Trois choses que vous devriez savoir — Édition d'octobre

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Une image composite composée de trois images: une comète interstellaire, un tas de tomates et des bacs verts bordant la rue.

Faites connaissance avec Renée-Claude Goulet, Jesse Rogerson et Michelle Campbell Mekarski.

Tous trois communicateurs scientifiques professionnels, ces employés d’Ingenium prodiguent des conseils d’experts sur des sujets importants en lien avec nos trois musées : le Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada et le Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Dans cette nouvelle série de blogues mensuels, les communicateurs scientifiques d’Ingenium vous proposent trois pépites insolites touchant à leur champ d’expertise respectif. Pour l’édition du mois d’octobre, ils vous livrent leurs perspectives à l’égard de la conservation de semences de votre potager, d’un objet interstellaire récemment découvert et d’une nouvelle approche de compostage urbain qui pose des questionnements à bien des gens!

Un visiteur extrasolaire

Un astronome en Crimée a récemment découvert un objet provenant vraisemblablement de l’extérieur du système solaire.

Tous les objets dans le système solaire – planètes, lunes, astéroïdes et comètes – sont liés au Soleil par la gravité. La gravité du Soleil détermine l’orbite de tous les objets. Par conséquent, si vous voulez quitter le système solaire, vous devez avoir assez de vitesse pour échapper à la gravité du Soleil. Les humains l’ont fait quelques fois, d’ailleurs. Les deux exemples les plus connus sont les deux sondes Voyager, lancées en 1977, qui suivent des trajectoires d’échappement hors du système solaire.

Outre les objets de fabrication humaine, tout ce qui provient du système solaire est lié au Soleil. Comme nous comprenons la relation entre la gravité et la vitesse orbitale, lorsqu’un objet ne s’intègre pas, sa présence devient évidente! Récemment, un astronome a remarqué un petit objet s’apparentant à une comète décrivant une trajectoire dans le ciel. De nombreuses observations ont permis de déterminer une orbite pour l’objet et, par conséquent, sa vitesse par rapport au Soleil.

Fait étonnant, l’orbite de cet objet a une vitesse supérieure à la vitesse d’échappement du Soleil et une trajectoire qui l’envoie hors du système solaire. Cela signifie qu’il provient vraisemblablement de l’extérieur du système solaire.

Il s’agit, en fait, du 2e objet interstellaire que l’on découvre. Lors de la découverte du premier, « ‘Oumuamua », en 2017, les astrophysiciens ont prédit qu’il y avait bien d’autres objets volants qui traversaient notre système solaire. Celle-ci semble confirmer cette hypothèse.

Les comètes et les astéroïdes sont souvent qualifiés de capsules historiques : des matières non transformées constituant des vestiges du début du système solaire. Nous étudions les comètes et les astéroïdes parce qu’ils nous renseignent sur les conditions du début du système solaire. Les comètes et les astéroïdes interstellaires nous enseigneraient les mêmes choses, mais à propos des éléments sur les autres systèmes stellaires dont ils proviennent. Cela nous permettra de mettre en lumière les similitudes et les différences entre les systèmes solaires sans devoir nous rendre ailleurs.

Par Jesse Rogerson

Sept différentes variétés de tomates à fécondation libre provenant du Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, arborant une diversité de couleurs, de dimensions et de formes.

Collection bien colorée de variétés de tomates à fécondation libre récoltées à l’été 2019 dans le potager du Musée de l’agriculture du Canada. De gauche à droite, les variétés Amethyst Cream, Adelaide Festival, Mini Rose, Petit Moineau, Rideau Sweet, Ottawa et Kangaroo Paw Green.

Hybrides ou patrimoniales : conserver des semences du potager

L’automne est de retour! Dans nos potagers au Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, les cultures annuelles y vont d’une dernière phase de reproduction avant le gel. Les jardiniers se demandent peut-être s’il est judicieux de conserver des semences de leurs plants en prévision de l’an prochain. La réponse : ça dépend!

Pour déterminer s’il y a lieu de conserver des semences d’une plante donnée, le principal élément à prendre en considération est de savoir s’il s’agit d’une variété hybride de l’espèce ou d’une variété à fécondation libre (p. ex., espèce : tomate de la variété – « Roma »). Les variétés hybrides, comme la tomate « Early Girl », font leur apparition lorsque les sélectionneurs provoquent une pollinisation croisée entre deux variétés innées distinctes de la même espèce dans un environnement contrôlé. L’hybride qui en résulte hérite des meilleurs traits de chacun des parents. Parmi les avantages ainsi obtenus, soulignons l’uniformité des fruits, le rendement élevé et la résistance à certains parasites. Cependant, l’utilisation de semences prélevées sur des variétés hybrides donne rarement des résultats souhaitables. Lorsqu’une plante hybride se reproduit, les traits obtenus par l’hybridation sont transmis, mais ne se manifestent pas dans la même mesure chez les descendants. Le résultat ne ressemblera pas à la plante mère.

Par contre, nous avons des variétés à fécondation libre, dont font notamment partie les espèces patrimoniales. Ces variétés, pollinisées par les insectes et le vent, renferment plus de variabilité génétique et tendent à conserver leurs traits d’une génération à une autre, même sans trop d’intervention humaine. Il suffit de les séparer des autres variétés de la même espèce.

Les variétés patrimoniales, comme la populaire tomate « Brandywine », sont simplement des variétés à fécondation libre qui se sont reproduites de génération en génération et qui datent d’avant l’introduction des variétés hybrides. Les variétés à fécondation libre produisent une qualité de fruits variable et leur rendement est moins élevé que celui des hybrides. Par contre, elles sont souvent reconnues pour leur meilleure saveur, de même que pour leurs couleurs et leurs formes intéressantes. Voilà des semences qui sont intéressantes à conserver, puisque les descendants arboreront la même splendeur que leurs parents!

Bien sûr, il ne s’agit là que d’un aperçu de ce que vous avez avantage à conserver ou non. Pour en savoir plus sur la conservation de semences dans le potager, veuillez consulter le Réseau des semences communautaires.

Par Renée-Claude Goulet

Des rangées de bacs verts bordent une rue résidentielle pluvieuse, en attente de collecte.

Des rangées de bacs verts bordent une rue résidentielle pluvieuse, en attente de collecte.

Plastique fantastique ou fiction pulpeuse?

En juillet 2019, la Ville d’Ottawa s’est jointe à un petit nombre croissant de villes, dont Edmonton (Alberta) et London (Ontario), qui autorise les sacs de plastique dans les déchets organiques domestiques. En lisant cela, vous avez probablement la même réaction que bien des résidents d’Ottawa ont en entendant la nouvelle. Vous vous demandez peut-être « Comment s’y prend-on? Le plastique ne se décompose pas! » ou « Quelle est la logique derrière cette décision? » Penchons-nous sur la question.

« Comment s’y prend-on? Le plastique ne se décompose pas! »

Vrai! Mais le plastique ne se retrouve pas dans le compost. Lorsque les déchets organiques d’Ottawa arrivent à l’installation de traitement des déchets, ils passent dans une déchiqueteuse (comme une déchiqueteuse de papier géante). Ce mélange déchiqueté de matières organiques fraîches et de plastique est combiné à de plus vieux déchets organiques qui ont déjà commencé à se décomposer et où il y a donc beaucoup de microbes. Comme une colonie d’explorateurs de l’espace qui s’installe sur une nouvelle planète, les microbes colonisent rapidement les nouveaux déchets, se multiplient et s’activent aussitôt à décomposer nos ordures de cuisine. Après sept à 10 jours, presque toutes les matières décomposables sont désagrégées en petits morceaux, alors que tout ce qui n’est pas décomposable (plastique, verre, roches) conserve sa dimension initiale. Le mélange passe dans un tamis rotatif qui sépare les gros morceaux (p. ex., les sacs de plastique déchiquetés) des petits. Un autre séparateur prend les petits morceaux qui restent et les sépare selon leur densité. Les matières lourdes (verre, roches, etc.) sont enlevées et les matières plus légères (matières organiques) sont envoyées à la décomposition pour trois autres semaines avant d’être analysées pour y détecter tout pathogène et contaminant, après quoi elles sont vendues comme compost.

« Quelle est la logique derrière cette décision? »

Donc les sacs de plastique sont retirés du compost… mais pourquoi les y accepter? Le but ultime est de recycler plus de déchets compostables et d’éviter qu’ils prennent la direction des sites d’enfouissement. On estime que près de la moitié des déchets produits à Ottawa pourraient être compostés, mais la majeure partie de ces déchets ne prend pas le chemin des bacs verts! Bien des résidents n’utilisent pas les bacs verts et ceux qui les utilisent jettent tout de même des matières biodégradables dans les ordures. Pourquoi? Cela peut être attribuable aux facteurs « beurk » : c’est brun, c’est visqueux, ça sent mauvais, les vers, c’est dégoûtant. La ville prédit que le fait d’autoriser les sacs de plastique dans les bacs verts entraînera la réduction des facteurs « beurk », incitant ainsi plus de gens à faire un meilleur usage de leurs bacs.

Ce n’est pas un plan parfait. On peut soutenir que par cette nouvelle politique, la Ville perpétue l’utilisation du plastique dans l’économie et que plus de fragments de plastiques risquent ainsi de se retrouver dans le sol. Par contre, en tentant de détourner des centaines de milliers de tonnes de déchets du site et en prônant la revitalisation des sols par l’ajout de compost, la Ville s’engage envers un avenir plus durable. Le temps saura nous dire si la stratégie fonctionne. Espérons que cela incitera plus de Canadiens à opter pour le compostage, pour ainsi alléger le poids des déchets sur notre environnement surtaxé, ce dont nous avons grandement besoin.

Par Michelle Campbell Mekarski

Vous voulez lire d’autres pépites insolites? Consultez le tableau « Trois choses que vous devriez savoir ».

Auteur(s)
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Jesse Rogerson, Ph.D.

Passionné par la communication de la science, Jesse Rogerson adore promouvoir la culture scientifique auprès du public. Il représente fréquemment le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada à la télévision et à la radio, ainsi que dans les réseaux sociaux et lors de congrès. Il a participé à l’élaboration d’un atelier sur la communication scientifique visant à enseigner aux professionnels de la science du Canada des méthodes plus efficaces pour communiquer leurs constats scientifiques. Astrophysicien de formation qui exerce sa profession, M. Rogerson détient un doctorat (Ph.D.) en astrophysique d’observation de l’Université York, et a récemment publié un article revu par les pairs dans The Astrophysical Journal. Il aime faire de la moto, jouer à des jeux de société et jouer au « frisbee extrême ». 

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Michelle Campbell Mekarski

En tant qu’agente, Communication et Engagement scientifique au Musée des sciences et de la technologie du Canada, Michelle Campbell Mekarski vise à combler l’écart entre la communauté scientifique et le public en rendant les sciences et la technologie intéressantes, accessibles et amusantes. Détentrice d’un doctorat en biologie évolutionniste et en paléontologie, elle possède de nombreuses années d’expérience en conception et en animation d’activités de vulgarisation scientifique. Dans ses temps libres à l’extérieur du Musée, elle enseigne à l’Université d’Ottawa ou à l’Université Carleton, fouille le sol à la recherche de fossiles ou se détend au bord de l’eau.

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Renée-Claude Goulet

Renée-Claude Goulet est conseillère scientifique au Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada.