musée numérique qui est fondé sur la collection. Il a en outre été conservateur au Collège de Dartmouth, au New Hampshire, et au Bakken Museum, à Minneapolis. Il a obtenu son doctorat (Ph.D.) à l’Institute for the History and Philosophy of Science and Technology de l’Université de Toronto. Il adore faire du ski et jouer au tennis avec sa famille. Une partie de sa collection personnelle de raquettes de tennis anciennes (il en possède plus de 130, dont certaines datent des années 1880) est exposée au restaurant Cameron, de l’Ottawa Tennis and Lawn Bowling Club.