Souvenirs de la vie d’un « gosse » des forces aériennes

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Un homme en uniforme assis devant la tour Eiffel.
Avant d’entrer en fonction à la 2e Escadre en 1961, papa a eu la chance de faire le touriste pendant une journée à Paris.

J’étais le fils d’un militaire actif de l’Aviation royale canadienne (ARC). Bien que nous étions, mon frère et moi, officiellement des « personnes à charge », nous sommes devenus des « gosses » des forces aériennes, un terme affectueusement utilisé par tous ceux qui ont partagé cette vie.

Papa n’était pas pilote, mais avec son équipe d’entretien du Sabre, il s’assurait certainement que les équipages continueraient de voler. Et, à ce jour, je n’ai jamais entendu parler d’un pilote qui oublie de féliciter les efforts de son équipe au sol. Passer notre enfance en tant que « gosses » nous a assurément permis de comprendre qu’un de nos parents faisait quelque chose de très spécial. J’étais très fier de voir papa dans son uniforme, marquant le changement de saisons en passant de la combinaison bleue d’hiver à la brune d’été.

Le « service » de maman, quoique non officiel, contribuait aussi largement par la gestion familiale. Par exemple, lorsque papa était affecté à l’étranger, il partait environ trois semaines avant nous pour s’établir et installer un espace de vie. Maman supervisait seule l’empaquetage et notre déménagement de l’ARC à MacDonald, au Manitoba, vers la 2e Escadre. Il s’agissait d’une tâche logistique qui comptait non seulement un voyage en train, mais également une traversée en bateau de Montréal à Le Havre, en France. C’était tout un défi, particulièrement accompagnée de deux fils turbulents.

Papa avait un uniforme en prime, car il était également fanfariste. Donc, pendant le temps passé à l’étranger, nous nous rendions souvent à des endroits où la 2e Escadre défilait dans le cadre d’un quelconque festival régional. Ce qu’il y avait de plus spécial encore était le fait que la fanfare de la 2e Escadre était pratiquement imbattable dans les compétitions de fanfares de la Division aérienne du Canada à cette époque.

Un fanfariste reçoit un prix, épinglé à son revers.

Au cours d’une cérémonie à l’été 1961, papa avait deux tâches pour la 2e Escadre. Pendant une brève pause de trompette, le voici dans son uniforme de fanfariste (remarquez les trompettes en croix sur l’écusson au-dessus des chevrons de caporal sur sa manche) pour recevoir la Décoration des Forces canadiennes (CD), une médaille remise en reconnaissance d’une conduite exemplaire durant 12 années de bons et loyaux services. 

Je me rappelle encore des marques et des modèles de voitures que nous avons eues, et même des numéros de plaques d’immatriculation!

Toutefois, mon souvenir le plus intense est probablement l’événement historique que l’on appelle la crise des missiles de Cuba. Je n’avais que 10 ans à l’époque, mais je ressentais tout de même la terrifiante atmosphère tendue sur la base. C’était en partie à cause de la géographie de la 2e Escadre (sur la frontière est de la France avec l’Allemagne), mais aussi parce qu’il y avait régulièrement des exercices d’alerte aérienne non annoncés qui nous forçaient à nous précipiter dans le sous-sol de l’immeuble où nous habitions, pendant que papa et ses collègues maintenaient la base sur un pied d’alerte jusqu’à ce que la situation se calme.

Depuis, j’ai découvert que les vacances étaient également une expérience vécue par de nombreux autres « gosses ». Nous faisions du camping. Le camping en famille en Europe n’a rien à voir avec le camping au Canada. On montait une immense tente qui comportait une chambre de nylon séparée à l’intérieur. Bien entendu, l’aire de camping était si petite que les cordes soutenant la tente familiale chevauchaient souvent celles de la tente du terrain voisin. Mais, au fil de plusieurs années, j’ai pu voir une bonne partie de la France, de la Belgique, du Luxembourg, de l’Allemagne et même de la Côte d’Azur grâce à ces voyages de camping en famille.

Toutefois, ce n’est qu’après avoir laissé la vie de « gosse » derrière, lorsque papa a terminé son service à l’ARC, que j’ai vraiment commencé à apprécier la nature particulière du mode de vie d’un « gosse » de militaire comparativement à celui de mes pairs qui ont passé leurs jeunes années dans le « monde civil ».

D’une part, lorsque nous sommes déménagés dans notre première maison non militaire, après le congé de papa, j’ai découvert que dans la petite ville ontarienne où nous vivions, presque tous les jeunes de mon âge avaient grandi ensemble. Je me suis senti exclu pendant des mois avant de finalement établir plusieurs bons liens d’amitié.

En revanche, quand nous vivions sur la base, nous avions tendance à nous faire des amis, de bons amis, très rapidement, en quelques jours seulement. Je crois que c’est parce qu’en mesurant notre âge en chiffres simples, nous comprenions qu’il était possible que la semaine suivante un des parents d’un nouvel ami soit affecté à un nouvel endroit à l’autre bout du monde. Nous ne perdions donc pas de temps à tenter de nous intégrer. Nous avions tous une place dès le départ. Je me rappelle encore avec beaucoup d’affection les nombreux amis que j’avais quand j’étais « gosse ». Il y en a même un ou deux avec qui j’ai gardé contact sporadiquement, et ce, même après un demi-siècle.

Aujourd’hui, grâce à Internet, je découvre qu’une grande partie de mes expériences sont rapportées sur des sites Web dédiés à la vie de « gosse » de militaire canadien en général et à la vie de « gosse » de la 2e Escadre en particulier. Il n’y a pas si longtemps, je me suis même retrouvé sur une photo de groupe des louveteaux Silver Falcon de la 2e Escadre, avec papa deux rangées derrière moi dans son uniforme d’Akela.

Plus récemment, j’ai eu le privilège d’être bénévole lors d’une journée au Musée de l'aviation et de l'espace du Canada, organisée par le Centre de ressources pour les familles des militaires afin de réunir les familles et de leur présenter les services offerts à Ottawa généralement et particulièrement aux familles des militaires. Ces services comptent même les clubs locaux de louveteaux et une chorale pour les femmes des militaires. Celle-ci présente en partie une expérience de chant et en partie une occasion de socialisation pour les autres femmes.

Ce jour-là, tout ce que je ressentais à propos de ma famille, qui était beaucoup plus grande que juste mes parents, mon frère et moi, a refait surface.

Quand je repense à mes années formatrices passées comme « gosse » des forces aériennes, je me rends compte que je dois pas mal tout ce que je suis à cette expérience. Et pour cela, je serai toujours reconnaissant à papa d’avoir répondu à l’appel de servir son pays.

Une photo de groupe de l’équipe affectée à la 2e Escadre.

L’équipe de papa travaillait sur l’entretien du Sabre pendant qu’elle était postée à la 2e Escadre. Sur cette photo prise en 1961 ou 1962, la section complète est présentée devant deux de leurs avions. Papa se trouve à la gauche complètement du trio d’aviateurs accroupis dans la deuxième rangée.

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Mike DiCola

Mike DiCola est bénévole au Musée de l'aviation et de l'espace du Canada et porte un intérêt bien spécial aux avions de la Deuxième Guerre mondiale. Jusqu’au milieu de son adolescence, il a été un « gosse » des forces aériennes pendant que son père servait dans l’ARC. Probablement inspiré du fait qu’il était si souvent en déplacement, il aime toujours voyager avec sa femme, Leslie. Sa fille Katie maintient le lien solide de la famille avec l’aviation et l’espace, car elle étudie au doctorat en robotique dans le domaine de l’aérospatiale.