Trois choses que vous devriez savoir - Édition de janvier

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Une image composite composée de trois images

Faites connaissance avec Renée-Claude Goulet, Jesse Rogerson et Michelle Campbell Mekarski.

Ils sont les conseillers scientifiques d'Ingenium et offrent des conseils d’experts sur des sujets importants en lien avec nos trois musées : le Musée de l'agriculture et de l'alimentation du Canada, le Musée de l'aviation et de l'espace du Canada et le Musée des sciences et de la technologie du Canada.

Dans cette captivante série de blogues mensuels, les conseillers scientifiques d'Ingenium vous proposent trois pépites insolites touchant à leur domaine d’expertise respectif. Pour l'édition du mois de janvier, ils présentent une nouvelle variété de pommes très recherchée, démystifient le « scintillement » des étoiles et remettent en question l'éthique entourant la modification de l'ADN.

L'éthique des bébés sur mesure

Voici une question importante : Est-il éthique de vouloir orienter l'évolution du corps humain?

En décembre 2018, le scientifique chinois He Jiankui a annoncé qu'il avait modifié l'ADN de deux bébés nés en novembre 2018, faisant d'eux les premiers humains génétiquement modifiés. Pour ce faire, il a utilisé une nouvelle technique révolutionnaire de modification génétique appelée CRISPR qui permet aux scientifiques de procéder à des coupures extrêmement précises dans l'ADN et d'insérer de nouveaux morceaux dans cet espace.

Dans le cas de Lulu et Nana, les jumelles chinoises génétiquement modifiées, He Jiankui a utilisé la technique CRISPR pour désactiver un gène impliqué dans la transmission du VIH. Ce faisant, il visait à immuniser les bébés contre le VIH, un élément susceptible de plaire à la famille, puisque le père était séropositif. Cela semble bénéfique, mais l'expérience a été presque unanimement condamnée par les scientifiques et les experts en éthique médicale pour plusieurs raisons :

  • Le processus n'avait pas été testé au préalable et était potentiellement dangereux. Il nous manque encore beaucoup de connaissances sur les cellules, les gènes et la technique CRISPR elle-même. Les génomes et les cellules sont en désordre et les changements dans une zone peuvent affecter d'autres zones de manière inattendue.
  • Ce n'était pas médicalement nécessaire, puisque d'autres moyens efficaces de prévenir la transmission du VIH existent déjà.
  • Le point le plus critique est le fait de modifier des embryons à un stade précoce (constitués seulement de quelques cellules souches) signifie que tout changement apporté à l'une de ces cellules affectera toutes les futures cellules de l'organisme, y compris leurs ovules. Si ces filles ont un jour des enfants, les modifications génétiques et tous les problèmes potentiels seront transmis.

Cette expérience marque le début de l'ère du génie génétique humain, qui soulève de nouvelles questions éthiques, sociales, politiques et économiques. Par exemple : est-il éthique de modifier fondamentalement un individu (et tous ses futurs descendants) sans son consentement? Cela en vaut-il la peine si cela signifie l'élimination de toutes les pathologies génétiquement héréditaires? Les parents devraient-ils pouvoir choisir le sexe de leur bébé? Le génie génétique est-il vraiment si différent de la chirurgie esthétique (et où tracer la ligne)? Qu'en est-il du coût; si la procédure est coûteuse, pourrait-on en venir à créer des espèces génétiquement distinctes, riches ou pauvres?

En fin de compte, le génie consiste à améliorer la vie des gens et le génie génétique n'est pas différent. Mais ce type de science évolue beaucoup plus rapidement que les mécanismes de réglementation et les conseils d'éthique qui le régissent. Il est important pour nous de comprendre ces technologies et leurs incidences, de décider ce que nous en pensons maintenant pendant que nous avons encore la possibilité de modifier les règlements qui les régissent.

Par Michelle Campbell Mekarski

Plusieurs pommes rouges Cosmic Crisp sur une branche, parmi les feuilles vertes.

Cosmic Crisp™ est la marque de la variété WA 38.

Il y a une nouvelle variété de pomme en ville (et vous n'aurez pas à casser votre tirelire)!

La pomme Cosmic Crisp a son propre site Web personnalisé, sa marque de commerce et sa production théâtrale itinérante, semble être le sujet de conversation par excellence. Présentée comme étant extrêmement sucrée, croquante et ayant une durée de conservation supérieure à celle de toute autre pomme, on la vante comme une concurrente de poids aux barres granolas et autres gâteries sucrées que l'on retrouve dans le sac-repas. Mais il faudra patienter quelque temps avant que les Canadiens puissent devenir des adeptes, car la Cosmic Crisp est actuellement cultivée en quantités limitées dans l'état de Washington seulement. Malgré cela, le battage publicitaire est tangible dans les médias sociaux et les nouvelles.

Cela soulève la question, pourquoi sommes-nous si enthousiastes pour une nouvelle variété de pommes? La plupart d'entre nous ne connaissent pas le nom des variétés des cultures vivrières. Nous différencions les raisins par leur couleur, rouge ou verte, et il nous serait difficile de nommer la banane que l'on trouve sur les marchés internationaux (la Cavendish). Mais voilà que cela diffère pour les pommes! Honey Crisp, Jazz, Sweet Tango, pour ne nommer que quelques nouvelles, sont toutes reconnues et souvent recherchées parmi les pommes plus « traditionnelles » d'autrefois (comme la bonne vieille McIntosh).

Les variétés de pommes étaient habituellement développées à partir de celles qui poussent dans la nature ou en croisant des variétés que nous avions déjà cultivées. En raison de l'histoire génétique de ces variétés et de la pression exercée pour faire ressortir des caractéristiques autres que la qualité des fruits, comme une durée de conservation plus longue, la multiplication des arbres responsables des « anciennes » variétés pendant des décennies a réduit la qualité des fruits. Voilà comment nous en sommes arrivés à la pomme rouge « ex-délicieuse » à texture farineuse et au goût amer, et à la McIntosh très aigre.

Il existe de nouvelles variétés plus juteuses et plus savoureuses, en grande partie développées dans le cadre de programmes de sélection financés par le secteur privé, considérant les préférences et les goûts des clients en premier lieu. Cela fait contraste avec les programmes de sélection dirigés et financés par le gouvernement qui peuvent être orientés par d'autres priorités, telles que la durabilité environnementale de la production et l'amélioration des anciennes variétés reconnues pour les rendre plus résistantes aux changements climatiques. Les deux ont leur place, mais celui qui a gagné le cœur des clients semble être le fruit adapté à leurs papilles gustatives, même si le un prix est plus élevé.

Il faut environ 20 ans pour développer une nouvelle variété de pommes, ce qui exige un énorme investissement en temps et en argent, expliquant ainsi pourquoi les lancements commerciaux de nouvelles variétés sont souvent soutenus par de vastes campagnes de marketing stratégique. En faisant de la place sur le marché pour de nouvelles venues, les producteurs peuvent s'assurer de rentabiliser leur investissement.

Ainsi, la Cosmic Crisp est-elle vraiment la pomme qui éliminera toutes les autres pommes; l'incarnation de nos fantasmes les plus fous de la pomme commune? Ou n’est-ce que du battage publicitaire? Nous verrons bien, une fois que cette nouvelle variété atteindra le marché canadien dans les prochaines années, en grande fanfare, sûrement!

Par Renée-Claude Goulet

Brille, brille, étoile variable

Observer le ciel nocturne rempli d'étoiles fait partie de l'expérience humaine. Si vous regardez d'assez près, vous remarquerez que toutes les étoiles semblent scintiller, changeant très subtilement de luminosité, clignotant ou étincelant; c'est magnifique!

Mais en réalité, les étoiles ne scintillent pas! Ou pour mieux dire, elles ne scintillent pas d'elles-mêmes. La plupart des étoiles sont très statiques; elles ne changent pas de luminosité pendant des millions d'années. Le scintillement que nous voyons est causé par notre atmosphère.

Notre atmosphère est une couche de gaz turbulente et chaotique de 100 kilomètres d'épaisseur enveloppant la Terre. La lumière stellaire voyage incroyablement loin dans le vide spatial, mais avant qu'elle puisse atteindre nos yeux, elle doit d'abord traverser notre atmosphère. La turbulence de l'air plie et tord légèrement le faisceau lumineux de chaque étoile, provoquant ce qui semble être un scintillement, ou scintillation comme le nomment les scientifiques. Étonnamment, cela signifie que si vous étiez au-dessus de l'atmosphère, comme un astronaute à bord de la Station spatiale internationale, les étoiles ne scintilleraient pas à vos yeux.

Maintenant, vous avez peut-être remarqué que j'ai mentionné que « la plupart » des étoiles sont statiques. C'est parce qu'il y a, en effet, des étoiles qui changent leur luminosité, que nous appelons des étoiles variables. Il existe de nombreux types d'étoiles variables et elles changent toutes leur luminosité pour différentes raisons. Un type bien connu est celui des céphéides, qui peuvent changer leur luminosité jusqu'à deux ou trois fois en quelques jours. Elles le font de façon cyclique et continue, en s'éclairant puis en s'assombrissant de la même façon, sans arrêt. Ce changement périodique de luminosité est causé par le fait que l'étoile elle-même s’agrandit puis rétrécit, ce qui modifie la quantité de lumière qu'elle émet.

Les étoiles variables sont des outils incroyablement utiles dans l'apprentissage de l'univers. Elles permettent aux astronomes de découvrir les dimensions des étoiles, leur structure interne, leur composition... et même leur emplacement. Donc, même si toutes les étoiles ne scintillent pas vraiment, celles qui le font peuvent nous en apprendre beaucoup.

Par Jesse Rogerson

Auteur(s)
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Jesse Rogerson, Ph.D.

Passionné par la communication de la science, Jesse Rogerson adore promouvoir la culture scientifique auprès du public. Il représente fréquemment le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada à la télévision et à la radio, ainsi que dans les réseaux sociaux et lors de congrès. Il a participé à l’élaboration d’un atelier sur la communication scientifique visant à enseigner aux professionnels de la science du Canada des méthodes plus efficaces pour communiquer leurs constats scientifiques. Astrophysicien de formation qui exerce sa profession, M. Rogerson détient un doctorat (Ph.D.) en astrophysique d’observation de l’Université York, et a récemment publié un article revu par les pairs dans The Astrophysical Journal. Il aime faire de la moto, jouer à des jeux de société et jouer au « frisbee extrême ». 

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Renée-Claude Goulet

Renée-Claude Goulet est conseillère scientifique au Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada.

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Michelle Campbell Mekarski

En tant que conseillière scientifique au Musée des sciences et de la technologie du Canada, Michelle Campbell Mekarski vise à combler l’écart entre la communauté scientifique et le public en rendant les sciences et la technologie intéressantes, accessibles et amusantes. Détentrice d’un doctorat en biologie évolutionniste et en paléontologie, elle possède de nombreuses années d’expérience en conception et en animation d’activités de vulgarisation scientifique. Dans ses temps libres à l’extérieur du Musée, elle enseigne à l’Université d’Ottawa ou à l’Université Carleton, fouille le sol à la recherche de fossiles ou se détend au bord de l’eau.