La série Échos

La série échos - Histoires de la 2ième guerre mondiale

La série documentaire Échos – créée par des étudiants en cinéma canadiens et le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada – présente de puissants témoignages de la Deuxième Guerre mondiale du point de vue de l’aviation.

Les six épisodes de la série Échos comptent les récits captivants d’anciens combattants canadiens – hommes et femmes ayant servi dans l’Aviation royale canadienne, la Royal Air Force, la Women’s Auxiliary Air Force et la force aérienne polonaise, ainsi que d’anciens civils européens. La série documentaire Échos jette un pont entre les générations, anciens combattants et jeunes, en donnant vie à des récits qui font l’histoire du pays.

Enseignants : présentez la série Échos à vos élèves et téléchargez des plans d’activités pédagogiques gratuits qui sont en lien avec les programmes d’études!

Plans d’activité éducatifs

Les plans d’activité éducative qui accompagnent les épisodes aident les étudiants de la 10e à la 12e année (ON) / du deuxième cycle du secondaire (QC) à approfondir le sujet de la série Échos pour mieux comprendre l’incidence de la Deuxième Guerre mondiale sur la société d’hier et d’aujourd’hui. Téléchargez vos plans d’activité éducative gratuits dès maintenant et partagez ces histoires de sacrifice et de courage avec vos étudiants.

(Erratum : Veuillez noter que M. Marceli Ostrowski, qui apparaît dans les épisodes 1 et 6, était un pilote de bombardier Wellington au grade de sous-lieutenant d’aviation, et non un navigateur.)

Dans cette brève introduction, le cadet Mathieu de l’Aviation royale canadienne rencontre le fantôme du capitaine T-Jean qui a servi dans l’Aviation royale canadienne lors de la Deuxième Guerre mondiale. Après avoir pris conscience que le capitaine est bel et bien un fantôme, Mathieu comprend que le capitaine doit avoir des histoires à raconter.

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(musique par un orchestre d'étudiants)
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Salut! Ça va? Mission accomplie Capitaine?
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Vous êtes qui?
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Non! Écoute, c’est pour rire! J’suis un peu en r’tard pour la cérémonie.
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J’t’ai aperçu dans la cabine. T’ends minutes … Ben oui!
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Tu dois être dans de la cérémonie. Le costume.
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Costume?
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T'es êtes un cadet?
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Ah? Ouais? L’uniforme.
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On m’a dit qu’il y avait une ligue de cadets au pays,
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pour aider à combler les postes ici.
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T’es pas un peu jeune, non?
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Ben là! Tu sauras que j’ai fait mon vol en solo!
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Eh ben! J't'en compagnie d'un chevalier du ciel!
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Va falloir prévenir les Boches! La Luftwaffe!
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Qu’est-ce que tu connais de l’aviation?
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J’ai survécu à cinquante missions de nuit au cœur de la l'Allemagne ,
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sans me faire canarder.
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Ça doit compter pour quelque chose?
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T’es bon! Non mais t’es vraiment bon, sérieux.
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L’école nationale de théâtre ou un talent naturel?
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Autoportrait! Toi, pis moi, pi le Lancaster.
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Quoi?
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Ben un autoportrait là, un selfie.
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Viens plus proche. Bon
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Drôle de camera, j’trouve ça louche.
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Bein
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C’est bizarre ça!
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Capitaine, en quelle année, on est?
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Ben, tu vas pas me dire que tu sais pas quelle année on est!
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Euh oui, je l’sais! Mais vous, dans quelle année on est?
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On est en ‘44. Mille neuf cent quarante-quatre!
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‘Tu vrai? Ça l’air vrai.
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Vous d’vez avoir de de bonnes histoires à raconter.
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T’as pas idée. L’cadet, de tout c’que j’ai vu.
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Racontez donc!
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(musique d'orchestre d'étudiants)
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Écoute ça mon cadet! Écoute comme c’est beau. Ça fait rêver!
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Comment tu t’appelles?
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Mathieu
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Moi, c’est Jean. Tout l’monde m’appelle Ti-Jean. Capitane Ti-Jean.
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Écoute bien la suite, le cadet.
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(musique orchestre d'étudiants)
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Ce qui te reviens, en tête c'est les fois ou t'étais certains de mourir.
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Mais tu ne meurt pas. (rires)
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pour le moment c'est que tu vas mourir finalement tu m'apportes points
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Ça m'est arrivé deux fois.

Dans le premier épisode, des vétérans de l’Aviation royale canadienne et des forces aériennes de la Pologne racontent ce que c’était que d’aller à la guerre. Que ce soit l’d’annoncer aux parents leur enrôlement ou leur premier vol solo, c’est teinté d’autodérision que leur témoignage de première main redonne vie à l’histoire de façon captivante et touchante. On y aborde des sujets tels que les forces aériennes de la Pologne, le rôle clé du programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique, le choix entre un avion de chasse et un bombardier, et les sentiments liés au fait de devenir pilote.

Les entrevues figurent en alternance avec des photographies d’archives et des séquences filmées. Les scènes entre le cadet Mathieu et le capitaine Ti-Jean précisent le contexte et renseignent davantage sur le fait d’aller à la guerre.

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« Je m’en vais de l’autre bord! » « Ah oui? » C’est là que je lui ai annoncé.
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« N’en parle pas à ta mère, pas avant de partir, elle ne s’en remettrait pas. »
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Alors, je lui en ai jamais parlé, jusqu’au dernier moment. Elle pleurait, elle disait
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que je n’aurais pas dû m’enrôler, j’aurais dû retourner aux États.
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Les Américains n’étaient pas encore en guerre.
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Les gars de l’aviation avaient la réputation
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d’être une bande de snobs, du moins selon les gars de l’armée. J’étais à côté
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d’un homme plus vieux que moi, 30 ans peut-être. « Qu’est-ce que tu fais là? »
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« Je vais m’enrôler. » « As-tu été conscrit? »
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« Non. »
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« En tout cas, enrôle-toi pas dans l’armée. Choisis l’aviation. » qu’il me dit.
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« Tu es mieux traité dans l’aviation. » Je suis allé au bureau de recrutement de l’aviation,
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je me suis enrôlé, sans problème.
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C’était avant la guerre, pendant l’été,
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je jouais au hockey sur l’herbe de la patinoire extérieure. Tout à coup, trois Hurricane
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arrivent en piqué, puis survolent le champ, tellement proches qu’on voyait les faces
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des pilotes. Je me suis dit : « c’est ça que je veux faire! »
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J’étais haut comme trois pommes quand mon père m’a fait monter dans un avion, assis
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sur ses genoux. J’ai été accro tout de suite.
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Comme la plupart des gars de mon âge j’ai commencé à construire des modèles réduits
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d’avion, comme si c’étaient des vrais.
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Quand la guerre est arrivée, j’étais fin prêt!
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Je me suis enrôlé à 17 ans.
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J’ai dû obtenir la permission de mon père et de ma mère.
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Je venais de terminer ma 10e année au secondaire.
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Je me suis enrôlé tout de suite!
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Le radar venait d’arriver, ça m’intéressait. C’est pour ça que j’ai joint l’aviation
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plutôt que l’armée de terre.
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Je m’intéressais à la photo. J’ai appris qu’il y avait un secteur photo dans l’aviation.
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Je ne savais pas trop ce qu’ils faisaient
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– sauf de prendre des photos. Je me suis dit : « C’est là-dedans que je veux m’en aller! »
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C’est à Ottawa que le cours se donnait. Je voulais y aller.
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En 1940, j’avais 20 ans. Je savais bien qu’il fallait que j’y aille, mais je ne
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savais pas comme quoi. Chez les jeunes, c’est l’aviation qui avait la cote. Piloter un
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avion, ça donne beaucoup de prestige.
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J’ai des oncles et des tantes qui ont fait
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la Première Guerre mondiale. J’ai vu des photos : il y avait de la boue partout, des
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tranchées dégueulasses. Très peu pour moi, merci!
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Puis, il y avait la marine : « On monte! On descend! On monte! On redescend! »
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Pas de monte-descend… non monsieur!
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Dernier choix. C’est pour ça que j’ai joint l’aviation!
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J’me rappelle la formation que j’ai eue là d’dans.
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J’pensais que j'allais dev’nir pilote d’avions de chasse.
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Les choses ont tourné autrement.
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Ti-Jean, pourquoi avez-vous choisi l’aviation?
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C’est comme si j’avais pas eu le choix.
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Comment ça?
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Ben, dans la Grande Guerre, la première guerre mondiale,
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mon père avait servi dans le Royal Naval Air Service
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Vous avez ça dans l’sang!
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D’une certaine façon, mais ça va plus loin. Quand mon père a pris les commandes
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de son Bristol F.2B en 1917, les «aéroplanes» existaient depuis 14 ans.
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Il y a peine plus de 12 ans entre le premier vol des Wright brothers en 1903
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et les combats aériens au-dessus du front de l’ouest au début 1916.
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Comme les autres aviateurs de la Grande Guerre,
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mon père avait établi le rôle de l’aviation pour l’avenir.
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Moi, j’ai voulu en faire partie.
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Mais, qu’est-ce que vous auriez fait si vous aviez pas réussi dans l’aviation
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pi qu’on vous avait renvoyé dans l’armée
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de terre ou dans la marine?
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Ben, j’me serai battu à terre ou sur l’océan!
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Les options personnelles comptent pas tellement.
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Il y a les ordres, pi tu fais de ton mieux.
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Pas d’options du tout, il m’semble.
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C'est souvent comme ça la guerre, manque d’options. Pas l’choix.
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J’avais vu ce qui s’était passé en Pologne
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pendant la guerre : la destruction et la cruauté de la part des Allemands qui nous ont attaqués.
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J’ai décidé de changer de branche et de joindre le personnel de l’aviation.
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Le gouvernement nous demandait de l’aide. Il avait gravement besoin d’aide.
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Comme mon père, je sentais que c’était mon devoir de me porter volontaire. Je me suis enrôlé.
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J’ai été envoyé en Angleterre.
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Moi, j’prendrais un Polonais ou un Tchèque dans mon équipage n’importe quand,
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sans poser de questions.
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Pourquoi? Qu’est-ce qu’ils ont de si spécial?
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T’es sérieux? Les pilotes polonais sont parmi les mieux formés en ce moment.
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Nous autres, les «Canayens», on traverse l’océan pour se battre, mais eux, ils se
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battent dans leur propre pays contre l’envahisseur nazi qui massacre leur peuple. l’enjeu
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Pour eux, est sacrément plus important!
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Vous mettez votre vie en danger comme eux, non?
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Bien sur, mais tu penses pas que c’est différent pour eux?
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Si une grosse brute épaisse te dit que chez vous, c’est chez lui maintenant,
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pi que si ça fait pas ton affaire, il va te tuer avec ta famille, qu’est-ce que tu ferais?
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Les gens de partout dans le Commonwealth sont
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venus au Canada pour apprendre à devenir pilotes et aider à mener la guerre.
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Il devait y avoir plus de 200 stations au Canada.
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Des écoles de tir, des écoles pour pilotes,
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des écoles pour mitrailleurs, pour navigateurs, pour les opérateurs radio.
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Plusieurs écoles formaient aussi la division des femmes
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et aussi les équipages au sol.
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C’est le Canada qui a été choisi comme hôte de ce plan à cause de sa grande superficie
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et parce que nous étions assez loin de la guerre
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et que l’ambiance au pays se prêtait bien à l’entraînement.
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C’est quoi ce jaune-là? Les avions ressemblent à des bouteilles de moutarde?
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Facile! La visibilité. Pour éviter les accidents à l’entraînement;
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puis en cas d’atterrissage forcé ou même d’accident,
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pour faciliter les choses. Y a tant d’avions dans le ciel canadien que le
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président Franklin D. Roosevelt surnomme le Canada « l’aérodrome de la démocratie ».
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Le BCATP, le « plan » est le plus important programme de formation aéronautique de l’histoire de la guerre.
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Il y a des champs d’aviation partout au pays, où l’on forme plus de 130 000 recrues.
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On s’fait pas prier pour faire notre part.
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Mais, pourquoi au Canada? C’est loin de l’Europe, non?
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C’est justement pourquoi on nous a choisi.
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On est loin de la Luftwaffe et des chasseurs japonais.
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En plus, c’est grand, puis la météo plutôt clémente.
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Oui mais, le « plan » en question,
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il servait à ramener la guerre à nos portes!
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Des fois faut jouer le tout pour le tout
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Qu’est-ce que ça veut dire, ça?
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Ce que ca veut dire c'est que tu peux pas toujours être spectateur.
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Des fois, faut s’emparer de la rondelle puis foncer!
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Ils m’ont demandé de choisir entre le Fighter Command ou le Bomber Command,
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chasseur ou bombardier.
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« Bien sûr, pour devenir pilote de chasse, il faut attendre six mois. »
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Six mois!? À vingt ans, tu ne veux pas attendre six mois.
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Je me suis engagé dans le Bomber Command – les bombardiers.
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« En ce moment, on cherche des pilotes de bombardiers »
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« Non! Moi, je veux devenir pilote de chasse! »
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« Pourquoi? » Je lui dis : « Parce que si je fais une erreur stupide
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là-haut, je veux être le seul à m’écraser, sans entraîner tout l’équipage. »
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Vous r’grettez pas de pas être pilote de chasse?
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Tu veux dire comme le fameux « Buzz » Beurling, as de l'aviation
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canadienne avec ses 31 victoires, Non merci!
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À lui les honneurs. À lui de faire acheter
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les bonds de la Victoire au pays.
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Moi, j’aime mieux mon bon vieux Lancaster merci.
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Oui mais, si c’est vous qui faites une erreur en plein vol et que des membres
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de votre équipage meurent, comment feriez-vous pour vous en r’mettre?
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Moi, ça m’maganerait beaucoup.
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En guerre, il y a plein d’erreurs.
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La peur d'en commettre une, ça, c’est la pires erreurs.
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La première fois que je suis monté dans l’avion, je me voyais encore dans mon modèle réduit.
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C’était la même sensation : « Enfin, je suis à bord d’un avion. » Comprenez-vous?
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Le premier avion? C’était un Fleet Finch, un biplan d’entraînement.
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Ça ressemblait à un chasseur de la Première Guerre mondiale. Mais, tout un appareil pour l’entraînement!
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C’était exaltant!
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On avait des Tiger Moth, très agréable le Tiger Moth!
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D’une certaine façon, c’était un aéroplane qui me séduisait.
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Il vous en faisait voir de toutes les couleurs.
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Il pouvait même vous tuer, si vous le laissiez faire.
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Capitaine Ti-Jean, vous souvenez-vous de votre première envolée?
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C’est comme la première fois que t’embrasses une fille, t’oublies jamais ça, mon cadet!
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C’est mon père qui m’a montré à piloter quand j’avais 16 ans,
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dans le vieux De Havilland Moth déglingué qu’il avait acheté pour trois fois rien
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dans une foire aérienne. Quand il a mis le pied à terre sur notre piste, pi qu’il
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m’avait dit de monter par moi-même.
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C’était comme … la liberté … j’me sentais libre comme l’air.
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Vous aviez 16 ans?
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Ouais. J’ai commencé sur le tard, mais j’me suis r’pris pas mal vite.
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Ils m’ont admis dans l’Aviation royale du Canada, l’ARC.
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Je m’imaginais comme les aviateurs qu’on nous présente, vous
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savez : qui virevoltent dans le firmament en se tirant dessus. Bon! Parfait!
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Tout le monde voulait devenir pilote, mais, bien sûr, tout le monde ne pouvait pas être pilote.
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Tout le long de ton entraînement tu pouvais te faire couler.
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On t’observait tout le temps. Tes capacités étaient toujours remises en question.
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Si on pensait que tu ne ferais pas l’affaire
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comme pilote, tu étais convoqué chez le commandant.
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Là, il te disait : « Je regrette,
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mais tu ne progresses pas comme on l’aurait espéré pour devenir pilote de chasse. Je
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Je vais devoir te renvoyer dans la force aérienne pour apprendre un métier quelconque. »
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J’ai commencé comme pilote, aux commandes des Tiger Moth. Mais, je me suis fait couler!
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Celui qui m’a viré m’a dit : « Jim, je vais te laisser continuer, mais tu ferais
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mieux de te trouver une autre place dans l’équipage. » Alors je suis devenu navigateur.
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Le cours a duré six mois. J’ai complété le cours à la fin de l’année 43.
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Au dépôt de recrutement, je leur ai dit que je voulais devenir pilote.
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Après l’examen médical, le médecin m’annonce : « Je suis désolé, mon jeune, mais tu ne pourras
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pas devenir pilote : tes yeux ne convergent pas.
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La convergence c’est ce qui permet de percevoir la profondeur; sans ça, tu ne peux pas faire atterrir un avion. »
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Plus tard, quand c’est moi qui montais la garde, des heures durant avec ma carabine
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et sa baïonnette, je passais mon temps à rapprocher la baïonnette de mes yeux, comme ça.
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Finalement, pendant ma formation au sol, nouvel examen de la vue.
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En prenant des notes, le médecin a dit : « Voyons, ça ne marche
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pas : les mesures ne concordent pas avec celles de ton premier examen! »
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Ma réponse était toute prête : « Ça doit être une erreur typographique. »
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Comment on pouvait se faire caler?
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si tu t’écrases, t’es calé.
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Il y a aussi les raisons médicales comme une vision ou une ouïe défaillante, ou encore
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une mauvaise attitude. Ils se débarrassent des pommes pourries pas mal vite.
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Ils vous ont délivré un permis à la fin??
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Un permis de pilotage? Un bout d’papier?
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Tu veux rire! Voyons donc!
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Non mon Cadet! On te donne une insigne, des ailes. Dans la vie militaire,
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le jour où tu reçois tes ailes,
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c’est une grande fierté pour un pilote militaire.
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Ils avaient aligné des meules de foin dans le champ,
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comme un convoi. Dans les ailes de l’appareil, tu avais des mitrailleuses
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avec de vraies balles. Tu piquais, comme dans une bataille, puis là tu les mitraillais
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comme si c’était un convoi allemand ou des navires ou quoi que ce soit.
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Il se nommait le Miles Master, ce monomoteur m’avait gonflé à bloc.
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Un peu comme le Harvard, il avait deux sièges : un devant, l’autre derrière.
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L’instructeur prenait place dans le siège arrière. Quand il fallait atterrir, l’instructeur
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relevait une partie de la verrière de la cabine, comme un paravent, puis il remontait
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son siège. C’est comme ça qu’il pouvait gouverner l’avion.
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Le grand plaisir c’était d’accélérer et d’assommer l’instructeur avec la verrière du cockpit.
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J’ai quand même piloté ce monomoteur pendant 17 heures.
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Une expérience… spirituelle. (rire)
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Dans un exercice de poursuite, un appareil prend la
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tête et essaie d’égarer l’autre, en faisant toutes sortes de manœuvres.
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Après, on change de place. Eh bien, mon collègue ne m’a pas égaré.
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Mais quand on a changé, j’ai fait une manœuvre et moi, je l’ai égaré.
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En sortant de mon piqué, sans carte, je ne me retrouvais plus.
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On s’était rendus ensemble en formation rapprochée.
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Je n’avais pas prêté attention où on allait.
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La visibilité était mauvaise au point que tu voyais à peine le sol.
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Je me pensais au sud-ouest d’Ottawa; alors je me suis dirigé vers le nord-est.
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J'ai abouti quelque part au Québec. J’avais descendu pour lire le nom du village
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sur la gare de chemin de fer. C’était en français, alors je savais où je me trouvais.
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J’ai viré vers le sud. Là j’ai aperçu des terres en longueur
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qui remontaient à partir du fleuve. Je me suis rappelé mon livre d’histoire, la division
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des fermes du régime seigneurial au Québec. Je savais maintenant où j’étais.
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Mais mon réservoir était presque vide; j’étais sur le point de choisir une de ces terres
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parallèles, pour me poser, quand j’ai aperçu un autre avion, un Fleet Finch.
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Je ne savais pas ce que c’était, mais c’était bien un Fleet Finch. Je l’ai suivi jusqu’à sa base,
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au Cap-de-la-Madeleine, près de Trois-Rivières.
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J’avais eu à peine dix heures de vol. Tout d’un coup je me retrouve dans un Harvard.
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C’est un peu inquiétant, tu sais. C’est comme la première fois que tu conduis une
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auto, tu as un peu peur. C’est pareil pour un Harvard.
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Une fois maîtrisé, j’ai eu beaucoup de plaisir dans cet appareil.
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Avec mon ami, dans les nuages, on faisait des boucles et des tonneaux,
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puis on jouait à « qui m’aime me suit » dans les nuages et dans les trous. (rire de bon cœur)
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La collation des grades, c’était l’événement le plus important de ta vie jusque-là.
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Et puis à la fin du cours, mon père, qui venait de revenir d’Angleterre à ce moment-là
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comme capitaine dans l’Armée, il était là pour m’épingler mon aile sur ma tunique.
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Et puis avec un peu trop d’enthousiasme, il m’avait rentré l’épingle, à travers
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ma tunique et puis dans la poitrine. Puis je n’ai pas bronché, mais ça faisait mal!
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Quand j’y pense, le jour du Souvenir 1942 a été une journée toute spéciale :
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c'est le jour où j’ai reçu mes ailes de pilote.
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Winston Churchill a dit que le Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB)
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était l’une des plus grandes contributions du Canada à la Deuxième Guerre mondiale.
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Ceux qui ne sont pas allés à l’étranger n’ont jamais eu de reconnaissance. Si je
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ne porte pas mon insigne sur mon uniforme d’aviation, personne ne sait quelle a été
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ma contribution à l’effort de guerre.
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Le Canada devrait offrir aux instructeurs une reconnaissance quelconque de leur apport.
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On disait : « la guerre du Canada ».
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Nos morts ne recevait aucun traitement particulier : on vous réexpédiait chez vous, là d’où vous veniez.
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Je me souviens, un avion Harvard qui s’était
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écrasé a été retrouvé environ 25 ans après la fin de la guerre.
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Le squelette était toujours dedans. Aucune reconnaissance pour ceux d’entre nous qui ont servi.
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Le Queen Elizabeth, qui était à ce moment-là
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le plus gros navire en mer, a été réquisitionné pour le transport des troupes.
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On est restés à bord pendant six jours à Halifax. Il y avait des troupes qui arrivaient
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de partout au Canada pour remplir le bateau. On était sur le point de partir quand deux
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Liberty Ships, des cargos, sont arrivés pleins de troupes américaines. En plein Atlantique,
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ils avaient eu des fuites. On les avait redirigés sur Halifax. Il y avait 6000 soldats à bord
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qui ont été transférés sur notre bateau, qui était déjà plein. Il n’y avait plus
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de place pour dormir! Tu dormais sur le pont. Même pour aller aux toilettes, il fallait
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que tu enjambes les gars qui dormaient. Tu dormais là où tu pouvais; même sur le plancher.
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C’était en janvier 1942 dans l’Atlantique Nord. Il faisait froid et la nourriture était
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dégueulasse… Ils prenaient un sac de patates, les faisaient bouillir sans les laver.
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C'est comme ça qu’ils te les donnaient. Moi, je me suis acheté des biscuits au magasin;
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c’est là-dessus que j’ai survécu pendant la traversée.
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Vous êtes pilote de bombardier, non? Vous aviez juste à vous envoler pour
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l’Europe dans votre Lancaster!
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C’est pas comme ça qu’ça marche. Les avions construits en Amérique du Nord
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doivent survoler l’Atlantique en suivant des corridors aériens précis
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pour se rendre en Angleterre.
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Rendus là, il y a des pilotes chargés de les poser aux différents aérodromes.
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Y a même des jupons!
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Pardon?
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Des jupons. Des femmes! Réveille!
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On les appelle « attagirl ». T’sais, pour les féliciter;
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t'sais « attagirl », « attaboy » mais c’est des filles alors on dit « attagirl ».
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Ces dames sont aux commandes d’appareils
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que je ne n’oserais même pas piloter moi-même. Ça te surprend?
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Non! Pourquoi? Les femmes vont au combat, comme les hommes.
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Les femmes ne devraient jamais se battre comme des hommes.
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En arrivant de l’autre bord, il fallait
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aller à Bournemouth – une ville extraordinaire pour un gars, des salles de danse, des pubs, oh là là!
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Les pubs étaient agréables et la bière pas chère.
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Paraîtrait que Churchill aurait ordonné
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aux brasseries de produire beaucoup de bière pour soutenir le moral des gens.
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Dans les pubs, tout le monde chantait, nous autres aussi. Ça chantait, ça chantait.
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Tu buvais jamais de façon excessive; pas assez pour être saoul en tout cas.
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Tu ne pouvais pas acheter de la nourriture dans les pubs comme aujourd’hui. Il y avait très
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peu de nourriture. Fish and chips c’était à peu près tout ce qu’il y avait.
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Toujours emballé dans du papier. Ça sentait bon, c’était très bon.
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Moi, j’étais logé dans une maison particulière.
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C’est madame Simpson qui s’occupait de moi.
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Une femme charmante. Tous les soirs, quand je rentrais à la maison,
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en me traînant parfois, elle avait posé un verre de lait avec des scones sur la table de chevet
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Quand on partait à l’étranger, les vieux
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nous conseillaient d’apporter des produits que les filles désireraient.
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Moi, je savais qu’on manquait de sucre là-bas,
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alors j’ai apporté un sac de sucre de dix livres et
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aussi des bas de soie dans mon bagage.
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L’idée c’était d’en distribuer un peu à la fois.
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Madame Simpson était tellement gentille avec moi que je lui ai tout donné d’un
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coup, le sucre avec les bas.

 

 

Dans le deuxième épisode, des vétérans de l’Aviation royale canadienne décrivent les missions auxquelles ils ont participé pendant la Deuxième Guerre mondiale alors qu’ils pilotaient des avions de chasse. Qu’il s’agisse de fournir une couverture aérienne ou de prendre part à des combats aériens terrifiants, c’est avec une pointe d’autodérision parfois que leurs témoignages de première main redonnent vie à l’histoire de façon captivante et souvent touchante. On y aborde des sujets tels que la courbe d’apprentissage, l’attaque de chars blindés, les dangers des tirs alliés et le stress qui ont perturbé certains jeunes pilotes.

Les entrevues figurent en alternance avec des photographies d’archives et des séquences filmées. Les scènes entre le cadet Mathieu et le capitaine Ti-Jean précisent le contexte et renseignent davantage sur le fait d’aller à la guerre.

00:12
Ce qui te revient en tête, c’est les fois où tu étais certain de mourir.
00:19
Mais tu ne meurs pas! (rires)
00:23
Tu es tellement sûr que tu vas mourir, finalement tu ne meurs pas!
00:29
Ça m’est arrivé deux fois!
01:47
À Dieppe, une partie de l’escadron assurait la couverture supérieure.
01:57
Moi, c’était ma première opération militaire, alors je me suis collé à la queue de mon chef,
02:05
ce qui fait que j’ai presque rien vu – sauf la queue de son avion.
02:10
Pour nous autres, en couverture supérieure, il n’y avait pas beaucoup d’activité.
02:16
Mais en dessous, tu voyais la fumée et l’action, c’était l’enfer!
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En tout cas, ça été mon initiation aux opérations.
02:33
Même aujourd’hui, le Spitfire, c’t’un avion qui fait d’la gueule.
02:41
Son élégance est trompeuse : c’t’un avion rapide et
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meurtrier comme les Allemands l’ont appris pendant la Bataille de l’Angleterre
02:50
Est-ce que c’est vrai que les Britanniques étaient tellement dépassés
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qu’ils y ont envoyé des pilotes novices??
02:59
Parfois, mais le plus souvent, il faut quand même suivre la procédure.
03:04
Les pilotes de chasseurs doivent d’abord
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observer et apprendre avant de se jeter à l'eau.
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Pendant leurs premières sorties, les nouveaux pilotes ont dû trouver pénible
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de rester en retrait et de pas se lancer dans la mêlée.
03:18
S’ils s’étaient avancés, c’aurait été une boucherie.
03:23
Devenir pilote de chasseur, ça prend du temps :
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les choses t’arrivent à vitesse grand V. Faut prendre des décisions sans y penser.
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Faut savoir éviter le pire avant d’accumuler les victoires.
03:37
C’est pas comme nous, les bombardiers. Nous autres, on nous a lancés dans la mêlée dès le début.
03:40
Que tu t’trouves dans un Spitfire ou un Lancaster ou
03:44
même dans un planeur de transport, la première fois, t’as peur comme t’as jamais eu peur.
03:53
Tu finis par t’en remettre un peu, mais il y a toujours c’te au fond de toi.
04:01
Plus j’accumule des heures de vol, mieux j’arrive à la maîtriser.
04:06
C’est comme pour les examens, plus j’en fais, mieux je réussis.
04:11
Oui, mais quand t’es là-haut,
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pi que c’est la folie furieuse autour de toi, c’est autre chose!
04:23
Le meilleur entraînement au monde ne suffit pas pour assurer que tu reviennes sain et sauf.
04:29
Ben dans ce cas-là, qu’est-ce qu’il faut?
04:35
L’appui de Dame Fortune!
04:55
Le vol qui se démarque dans mon esprit, c’est celui où j’ai abattu mon deuxième Messerschmitt 109
05:02
Au cours de mes trois années à l’étranger, j’ai abattu deux Messerschmitt 109.
05:07
Cette fois-là, on était 12 avions en vol dans l’escadrille.
05:11
J’ai aperçu une formation de Boches. Ça se voyait que c’était une
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formation allemande : quand ils traversaient un nuage, au contraire de nous,
05:18
ils formaient une ligne de front. Ça me semblait plein de bon sens parce qu’ils en ressortaient
05:23
tous ensemble. Je l’ai aperçue au loin et je l’ai signalée à mon chef de l’escadrille.
05:29
Lui, il ne les voyait pas. Alors il m’a demandé de prendre la tête
05:35
d’une section de quatre avions et de me diriger sur l’ennemi, ce que j’ai fait.
05:42
Après un certain temps, il les a vus, puis il a réussi à nous faire manœuvrer de sorte
05:47
qu’on était tous de front, derrière les Allemands et à 100 pieds en dessous d’eux.
05:53
Ils ne nous avaient pas aperçus. C’est à ce moment-là qu’il nous a dit :
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« Chacun pour soi! » ou quelque chose du genre. Il a fait feu sur l’avion en face de lui,
06:03
et moi aussi.
06:06
L’avion que je visais portait une bombe de 500 livres sous son fuselage.
06:13
Il s’en est débarrassé assez vite! Puis il a dégagé en virant plus serrée que l’avion que j’avais abattu.
06:19
J’aurais pu virer à l’intérieur, mais pas assez pour l’avoir dans ma mire.
06:23
Si je lui avais tiré dessus, j’aurais gaspillé mes munitions.
06:27
Il a répété ça environ trois fois, puis il a fait une manœuvre dont j’avais entendu
06:32
parler, mais que je n’avais jamais vue : il s’est mis en palier, puis a coupé les gaz.
06:39
Sur le coup, j’avais trois options : soit lui rentrer dedans, soit virer à gauche,
06:47
soit à droite – dans ces cas je le dépasserais, il serait derrière moi, et là je serais foutu.
06:53
Je ne sais trop pourquoi, j’ai braqué le gouvernail de direction au max et j’ai barré
06:58
les ailerons dans la direction opposée. J’ai comme dérapé à côté de lui en évitant
07:04
la queue de son avion de très peu. Mon aile était à un pied du bout de son aile, à
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peine, et je glissais lentement devant lui. J’ai ajusté la direction pour arrêter
07:16
ce mouvement-là. On a fini par se trouver côte à côte, en plein vol.
07:21
Je me rappelle avoir regardé le Boche de côté : il portait une sorte de combinaison
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de vol pâle. Il me regarde, je le regarde. C’est de savoir qui va lâcher le premier!
07:35
Je savais que sa vitesse de décrochage était plus élevée que la mienne, et donc, qu’il
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devrait faire quelque chose bientôt. Soudainement il a donné les gaz et m’a devancé d’à
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peu près 300 verges. Je n’allais pas lui donner l’occasion de recommencer son manège.
07:52
Donc, à 300 verges, j’avais son cockpit dans ma mire; j’ai envoyé une rafale, et
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tout d’un coup sa verrière s’est envolée, mais l’avion volait toujours. Alors une
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autre rafale; et là, j’ai vu le parachute. J’ai regardé tout autour.
08:10
Personne. Il n’y avait que nous deux dans le ciel. Sans témoin, je ne pourrais pas déclarer que
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je l’avais abattu et j’avais bien l’intention de la réclamer ma victoire.
08:21
Alors je me suis dit que j’allais le prendre en photo. J’ai fait un grand virage. Je l’avais parfaitement
08:28
enligné dans le viseur de ma caméra quand je me suis rendu compte que j’allais le
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frapper parce que j’allais à toute vitesse à cause de notre poursuite.
08:37
J’ai réduit ma vitesse, j’ai fait un plus grand virage et j’ai réussi une photo parfaite de lui
08:44
au bout de son parachute. Après ça, je suis rentré.
08:50
Plus tard, j’ai lu dans les registres allemands qu’il avait été blessé par l’une de mes rafales,
08:55
et c’est pour ça qu’il avait sauté.
08:58
Croyez-moi! C’est une histoire vraie! (rire)
09:06
Il m’semble que « combat aérien », c’est plat.
09:10
La furie des aigles ou Duel dans le ciel, ça décrirait mieux c’qui se passe.
09:17
J’ai déjà entendu « dogfight » aussi. Là j’comprends pas.
09:23
En anglais on disait « dogfight » parce qu’aucun des pilotes ne lâche prise,
09:29
c'est comme deux chiens enragés qui se battent jusqu’à la mort.
09:33
Ça décrit bien c’qui s’passe, tu trouves pas?
09:35
Deux avions qui tournoient, qui s’esquivent, qui plongent, qui s’tirent dessus.
09:41
Le plus fou de tout, c’est que ces combats durent en moyenne pas plus de 30 secondes.
09:47
Les Spitfire ont des munitions pour seulement 15 secondes en tir continu.
09:53
Fais le calcul.
09:57
Les pilotes de chasseurs ont la vie rêvée.
10:02
Le glamour. Quelques engagements, puis c’est « pas d’croutes sur mon sandwich » à l’heure du thé.
10:11
Tandis que nous autres, les bombardiers
10:16
… on est comme les tortues; eux sont comme les lièvres.
10:21
Mais c’est la tortue qui gagne. Lentement mais sûrement …
10:27
Pour nous, lentement et sûrement, ça veut dire que l’ennemi te repère vite,
10:32
pi qu’il t’descend aussi vite. Pas de quoi se glorifier.
10:37
Mais vous, Ti-Jean, vous vous battez pour votre gloire personnelle ou bien pour détruire l'ennemi?
10:47
Les deux, j’pense.
10:49
Est-ce qu’on peut vraiment se glorifier d’avoir abattu un autre être humain?
10:54
J’croirais que oui; si l’autre essaye de t’tuer.
11:19
Le Spitfire était léger et facile à manœuvrer,
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un charme en plein vol. Le Typhoon ne l’était pas.
11:29
Mais il était excitant parce qu’on pouvait faire des choses excitantes.
11:37
Avec les Typhoon, on pouvait s’attaquer
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à des colonnes de chars d’assaut.
11:44
Chaque char avait besoin d’hommes pour le faire fonctionner.
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Les équipages, les fantassins qui accompagnaient les chars,
11:59
les mécaniciens pour l’entretien, le carburant, les munitions, tout ça.
12:12
Alors pour un Typhoon, s’en prendre aux chars c’était comme aller dans une salle de tir.
12:23
On l’appelait le Tank buster, un casseur de chars.
12:28
Un excellent avion d’attaque au sol. Excellent!
12:54
Plus souvent qu’à notre tour,
12:57
on subissait les attaques des avions américains, qui avaient du mal
13:02
à reconnaître les Typhoon comme des avions alliés.
13:12
C’est la vérité; faut le dire
13:19
Notre commandant était nouveau dans le secteur en Birmanie.
13:25
Il avait combattu en Europe, et y avait fait nom.
13:29
Mais il connaissait encore mal le relief du coin.
13:32
Il nous a dit : « Vous traversez trois routes, après vous pouvez vous attaquer à tout ce qui bouge, c’est l’ennemi»
13:42
On a fait le décompte, mais une des routes était seulement une piste.
13:46
Alors, quand on a vu des camions, on a ouvert le feu… c’était un convoi britannique.
13:53
Heureusement, on n’a tué personne.
14:02
La pire des choses qui pouvait vous arriver, c’est de vous faire tuer par vos propres avions.
14:07
C’est pas possible!!!
14:11
Ça arrive plus souvent qu’on l’pense. Pi, ya pire.
14:16
Comment, pire?
14:19
Penses-y, mon cadet, j’suis sûr que tu pourras imaginer pire.
14:40
Les Spitfire étaient des avions magnifiques.
14:46
Normalement, pour la reconnaissance, ils n’étaient pas munis de canons ou de mires, mais ils
14:53
portaient des réservoirs additionnels, ça leur permettaient d’aller plus loin.
14:59
Si l’armée voulait une photo d’une bataille, ou si on avait repéré des chars quelque
15:03
part dans le secteur, des Spitfire servaient à prendre des photos.
15:11
Il y avait une caméra qui prenait les images à la verticale et deux autres en oblique.
15:17
Il pouvait descendre en rase motte pour prendre une photo rapprochée ou s’élever pour
15:24
une photo à la verticale.
15:29
Savais–tu que dans la première guerre mondiale,
15:31
le rôle de l’aéroplane c'était de rapporter ce que faisait l’ennemi
15:35
derrière ses tranchées ; c’était pas d’abattre le Baron rouge comme c’qu’on
15:40
nous montre dans les p’tites vues. La reconnaissance aérienne a sauvé des vies pendant c’te
15:47
guerre là, comme dans la guerre actuelle.
15:50
Des Spitfire servaient à ça?
15:52
Ben oui, des Spitfire. Les multi-moteurs sont trop lents. Les « Boches » les descendent facilement.
15:57
Mais pas les Spitfire. Savais-tu que plusieurs de ces appareils étaient armés
16:02
seulement de caméras lorsqu'ils s’aventuraient loin derrière les lignes ennemies,
16:06
découvrir le plans du Führer.
16:09
Le savoir, c’est le pouvoir.
16:11
Ah bon? Je pensais que le pouvoir appartenait
16:14
à ceux qui ont les plus gros canons.
16:33
J’avais terminé ma patrouille sur Londres.
16:36
Je me dirigeais vers Cambridge quand j’ai aperçu un avion allemand qui s’en allait
16:42
à pleine vitesse vers la mer du Nord. C’était un modèle différent,
16:47
inhabituel, un Junkers 188 ou 388.
16:54
On a tiré; on l’a touché; l’avion était en flammes et piquait vers la terre.
16:59
Mon navigateur, un passionné de l’information, m’a dit : « On devrait
17:03
descendre voir pour pouvoir donner plus d’information aux gens du renseignement. »
17:09
Ça été la pire décision de ma vie. Je me suis approché de l’avion complètement enflammé. Le mitrailleur
17:16
dorsal était toujours à son poste. J’ai vu la tourelle pivoter pour me viser.
17:22
J'ai dégagé à gauche de toutes mes forces. Il a tiré. La mitraille a commencé à six pouces
17:30
du bout de mon aile gauche pour s’arrêter à six pouces du bout de mon aile droite.
17:36
Il a tiré une trentaine de balles de 13 mm dans mon avion, dont deux ou trois dans la cabine.
17:42
Mon navigateur a été blessé au visage par le Perspex. On était assis côte
17:48
à côte, une des balles a passé comme ça entre nous deux.
17:53
Les deux moteurs avaient été atteints gravement;
17:57
un piston du moteur droit avait sauté. J’allais atterrir en
18:02
catastrophe. La radio fonctionnait toujours; j’ai appelé la grande piste d’atterrissage
18:09
pour les bombardiers à Norfolk. Ils m’ont averti que le ciel était plein de bombardiers
18:15
de retour d’un raid et de ne pas m’y aventurer. Je me suis dirigé vers Bradwell Bay,
18:21
une cinquantaine de miles plus loin, avec mon avion dans un état lamentable.
18:27
On a fini par atterrir, mais ce qui est le plus intéressant, c’est que quand j’ai voulu mettre les freins,
18:33
il n’y avait plus de freins. Une des balles avait traversé les bonbonnes d’air à l’arrière.
18:37
Alors j’ai effectué un tête à queue au milieu du terrain. Mon avion s’est immobilisé,
18:44
dégoulinant d’essence et tout le reste. Mais il n’a jamais pris feu.
18:47
Sans l’ombre d’un doute, c’est ce qui m’est arrivé de plus intéressant dans la guerre.
19:11
Vous savez ce que c’est un lâche.
19:18
Dans la Première Guerre mondiale lorsqu’un gars était lâche, on le plaçait contre un mur
19:23
et on le fusillait. Mais dans notre guerre on les appelait des MFM, manque de fibre morale.
19:29
Il y avait un jeune Sud-Africain affecté à l’escadron. Moi, j’étais chef de section.
19:37
Le jeune m'a été assigné pour son entraînement.
19:42
Dès notre première envolée, je pense qu’il s’agissait d’une opération de soutien à l'armée.
19:52
On avait à peine décollé qu’il me dit : « Mon moteur est défectueux. Je doit rentrer. »
19:59
C’était pas inhabituel : à leur première sortie, plusieurs s’imaginaient
20:05
avoir des problèmes de moteur.
20:09
Alors on l’a laissé partir. Il me restait encore cinq avions pour faire le travail.
20:16
La prochaine fois, on était seuls, lui et moi;
20:20
c’était une mission d’interdiction. On a survolé les montagnes jusqu’en Birmanie.
20:25
Il est resté à mes côtés, cette fois. En regardant au loin, j’aperçois de la
20:31
poussière qui s’élevait de la route. Je savais bien qu’il y avait quelque chose
20:33
qui s'approchait. Alors je lui dis à la radio :
20:36
« Arme tes canons et ajuste ta mire. Prépare-toi. Moi, je vais faire feu sur cette cible. »
20:43
Dès que la cible était à portée, j’ai ouvert le feu… et puis rien.
20:49
Pendant ce temps-là, la colonne de poussière s'approchait, elle était à un quart de mile plus loin
20:54
dans la jungle, à peu près. À l’escadron, ils m’avaient donné un
20:58
avion qui venait d’être complètement révisé, mais personne n’avait vérifié si les canons
21:03
avaient été ajustés; ce qui fait qu’au lieu de pointer vers l’avant, ils pointaient
21:07
comme ça!
21:10
J’ai survolé la cible; c’était une voiture de tourisme :
21:14
comme celle dans laquelle se promenait Hitler, avec deux généraux japonais
21:19
et un chauffeur. Je voyais leurs épaulettes et leurs insignes de cols rouges.
21:27
Leur voiture était à moitié dans un fossé et ils couraient vers la jungle.
21:36
Je cherchais l’impact des
21:38
balles de mon numéro deux, mais rien. Je lui dis à la radio :
21:43
« Pourquoi tu n’as pas tiré sur la cible? »
21:46
« Je n’ai rien vu. Je ne vois rien monsieur. »
21:50
« Comment ça tu ne vois rien? Il y a une colonne de poussière qui est visible des miles à la ronde qui
21:55
mène directement dessus! »
21:57
Je lui ai dit : « Écoute, je vais survoler la cible de près.
22:01
Quand je serai directement au-dessus, je te le dis; toi tu tires et tu la détruis.
22:10
Il n’y a plus de passagers; tu ne peux pas tuer personne. Détruis la
22:14
cible et tu auras peut-être réduit la durée de la guerre de quelques heures. »
22:19
Je l’ai surveillé : il n’a rien fait. Il faisait des ronds dans l’air.
22:25
« Écoute! Vas-tu détruire la voiture ou non? » « Je n’ai rien vu. Je ne vois rien! » Il répétait ça.
22:32
J’avais bien compris qu’il était MFM. Alors on est rentré.
22:39
Je voulais lui donner une dernière chance. On venait de décoller – juste nos deux avions;
22:49
il m’a dit : « Mon moteur a des problèmes. »
22:55
« Rentre. On va se parler quand on sera tous les deux à la base. »
22:59
Je ne devais pas continuer tout seul, c’était interdit de voler en solo.
23:05
Il fallait toujours être au moins deux avions.
23:09
J’y suis allé quand même! Cinq minutes plus tard, j’aperçois une
23:14
masse d’avions qui se dirige sur moi. Le ciel était rempli d’avions.
23:21
J’ai passé en dessous à 400 pieds à peu près sous eux. En regardant vers le haut, j’ai vu
23:27
j'ai vu les insignes rouges d’une cinquantaine de chasseurs japonais.
23:32
J’étais gelé de peur (rire nerveux).
23:38
Je les ai observés pour être sûr qu’il n’y en ait pas un qui se détache de la formation.
23:43
Mais non. Ils ont continué leur chemin. J’ai appelé le poste des opérations
23:49
pour leur donner le nombre d’avions, leur direction et leur position exacte.
23:55
Pendant ce temps, mon autre, le jeune pilote, a sûrement capté mon message. Il a paniqué.
24:04
Ou bien il s’est posé en freinant ou bien il a touché terre et a tenté d’arrêter trop vite.
24:15
Le moteur a étouffé et, comme le Merlin faisait beaucoup de bruit de craquements en se refroidissant,
24:21
le jeune a cru que son avion était en feu. En tout cas, un groupe d’hommes
24:26
qui s’était cachés dans une tranchée, sur le bord de la piste, en attendant les
24:30
Japonais, sont sortis; ils ont redressé son avion et l’ont sorti de là.
24:36
Il avait perdu tout contrôle. Ils se sont mis à quatre hommes pour le tenir par terre en attendant
24:41
la fin de l’attaque. Une ambulance est venue : on lui a passé une camisole de force, et
24:46
on l’a emmené. Je ne l’ai plus jamais revu.
24:54
Le « manque de fibre morale », c’est une façon de dire que le gars
24:58
y'a pas de courage, que c’t un lâche!
25:00
C'est pas si simple que ça mon cadet. J’vas essayer de t’expliquer.
25:08
Chaque pilote de chasseur,
25:10
chaque membre de l’équipage d’un Lancaster risque le tout pour le tout,
25:15
à chaque mission. Le jour comme la nuit, on porte la guerre aux « Boches ».
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Ça finit par miner les gars.
25:25
C’est pas que chacun s’occupe uniquement de sa propre survie, c’est que, des fois,
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t’es submergé par tout ça, pi tu sais pas comment t’en sortir.
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À la guerre, on se fait des choses pas naturels :
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un jour tu danses avec ta blonde sur des airs de Glenn Miller,
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le lendemain t’es ici, pi t’es face à l’horreur de la mort.
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Mais on n’a pas le choix. C’est eux ou bien c’est nous!
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« Lâcheté »? C’est quoi la « lâcheté »? C’est quoi le « courage»?
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Ça prend du courage pour refuser de se battre.
26:13
… pis laisser les autres se battre à ta place, peut-être sacrifier leur
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vie pour toi? Est-ce que c’est juste, ça?
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J’ai rencontré un gars qui s’appelait Percy Kearse. Il venait de l’Ouest canadien.
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Moi et Percy on est devenu de bons amis. Puis par chance, on a été postés ensemble.
26:50
On a fait l’entraînement ensemble. À la fin on était dans le même escadron.
26:54
Le chef de section voulait nous emmener dans une opération. On était prêts à partir,
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mais personne n’a réussi à faire démarrer son avion. Moi je leur dis :
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« Si jamais vous y arrivez, je vais vous servir de couverture. » D’habitude, on ne fait pas ça, mais
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cette fois-ci, je l’ai fait. D’en haut, j’ai regardé Percy commencer son piqué,
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puis tout à coup, il a explosé. Il a dû être atteint par un éclat d’obus dans
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une de ses bombes, ou autre chose. Il a explosé, comme ça!...
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Excusez-moi
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C’était ma journée stupide, mais vraiment stupide.
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C’était mon jour de congé. Je m’étais rendu sur l’aire de trafic pour cirer mon avion, question
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d’améliorer sa vitesse un tout petit peu. On m’a demandé :
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« Lloyd, pourrais-tu voler avec nous? »
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« Certainement! » On a décollé. Ma radio m’a lâché.
28:19
Je suis resté avec eux sans radio, comme un imbécile.
28:25
On s’est fait attaquer par des Messerschmitt 109 que
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que je n’ai pas vu venir. Mon numéro deux a dégagé et j’étais tout seul. Plus
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J'ai aperçu deux 109 plus bas; j’ai piqué en me disant « Aujourd’hui je deviens un héros! »
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On louvoyait. J’ai vu qu’un Allemand me tirait dessus. Mon fuselage a
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encaissé dur; il a été atteint par un obus à peu près ici. Des éclats m’ont percé le bras
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Mais l’avion pouvait toujours voler. J’ai piqué en spirale, puis j’ai voulu rentrer.
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Le moteur m’a lâché, alors j’ai posé l’avion sur le plat, et j’ai tout abandonné sur place.
29:16
Un ruisseau asséché longeait la montagne;
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il y avait des arbres de chaque côté; je me sentais en sécurité, à l’abri des regards.
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J’ai déchiré ma chemise, j’en ai fait un bandage pour mon bras, puis je
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me suis mis à remonter le ruisseau. Je me trouvais en plein champ quand une voiture
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blindée s’est pointée sur le chemin.
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En fin compte, ils m’ont emmené dans un centre de traitement.
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Je me rappelle le médecin qui m’a dit : « Compte à reculons à partir de dix. »
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En tout cas, bientôt j’étais endormi. Quand je me suis réveillé, j’avais
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un bandage au bras. Ça allait, mais je n’ai pas réussi à convaincre un médecin d’appeler
30:04
mon unité pour leur dire que tout allait bien.
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Ma mère avait reçu l’avis que je manquais à l’appel, mais plus rien depuis une dizaine de jours.
30:20
Cela a dû être terrible, car elle était seule – papa s’était enrôlé
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et n’était pas à la maison. Je pense que c’est ça qui l’a tuée.
30:31
Elle est morte en 1951, elle est morte à la suite d’une colite nerveuse
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qui remontait probablement à cette époque-là.
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D’une certaine façon, je me sens coupable de ça.
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C'est plate de n’pas pouvoir parler avec ses êtres chers.
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C'est plate?
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Ça devait être difficile.
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Ben sûr que c’est difficile.
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Tout l’monde s’inquiète pour toi, tout l’temps.
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En plus, nous, on r’çoit pas toujours leurs lettres, pi eux, ils r’çoivent pas toujours les nôtres.
31:23
Les nouvelles du front, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, arrivent toujours trop tard.
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Le pire de tout, ça doit être le temps qu’on passe à ne pas savoir.
 

Plans d’activité éducatifs : épisode 2

Comparer les chasseurs

Dans le troisième épisode, des vétérans de l’Aviation royale canadienne et d’autres forces aériennes expliquent ce qu’étaient les missions de bombardement pendant la Deuxième Guerre mondiale et leurs conséquences au sol. De la fraternité des équipages au défi d’atteindre la cible, leurs témoignages de première main redonnent vie à l’histoire de manière captivante et souvent touchante. On y aborde des sujets tels que les briefings, l’importance de la combinaison de vol chauffée, les dangers des projecteurs et des tirs des canons antiaériens, les victimes de raids de bombardement et les dilemmes moraux auxquels plusieurs ont dû faire face.

Les entrevues figurent en alternance avec des photographies d’archives et des séquences filmées. Les scènes entre le cadet Mathieu et le Ti-Jean précisent le contexte et renseignent davantage sur le fait d’aller à la guerre.

0:12
Ça ne me dérangeait pas de mourir. Je n’avais pas peur. Je m’y attendais. Ce qui me dérangeait
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le plus, c’était mes parents. Je savais que ça aurait été un gros coup pour eux;
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ça aurait été terrible. C’est ça qui m’inquiétait le plus souvent.
00:30
Mais mourir, ça ne me dérangeait pas. Je m’y attendais.
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J’ai été chanceux. Je tiens à le répéter,
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la survie, c’est 100% de la chance.
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Les pilotes, les navigateurs, les bombardiers, les radio-mitrailleurs et les mitrailleurs
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se tenaient par petits groupes. Eh bien, notre pilote est allé choisir un navigateur.
02:31
Il lui a dit : « Maintenant, toi, tu choisis le reste de l’équipage. »
02:40
Il y en a qui étaient religieux. Si tu étais religieux, tu en parlais avec d’autres,
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et vous faisiez équipe ensemble. D’autres étaient des buveurs, comme moi et tout mon équipage
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On ne buvait pas de façon excessive, bien sûr, mais si tu t’affichais avec une
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chope de bière au poing, tout le monde savait que tu aimais boire.
03:02
Quand je pense à quel point on se fiait aux autres; il le fallait bien. Un équipage,
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c’est une équipe; il suffit qu’il y en ait un qui ne soit pas à son affaire, personne n’aurait survécu.
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Ils devenaient comme une famille. Croyez-moi,
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chacun de nous considérait l’autre comme encore plus proche que mon propre frère.
03:31
Alors, vous pilotiez vraiment un Lancaster?
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C’est l’avion que je pilote toujours, avec mon équipage.
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Parlant d’équipage, ça d’vait être important de r’trouver des personnalités compatibles.
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Qu’est-ce qui se passait si vous faisiez «bande à part» dans un équipage?
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Tu veux en venir où?
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Ben, si vous vous joigniez à un équipage
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qui buvait pas ou qui était pas religieux alors que vous, oui; vous vous sentiez pas comme un intrus
03:59
Un équipage en vol est aussi fort que son maillon le plus faible.
04:06
Faut que chacun s’occupe des autres, sinon ça va mal, ça prend pas d’temps.
04:12
Pi, si un membre de l’équipage est un poids mort?
04:16
Tu le prends à part, pi tu lui dis c’qui en est.
04:19
Si ça continue, tu le prends à part jusqu’à ce qu’il change son comportement.
04:25
Vous iriez même jusqu’à le pointer du doigt.
04:27
Si c’est ça qu’il faut.
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Ça, c’est tellement pas correct!
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Veux tu savoir c’qui est pas correct?
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C’est de s’inquiéter des sentiments de l’autre
04:37
quand c’est ma propre vie et celle de l’équipage qui en jeu.
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Ils nous servaient du bacon avec des œufs avant de décoller.
05:05
Dans ce temps-là c’était beaucoup parce que tout était rationné en Angleterre.
05:12
Je considérais que ce serait mon dernier repas (rire) avant d’être exécuté.
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Après le déjeuner, on se dirigeait vers
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la salle de briefing. Sa ressemblait à un théâtre, une fois que tout le monde était à l’intérieur, ils barraient les portes
05:31
Il y avait un grand écran, qui était recouvert.
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Le commandant de l’escadrille entrait et… …d’un coup il retirait le rideau et là,
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ton itinéraire était inscrit sur un ruban. Si c’était difficile, tu entendais les
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gars ronchonner; si c’était un trajet facile, sur la côte qui était toute proche, tout
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le monde était content.
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Si vous pensiez que la mission était dangereuse, pouviez-vous refuser d’y participer?
06:06
R’fuser un ordre? C’est pas comme r’fuser de faire ses devoirs
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ou s’faire virer pour avoir r’fusé le patron de faire c’que
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l’patron d’mande. À la guerre, tu obéis aux ordres, sinon c’est la cour martiale.
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Voire la prison.
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La maudite mission, tu la fais; un point, c’est tout!
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À l’intérieur, il fait froid. À 20 000 pieds d’altitude,
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il fait vraiment très froid. Dans l’avion, il y avait un gros
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tuyau, un peu comme le tuyau flexible d’une sécheuse. Il était branché sur l’un des
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moteurs de l’avion et il soufflait de l’air chaud vers le nez de l’avion où on se trouvait.
07:12
Tu travailles les mains nues : c’est difficile de travailler avec une calculatrice manuelle
07:16
quand tu as les mains gelées. Le mitrailleur de queue se trouvait loin à
07:21
l’arrière; lui, il portait une combinaison chauffée à l’électricité tellement il faisait froid.
07:31
Moi, j’étais un mitrailleur de queue; il faisait entre -40 et -60 degrés.
07:40
Je portais des bas jusqu’aux cuisses, un chandail à col roulé,
07:45
mon uniforme de combat puis la combinaison chauffée avec ses chaussettes et ses gants.
07:52
Par-dessus, je portais un autre vêtement matelassé. Ensuite, j’enfilais ma combinaison de vol et finalement mon parachute.
08:11
Avoir froid pendant des heures et des heures, sa affecte votre concentration, non?
08:17
J’te mentirais si disais le contraire.
08:21
Mais il faut savoir que les missions deviennent routinière, les unes après les autres. La fois,
08:28
Dans ces cas là, où, tout à coup, ton monde chavire, tu fais just rien sentir;
08:38
tu fais juste réagir à la menace.
08:58
J’haïssais les projecteurs. J’en avais peur. Tout le monde a des peurs particulières,
09:07
moi c’était ça, pour d’autres, les chasseurs ou la flak.
09:11
Une fois, on a été pris dans le cône de lumière des projecteurs; d’habitude, si
09:17
ça t’arrivait, tu n’en ressortais pas: ils tiraient leurs obus le long du cône
09:22
comme dans un tuyau. C’était terminé pour toi.
09:25
S’ils ne tiraient pas, s’il y avait des chasseurs dans le ciel, il suffisait d’une
09:30
minute avant qu’un chasseur te descende. Avec les projecteurs, on ne voyaient rien.
09:37
T'étais aveuglé tant la lumière était éblouissante.
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On a tout essayé pour se sortir du cône de lumière : on a piqué, on a monté, on
09:47
a dérapé d’un côté comme de l’autre. Finalement, le pilote est revenu en ligne
09:52
droite avant de se glisser au-dessus d’un autre avion qui se trouvait en dessous de
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nous, mais qu’on n’avait pas vu. Tout d’un coup, une lumière éblouissante, puis
10:01
le noir total. Devinez où étaient bracqués les projecteurs?
10:06
Ils étaient braqués sur l’avion en dessous de nous.
10:12
L’avion a été abattu quelques secondes plus tard.
10:16
Je n’ai jamais été aussi heureux.
10:21
Il y avait sept gars qui s’en allaient à une mort certaine, mais moi, je me réjouissais que ce soit eux, plutôt que nous.
10:40
Comment tu fais pour en v’nir à bout dans ta tête?
10:44
V’nir à bout de quoi? J’comprends pas!
10:45
Non, vous comprenez pas. J’veux dire quand vous voyez vos collègues se faire
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tuer parce que vous avez déplacé votre appareil pour éviter les projecteurs, pi que c’est
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eux qui se retrouvent en pleine lumière , pi qu’ils se font descendre … comment …
11:02
La guerre, c’est le chaos. Tout c’qu’on tente de faire c’est de remplir not’mission, pi de survivre.
11:11
Dans ces moments-là, tu fais juste réagir à la menace, instantanément, sans réfléchir.
11:21
Le reste c’est de la chance. Si un autre pilote m’avait mis dans c’te situation-là,
11:27
j’ lui en voudrais pas pour autant; … si j’avais survécu, bien sûr!
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Le mot flak, c’est une expression, tirée
11:55
du jargon militaire, qui signifie le feu des canons antiaériens.
12:00
Les Allemands postaient beaucoup de canons antiaériens autour des villes susceptibles
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d’être bombardées.
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Quand un obus explosait, tu voyais juste un gros nuage noir.
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Tu étais troué de partout. C’étaient des obus de 88 millimètres.
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Mais même s’ils ne t’atteignaient pas directement, en éclatant, les morceaux traversaient l’avion de part en part.
12:31
S’ils ne frappaient pas un point vital de l’avion, ça allait.
12:35
Si tu ne te faisais pas frapper toi-même, ça allait.
12:40
Mon pilote nous appelait individuellement toutes les quinze minutes pour vérifier si
12:46
on était tous encore vivants. Si quelqu’un ne répondait pas à l’appel, il envoyait
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l’opérateur radio vers l’arrière. Quand il revenait, il lui rapportait l’état de
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la personne, morte ou blessée par les éclats d’obus qui avaient traversé l’avion.
13:05
Une fois, c’est drôle, il y avait un gros trou, de la grosseur de mon poing.
13:14
Un éclat était passé, il m’avait arraché toute la peau sur l’arrête de mon nez, mais ça
13:21
n’avait pas saigné. Moi je voulais garder l’éclat en souvenir.
13:45
Notre sortie se passait la nuit. C’était épeurant parce qu’il fait vraiment noir.
13:56
Quand tu passes à travers des nuages,
13:58
tu ne sais jamais à quelle distance se trouvent les autres avions. Il y avait des collisions.
14:05
Dans une des dernières sorties, il y a eu trois collisions en vol; ça veut dire six
14:13
équipages. Quand des avions se frappent en plein vol, sur l’aile ou le fuselage, ils
14:20
se mettent à piquer en spirale. Quand ça commence à tourner, tu ne peux pas sortir
14:25
à cause de la force centrifuge.
14:29
Ça fait qu’ils ont perdu beaucoup de monde.
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La plupart des gars qui étaient dans les avions sont morts. Des sept avions perdus
14:36
ce jour-là, six perdus à cause de collisions.
14:43
Il y avait deux avions directement devant nous;
14:47
ils se sont frappés. Je ne sais pas trop pourquoi, ils ont dû se faire prendre
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dans la turbulence. Il en est sorti sept ou huit parachutes; un
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des gars m’a salué de la main en descendant, je lui ai retourné son salut.
15:03
Ils sont tombés dans la mer du Nord, juste avant qu’on arrive au-dessus de l’île.
15:11
Quelques années plus tard, j’en parlais avec un collègue de travail : « Je me demande
15:16
bien ce qui leur est arrivé à ces gars-là? » Il me dit : « Je peux te le dire, j’étais
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dans la même escadrille. On les a repêchés moins de 20 minutes plus tard.
15:26
Ils étaient tous morts de froid dans l’eau. »
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Le ciel est si vaste, comment vous faisiez pour entrer en collision?
15:41
On croirait pas que c’est possible.
15:44
Pourtant! Pour éviter de se faire tirer comme des pigeons, par les chasseurs, on vole en
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formation serrée. L’union fait la force.
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Puisqu’on a tous la même mission, tous le même objectif,
15:58
des vagues continuelles de centaines de Lancaster, ça crée de la turbulence.
16:04
Alors, les accidents, c’est inévitable. Ça fait partie de toutes les missions. On s’en sort pas.
16:09
Vous en parlez comme si c’était un simple accrochage, sans blessés.
16:14
Alors qu’il s’agit des avions et des équipages complets qui sont perdus.
16:18
À chaque sortie, on risque de «mordre la poussière», c’est sûr.
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Mais Il faut frapper l’ennemi; fort; à coups répétés;
16:32
sans arrêt. Les appareils et les équipages, ça se remplace.
16:36
Mais c'te guerre là, pour c’te guerre, il faut c’qui faut.
16:42
Peut-être qu’ça évitera des morts dans l’avenir.
17:05
L’ingénieur de vol quitte son siège pour
17:12
se placer derrière le pilote pour voir à travers l’astrodôme.
17:19
C’est un dôme sur le dessus de l’avion,
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où le navigateur prend ses repères.
17:28
L’ingénieur de vol se place là pour observer les avions qui volent au-dessus et qui auraient
17:36
les portes de leur soute à bombes ouvertes. Si un avion au-dessus du vôtre a ses portes
17:42
ouvertes, il faut décamper au plus vite, sinon il va lâcher ses bombes sur vous.
17:51
Ils se trouvaient au-dessus de la cible avec leurs bombardiers prêts à larguer les bombes.
18:00
Le bombardier disait : « Attention, il y a un autre avion juste en dessous de nous! »
18:06
Alors il dit au pilote d’aller à bâbord. Et on s'en allait à bâbord.
18:12
Les gars en dessous regardent en haut, ils vont à bâbord. Alors nous, on change de direction. Eux aussi.
18:18
Il faut dire qu’ils étaient beaucoup plus nerveux que nous. En fin de compte, chacun
18:22
est allé de son côté et on a réussi à larguer nos bombes.
18:26
Qu’importe, à notre retour, pendant l’interrogatoire, notre bombardier jasait avec son frère, qui
18:33
pilotait un autre avion de notre escadrille. Devinez qui était le pilote de l’avion
18:40
qui avait été en dessous de nous? Son frère! Heureusement qu’on n’avait pas lâché
18:44
nos bombes! Des fois, tu voyais une photo d’un bombardement
18:48
au moment où les bombes étaient lâchées, puis il y avait un avion en plein milieu.
18:57
Si j’ai bien compris, il faut s’inquiéter des tirs ennemis v’nant de la terre et des
19:03
airs, il faut éviter d’entrer en collision avec ses avions, mais, en plus, il faut aussi
19:11
s’inquiéter de recevoir une bombe sur la tête de la part de notre propre escadrille?
19:15
C’t en plein ça mon cadet. Ça s’appelle le tir « ami »!
19:20
Ça n’arrive pas par exprès, pi tu pries le ciel que ça t’arrive pas.
19:25
Pourtant ça arrive, dans toutes les guerres.
19:28
Comment vous sentiriez-vous si vous
19:30
aviez lâché une bombe sur un avion de ton escadrille?
19:32
Ça … ça m’a rendu triste.
19:41
Mais tu vas de l’avant. Ça fait partie de la guerre.
19:47
Il faut continuer à s’battre. T’as pas l’choix!
19:49
On a toujours le choix!
19:51
Ah, bien sûr mon cadet! Rappelle-moi encore dans quelle guerre tu t’es battu, toi …
20:13
Les Allemand construisaient leurs usines d’armement,
20:19
d’assemblage d’avions et de camions en plein centre des villes. Si tu manquais ta cible,
20:25
même de peu, tes bombes tombaient sur un hôtel ou sur un autre bâtiment tout près.
20:31
À l’approche d’une cible, le bombardier
20:37
prend les commandes de l’avion.
20:41
Il est couché sur le ventre et garde les yeux sur la cible.
20:48
Il dit au pilote : « Un peu à gauche, un peu à droite, à gauche, à droite.
20:58
Puis « Ça y est, tout droit! » Quand il dit ça, tout de suite après, il appuie sur le
21:04
bouton et les bombes sont larguées.
21:08
Chaque avion dispose d’une carte et le bombardier porte une montre;
21:17
c’est son rôle de négocier avec le navigateur pour que l’avion se trouve
21:23
au-dessus de la cible précisément à l’heure prévue… Bonne chance!
21:27
Au-dessus de la cible, tu regardes en bas. Mais tu regardes aussi en haut parce qu’il
21:35
peut y avoir un autre avion au-dessus du tien dont la soute à bombes est ouverte.
21:39
Le bombardier me dit : « Garde le cap! Garde le cap! » « Pas question, on bouge! »
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Il lâche nos bombes.
21:48
Eh bien, on a raté la cible de plusieurs milles, mais on a aussi évité les bombes
21:53
qui nous pleuvaient dessus!
21:56
L’idée que tu frappes en plein dans le mille, impossible.
22:02
Il y a toujours une caméra pour les photos de la cible. (rire)
22:09
Ce jour-là, mes bombes sont tombées par ici alors que la cible était par là.
22:16
Il ne faut pas croire tout ce que
22:19
tu vois. Je n’étais pas le seul dans cette situation.
22:26
Ça, c’est d’la folie! Larguer ses bombes hors-cible, n’importe où!
22:31
On fait du mieux qu’on peut avec c’qu’on nous donne. La technologie s’améliore.
22:36
Y'a des éclaireurs, y'a le radar et y'a des systèmes de navigation. On fini par atteindre la cible
22:42
avec plus de précision. Mais des fois, c’est comme lancer un trente sous dans un étang :
22:51
les vagues s’étendent quand la pièce touche l’eau. Comme nos bombes,
22:55
ça finit par atteindre la cible.
22:59
Si on rate, y'a des civils qui meurent. Comme dans toutes
23:05
les guerres, plus la guerre est importante, plus de civils en meurent. C’est clair et net.
23:10
Comment ça, clair et net?
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Quand on parle de civils qui meurent, c’est ni clair, ni net.
23:36
Imaginez un peu une centaine de Lancaster
23:42
volant tout droit qui larguent leurs bombes en même temps. Il restait plus rien au sol.
23:50
Au début, c’était endurable, mais bientôt c’était chaque nuit, chaque nuit.
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Ils venaient toujours la nuit. Puis ça se détériorait de mal en pis.
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On était toutes assises dans la cave. On écoutait, puis on entendait approcher les
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avions et les bombes exploser. Ma mère, assise à côté de moi, tremblotait; je la tenais
24:23
par le bras; ce n’était pas très agréable.
24:30
Savez-vous quoi? Quand je rencontre une fille londonienne, je sens qu’elle a vécu les
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mêmes choses que moi. Elle me comprend, et moi je la comprends.
24:46
Je me trouvais à Londres quand ils ont bombardé les quais. Ils sont venus l’après-midi d'abord;
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ils ont mis le feu aux quais Surrey; puis ils sont revenus la nuit pour terminer leur boulot.
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Les flammes étaient visibles de partout.
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En ce temps-là, la plupart des gens, les gens ordinaires, n’avaient pas le téléphone.
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Tu ne pouvais pas communiquer avec le bureau. La seule façon de savoir si quelqu’un avait
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passé une mauvaise nuit, c’était quand la personne n’était pas là le lendemain
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et que sa chaise était vide. C’était la partie la plus horrible parce qu’on ne savait
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pas ce qui leur était arrivé. Parfois ils refaisaient surface, mais parfois non.
25:50
Leur mission était claire : anéantir les villes allemandes. Bien sûr il y avait les
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cibles militaires etcétéra, etcétéra. Mais leur objectif premier était de démolir,
26:01
de détruire les villes allemandes et leurs populations.
26:06
On accuse le Bomber Command d’avoir lâché des bombes sur des populations civiles; c’est
26:15
arrivé, bien sûr. Il fallait tout bombarder. À la guerre, on lâche les bombes là où
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il faut; et on fait ce qu’on nous dit de faire.
26:31
Comment faites-vous pour vous accommoder du fait que vous avez probablement tué des civils?
26:37
C’est le « Boches » qui ont ouvert le bal!
26:39
Mais ça veut pas dire que c’est « correct »
26:41
Écoute bien mon cadet, c’est pas moi qui a commencé c’te guerre.
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C'est des hommes bien plus futés que moi. Moi, je fais c’qu’on me dit. La responsabilité
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retombe sur leurs épaules. J’étais civil; c’est eux qui m’ont mis les armes
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meurtrières entre mes mains. C’est à eux que tu devrais t’adresser.
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Au retour, on vérifiait toujours si tout
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le monde était là. Des fois, un tel n’était pas revenu, puis après un certain temps,
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tu savais. S’il n’était pas revenu après une heure ou deux, il avait manqué de carburant
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ou peut-être qu’il avait réussi à atterrir en France ou sur une autre base.
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Mais d’autres fois, ils manquaient à l’appel tout simplement. Après un jour ou deux, tu
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apprenais qu’ils étaient morts ou avaient été faits prisonniers. C’était toujours
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un moment d’anxiété d’attendre le retour des autres équipages… quand toi tu étais rentré.
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On envoyait 14 avions, un effort maximum,
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chaque soir. De ces 14 appareils, il y en avait toujours un qui ne revenait pas.
28:17
On était tenus de faire 30 missions. Faites le calcul : les chances de s’en tirer n’étaient
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pas très bonnes. Quand t'avais fait 14 missions, t'avais survécu à 100%.
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Après ça, tes chances de survie baissaient pas mal vite.
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Nous, on a été très très chanceux d’avoir survécu.
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Je dirais 95% de chance et 5% d’habileté.
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Les pertes au niveau du Bomber Command étaient
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terribles, terribles. Ceux qu’on perdait étaient des jeunes,
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bien instruits; une perte importante pour le pays, surtout de les perdre de cette façon-là.
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Mais quand on considère les bombardements, on ne peut pas croire que ça aura été pour rien.
29:15
Chez les bombardiers, on a perdu environ 10 000 jeunes Canadiens âgés de 22 ans en moyenne.
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C’était dur. C’est nous qui avons souffert
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les pertes les plus importantes de tout la guerre.
29:52
À la fin de la guerre, le chef du Fighter Command a reçu une décoration de la main de la reine,
29:59
mais pas le chef du Bomber Command.
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Je crois que c’est à cause des bombardements. Le vice-maréchal de l’aviation Harris croyait
30:11
qu’au moyen des bombardements, il pourrait raccourcir ou mettre fin à la guerre.
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Parce qu’avec l’armée, ça aurait pris plus de temps et ça aurait coûté encore plus de vies.
30:22
Plusieurs pensaient que le bombardement de
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l’Angleterre par les Allemands justifiait nos bombardements en Allemagne.
30:32
Je ne sais pas si cet argument tient la route, mais je sais qu’ils ont semé la terreur en Angleterre
30:37
en tuant beaucoup de civils.
 

Plans d’activité éducatifs : épisode 3

Document de recherche primaire

Dans le quatrième épisode, des travailleurs d’usine et des membres de diverses forces auxiliaires, y compris des femmes membres de la Royal Air Force de Grande-Bretagne, expliquent ce qu’était le soutien à l’effort de guerre. Qu’il s’agisse de travailler dans une usine d’avions ou de faire partie du personnel au sol, leurs témoignages de première main sont parfois teintés d’humour, redonnant vie à l’histoire de façon captivante et souvent touchante. On y aborde des sujets tels que le code Morse, le repérage des trajectoires des avions ennemis et alliés, l’importance du secret et les erreurs de communication verbale.

Les entrevues figurent en alternance avec des photographies d’archives et des séquences filmées. Les scènes entre le cadet Mathieu et le capitaine Ti-Jean précisent le contexte et renseignent davantage sur le fait d’aller à la guerre.

 
00:13
Travailler dans un domaine qui me permettait de contribuer à l’effort de guerre me rendait heureuse.
00:25
Envoyer des messages en Morse c’était intéressant; travailler sur quarts c’était chiant,
00:35
mais pour moi, l'effort de guerre c'était important
01:58
Je travaillait dans une usine à Amherst, où on construisait l’Avro Anson,
02:05
mais je me suis retrouvée dans le bureau à classer des papiers.
02:09
Du bureau, on voyait en bas, dans l’atelier de soudure. J’étais un
02:15
peu fouine, alors j’ai découvert que les soudeurs gagnaient plus que nous.
02:25
Ça n’avait pas l’air difficile, alors qu’est-ce qu’il faut faire?
02:29
Il fallait prendre un cours de soudure.
02:32
Le premier soir du cours, l’instructeur a déposé un tuyau brûlant devant moi;
02:39
je l’ai ramassé pour ajuster les espèces de languettes.
02:46
Je me suis brûlée, bien sûr.
02:49
Ils m’ont amené chez le médecin. Mon fiancé, qui est devenu mon mari par la suite, souriait.
02:59
Je pense qu’ils auraient aimé que je me plaigne de la douleur, mais j’étais décidée
03:05
de n’en rien laisser paraître. Si t'es pour travailler dans l’atelier avec les
03:11
gars, tu es mieux de te montrer courageuse. C’était un test : ils voulaient voir de
03:17
quelle étoffe j’étais faite, vu que j’étais une femme dans un métier d’hommes.
03:21
Je ne sais pas trop.
03:29
Dans le cours, dans les examens pratiques de soudure, il fallait signer notre travail,
03:35
l’initiale de notre prénom seulement.
03:37
Comme ça, ils ne pouvaient pas savoir si c’était le travail d’une femme ou d’un homme.
03:42
Après des tests, ils ont constaté que les femmes avaient de meilleurs résultats que les hommes.
03:52
Leur explication c’était que, vu qu’on avait l’habitude de la couture,
03:57
nos soudures étaient plus lisses, plus égales que celles des hommes qui faisaient des bosses.
04:06
Les hommes gagnaient 60 cents de l’heure; nous les femmes seulement 40 cents.
04:15
Bien sûr, eux pouvaient être membres d’un syndicat, mais pas nous.
04:20
Mais tout ça, ça ne nous affectait pas tellement, on endurait la situation.
04:26
Le monde était comme ça à cette époque.
04:32
C’est certain que les gars nous taquinaient. Par exemple, il fallait porter une espèce
04:39
de salopette blanche, qu’on détestait.
04:43
Les gars nous disaient : « Tiens, tiens, tu portes une culotte rose aujourd’hui? »
04:50
Sur le côté de la salopette, il y avait une fente là où la poche se trouvait.
04:58
Il fallait leur tenir tête, inventer une façon de leur rendre la monnaie de leur pièce :
05:03
par exemple, ne pas tendre la torche quand
05:05
ils le demandaient. Des petits tours malins.
05:12
J’avais le sens du patriotisme dans mes emplois à l’usine ou à la banque, parce
05:17
que mon frère était mitrailleur dorsal sur un avion et qu’on était fiers de ce qu’on faisait;
05:26
toutes mes connaissances en étaient fières.
05:33
Je me questionnais pas tellement au sujet de l’avion sur lequel je travaillais ni
05:37
sur ce que l’avion ferait dans la guerre. Je savais seulement qu’on devait en produire
05:43
beaucoup et vite parce que les Allemands devenaient de plus en plus forts. On parlait rien que de çâ.
05:51
Tout le monde se sentait obligé de faire de son mieux pour l’effort de guerre.
06:03
Combien ne de ces appareils d’entraînement ont été construits au Canada?
06:07
Pas certain. Mais beaucoup! Et plusieurs autres types d’avions aussi. Maudite guerre!
06:15
Ça a tout chambardé! Même les femmes travaillent dans les usines pour nous fournir en avions.
06:20
Comme si nous autres les hommes, on s’battait pas assez fort pour en finir avec ce gâchis.
06:26
Les femmes ne devraient pas avoir à travailler. C’est pas correct!
06:31
C’est sexiste, c’que vous v’nez d’dire-là!
06:33
Quoi?
06:34
Autrement dit, vous pensez pas qu’une femme est capable de faire le travail d’un homme?
06:39
Ben sûr qu’elles sont capables! On en a la preuve ici comme chez nous.
06:42
Mais c’est parce que nous, les hommes, on se bat de c’côté ci que les filles ont l’occasion
06:47
de travailler chez nous. Dis-moi donc, Mathieu qu'est c’qui va s’passer quand la guerre s’ra
06:52
finie pi qu’les hommes vont rentrer pis se chercher du travail?
06:56
Penses-tu qu’les femmes qui travaillent vont accepter d’abandonner leurs emplois?
06:59
Vous seriez surpris de la tournure des événements
07:02
Ah oui?
07:22
Le Morse, c’est rien que des points et des tirets.
07:29
On nous apprenait d’abord les points : dit, ensuite les tirets : dah.
07:37
Quand j’ai appris que j’allais travailler à Gander, j’étais tout excitée.
07:45
D’abord j’allais utiliser le code que j’avais
07:48
maîtrisé, mais ensuite j’allais m’envoler vers un autre pays, parce qu’à l’époque
07:54
Terre-Neuve ne faisait pas partie du Canada.
08:00
Très excitant.
08:03
À Gander, on était une vingtaine d’opérateurs et d’opératrices radio.
08:13
On envoyait et on recevait des messages.
08:19
Les messages étaient inscrits sur de petits carrés de papier.
08:24
Le code comprenait cinq majuscules, espace, cinq majuscules,
08:34
toutes les lettres étaient mêlées.
08:43
Pour envoyer un message, je regardais d'abords les 5 lettres, puis je touchais la clé morse en points
08:53
et en tirets, puis je tapais les cinq majuscules;
08:58
mettons la lettre « Q » : dah dah dit dah!
09:09
On se demandait souvent ce que signifiaient les messages.
09:14
On nous disait des prévisions « météo ».
09:19
Mais j’pense qu’il s’agissait de bien plus.
09:27
Je me dis que l’Aviation royale britannique envoyait des messages
09:32
pour que le récepteur comprenne, mais pas l’ennemi.
09:42
La partie la plus difficile de cet emploi, c’était de demeurer courtoise en tout temps.
09:59
D’abord tu luttes toujours contre la fatigue, ensuite c’est des situations difficiles,
10:09
surtout quand les gens parlent de leurs familles, de leurs chez-soi et à quel point ils se
10:18
sentent tout seuls. T'essaies de les consoler, t'essaies de les aider encore plus.
10:33
Je suis du genre à attirer les confidences.
10:40
Je ne sais pas trop pourquoi, mais je suis ouverte, j’écoute;
10:49
le fait que je sois une femme y est aussi pour quelque chose.
10:59
Les femmes. On peut toujours se confier. Quand les choses se corsent un peu trop,
11:06
elles nous écoutent. Elles ont le don de nous faire déballer not’ sac.
11:10
Comprends-tu c’que j’veux dire?
11:13
Ouais. C’est le facteur «maman» qui fait ça.
11:16
Elles sont toujours là pour nous, pas vrai?
11:19
Exactement … Ouais. …
11:27
On a l’air piteux tous les deux, tu trouves pas?
11:30
J’sais pas c’que vous voulez dire. Mais écoutez bien ça :
11:34
y en a qui pensent qu’y aurait moins de guerres si c’était les femmes qui m’naient l’monde.
11:58
Je faisais partie de la Force féminine auxiliaire de l’aviation, les WAAF de l’aviation royale britannique;
12:06
j’étais en poste à Beacon Hill dans le Kent et je travaillais dans la salle des opérations.
12:13
La base faisait partie du Fighter Command
12:17
et contrôlait tout le sud-est de l’Angleterre. C’était un secteur très occupé parce
12:22
que les Allemands faisaient des incursions rapides à partir de la France, pas très loin.
12:33
J’étais pointeuse. Je tenais un bâton avec un aimant au bout.
12:39
On avait des flèches métalliques de couleur qui indiquaient la direction des avions.
12:47
Mon travail était de déplacer la flèche sur une grande carte
12:52
en suivant les informations d’un opérateur de radar situé sur la côte.
12:57
Il nous disait si l’avion était ami ou ennemi, son altitude ainsi que le nombre d’appareils dans le ciel.
13:08
Souvent il y en avait plus de dix, ou plus de vingt.
13:15
Nous, on déplaçait les flèches sur la carte dans la même direction que les avions dans le ciel.
13:22
C’était important de placer la flèche au bon endroit,
13:26
parce que tellement de personnes se fiaient à cette information,
13:34
notamment les officiers qui étaient en contact avec l’aérodrome d’où partaient les chasseurs
13:40
pour intercepter les avions allemands.
13:50
Si la flèche était mal placée, les avions qu’on envoyait
13:54
pour les rencontrer se rendraient dans le mauvais secteur.
14:02
Au début, j’étais un peu nerveuse vu que je tenais à bien faire mon travail.
14:09
Les indications qu’on recevait dans les écouteurs arrivaient très vite.
14:16
Souvent, ce n’était pas un avion allemand tout seul,
14:20
mais un ou même deux groupes d’avions.
14:25
Au travail, pendant que je pointais les avions ennemis, j’avais un sentiment partagé :
14:32
j’espérais seulement qu’ils se fassent descendre avant qu’ils causent trop de dommages.
14:41
J’étais contente. Je croyais aider à la guerre. Mais aussi, j’avais eu une enfance
14:49
un peu solitaire parce que mes parents s’étaient séparés quand j’étais encore jeune;
14:55
j'ai été élevée par mon père et ma grand-mère.
14:59
Alors, pour moi, l’aviation c’était divertissant.
15:05
Dans la force féminine auxiliaire, je me suis fait plein de bonnes amies.
15:10
Elles sont toutes dans mon album photos de mariage. rendues
15:13
Je me demande souvent où elles sont toutes ces filles.
15:16
Une petite bande bien sympathique.
15:23
J’avais jamais pensé que le travail
15:26
des pointeuses avait des conséquences aussi vitales.
15:30
Des fois, Mathieu, c’est les p’tites choses qui comptent le plus,
15:33
dans une mission, par exemple, déplacer un symbole sur la carte de l’Europe.
15:38
Tout est relié d’une façon ou d’une autre.
16:00
À l’usine, il y avait des affiches sur les murs : une personne qui avait le doigt
16:06
devant la bouche en faisant « chut ». Je crois qu’il était interdit de discuter
16:12
de quoi que ce soit qui se passait dans l’usine.
16:17
Du moins, c’était comme ça pour moi.
16:20
Le soir en sortant, on nous contrôlait; le matin en entrant avec un colis, par exemple, il
16:26
fallait leur laisser vérifier le contenu. Le secret oblige.
16:31
Quand j’écrivais à John, mes lettres étaient toutes noircies là où ils ne voulaient pas
16:36
voir des choses par écrit. Ça nous dérangeait pas parce qu’on savait que les vies de plein
16:42
de gens en dépendaient.
16:47
À Gander, tout au long de la guerre, on devait se diriger directement vers notre hangar
16:54
ou vers la cafétéria, sans jamais passer par le champ d’aviation,
17:00
à cause du secret.
17:12
Ce qu’on faisait sur la base, on le gardait pour nous.
17:17
On était quand même en guerre. Il fallait être sur ses gardes quant à ce
17:25
qu’on se disait et de ce qu’on faisait.
17:35
Les gens impliqués dans la guerre ont dû trouver difficile de ne pas pouvoir en parler.
17:40
De tout garder pour soi.
17:41
«Un mot de trop, un bateau de moins.» Il y a beaucoup d’espions, des deux côtés,
17:46
qui attendent justement d’absorber un secret d’un robinet qui fuit.
17:51
Comment on faisait pour éviter que ça s’produise?
17:55
En limitant l’information à ceux qui en ont absolument besoin.
17:59
En limitant les rencontres entre les organismes militaires et civils.
18:06
Des fois, on partage de la fausse information pour confondre l'ennemi.
18:11
Dans c’cas-là, rien n’a vraiment changé
18:31
Mon rôle dans l’armement était de voir
18:33
que les mitrailleuses fonctionnaient bien. Il fallait les enlever des ailes, les apporter
18:39
les emporter dans notre tente, parce qu’on était en plein champ, dans une tente spécialement
18:49
pour le « réparage » des mitrailleuses pour voir si tout était fonctionnel,
18:56
puis il fallait les remettre.
19:00
Chaque aile avait deux 303, puis une .50.
19:07
Quand on travaille avec des munitions live, c’est dangereux tout le temps.
19:13
Il faut prendre la précaution dans tout.
19:16
Faire le travail, de nettoyer puis tout ça, le temps de loader, le remettre.
19:26
Il ne fallait pas se traîner les pieds pour faire cet ouvrage-là.
19:33
Il fallait le faire aussi vite que l’on pouvait
19:38
parce qu’on ne savait pas quand l’avion pouvait avoir l’ordre de partir.
19:44
Lorsqu’on faisait une job sur un avion, fallait signer, quand la job était complète, il fallait signer.
19:55
C’est un ouvrage qu’il fallait faire très sérieusement,
20:00
peu importe sur quel avion on travaillait, même les armuriers qui travaillent
20:08
sur les Lancaster ou peu importe et qui posent les bombes, c’est la même affaire : ils
20:14
ils sont obligés de signer par après eux-autres aussi.
20:17
Ça arrivait que quelqu’un avait signé, puis qu’il y avait un trouble sur la mitrailleuse
20:24
qu’il a posée, mais je te crois qu’il aurait passé devant le commandant du camp
20:35
pour savoir quoi c'est qui est arrivé. Puis ça dépend des réponses qu’il peut donner, la raison
20:43
pour laquelle il n’a pas fait son ouvrage proprement. Il aurait peut-être pu passer
20:49
en cour martiale ou quelque chose, parce que c’était la vie du pilote aussi.
20:55
Si sa mitrailleuse jam, puis qu’il n’y a plus de balles qui sortent, qu’est-ce qu’il va faire?
21:06
C’est la vie du pilote aussi là.
21:09
Les officiers, les pilotes peu importe, ils nous respectent tout le temps.
21:14
Parce que lorsqu’ils prennent l’avion, ils sont sûrs que nous autres on a fait notre job.
21:21
Ils nous respectent pour ça. Les pilotes ne se mêlaient pas tellement avec les autres.
21:31
Pas parce que je veux dire qu’ils étaient une classe plus haute, non.
21:35
On était tous sur la même base.
21:40
On était là pour défendre le pays où qu’on était,
21:46
et au fond c’était notre pays à nous autres aussi.
21:53
Est-ce qu’il vous est arrivé, que les bombes et
21:56
les munitions soient mal chargés dans votre Lancaster, Ti-Jean?
22:00
Ben sûr que ça arrive. On dépose un rapport, pi on espère que ça se reproduise plus.
22:05
Le fait que tout est consigné, ça tient les gens alertes, sinon, ça peut déraper pas mal vite.
22:12
Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de prendre votre équipage au sol pour les engueuler?
22:16
Non j’f’rais jamais ça.
22:20
Pourquoi?
22:21
Pourquoi? Parce que , comme je t’l’ai déjà dit, tout ça a déja été consigné,
22:27
alors à quoi bon? En fin de compte, on a du respect
22:31
les uns pour les autres et pour le travaille difficile de chacun.
22:35
D’ordinaire, les équipages de vol
22:38
et les équipages au sol ne s’mélangent pas, mais ça n’empêche pas que la mission
22:42
dépend du travail de tous les membres de l’équipe.
23:03
Au décollage, ce qui arrivait avant de décoller,
23:07
on était chargés de bombes. Six tonnes de bombes à bord, et puis à peu
23:12
près 2 000 gallons de gazoline. Chargés à bloc.
23:17
On décolle, puis à peu près 100, 200 pieds de terre, tout d’un coup l’aile droite
23:23
tombe, comme ça; on avait perdu le moteur droit.
23:30
Alors, normalement c’était un arrêt de mort.
23:36
Mon pilote était tellement exceptionnel qu’il a réussi à maintenir le contrôle
23:40
de l’avion, puis rendus à peu près à mille pieds, là il dit : « Bon ben les gars,
23:45
on a le choix de deux choses : soit qu’on tourne autour de la base pendant cinq ou six
23:50
heures pour brûler assez de carburant pour pouvoir atterrir avec nos bombes, soit on
23:55
autrement on va à 100 milles de la côte, puis là on va lâcher nos bombes dans la mer, puis on revient avec
24:01
notre gazoline. » Alors on a dit ça va être moins long, allons au-dessus de la mer. Alors
24:06
on s’est mis à grimper tranquillement doucement. Rendus à 100 milles de la côte, on était
24:11
à 12 0000 pieds. Tout était sous contrôle. La grosse hélice était arrêtée.
24:17
Et puis le pilote a dit : « Pour ma part, ça va bien mon affaire. Qu’est-ce que vous en pensez les gars? » On
24:23
Alors on dit : « Allons-y! ». Alors on a continué jusqu’à l’objectif.
24:27
Naturellement la vitesse était réduite.
24:30
Quand on est arrivés là, tout le monde était parti. On était tout seuls au-dessus de l’Allemagne.
24:34
Et c’était bien puisque le viseur de bombes a lâché ses bombes juste sur l’objectif.
24:42
Il a pris une belle photo, et puis là on est revenus bien fiers de notre coup.
24:48
Pas longtemps après ça, le mitrailleur supérieur dit :
24:53
« Skipper, pilote, il y a six avions de chasse ennemis qui s’en viennent sur nous autres. »
24:59
Là on se dit que ça va mal notre affaire.
25:03
Alors le pilote a dit : « Les gars, les mitrailleurs là, calmez-vous.
25:08
Surtout, ne tirez pas les premiers. Attendez qu’ils tirent sur nous d’abord avant de riposter. »
25:16
Alors par pur miracle, les avions de chasse allemands ont fait demi-tour, et sont retournés en Allemagne.
25:23
Puis, on retourne en Angleterre. On arrive à la base avec une heure de retard.
25:27
Mais sur le tableau à la base, on avait été marqués : missing, manquent à l’appel.
25:33
On avait disparu. Nous autres on était ben contents de notre affaire, bien fiers de nous autres.
25:39
On se disait que notre pilote va obtenir une décoration, sûrement, pour la bravoure.
25:44
Alors le lendemain matin, encore une fois, toute l’escadrille se réunit.
25:48
Puis là le commandant était devant nous et a dit :
25:50
« Bon, est-ce que le sergent Beaudoin est dans la foule? »
25:53
Nous, on se dit que c’est la décoration Distinguished Flying Medal.
25:58
Il dit : « Bon, je veux que tout le monde regarde ce bonhomme-là. Hier là, le Flight sergeant
26:03
Beaudoin a perdu un moteur au décollage, puis il a continué jusqu’à l’objectif. »
26:10
Nous autres on attendait. « Sergent Beaudoin, tout ce que je peux vous dire c’est que
26:14
j’admire votre courage, mais vous n’avez pas deux cents d’esprit, d’intelligence. »
26:21
Alors, ça a été sa récompense.
26:24
Ce qui était le pire de tout ça pour nous autres, c’était que dans les six mois précédents,
26:29
sur notre escadrille, deux équipages qui avaient subi
26:36
des dommages en allant à un objectif, mais qui avaient décidé de continuer, de lâcher
26:40
leurs bombes puis de revenir à la maison. Puis immédiatement chaque pilote avait obtenu
26:44
une croix de vol distingué Distinguished Flying Cross. Les pilotes avaient des croix,
26:47
les sous-officiers avaient des médailles. Mon pilote était sergent, puis il faut croire
26:52
que les sergents n’étaient pas aussi intelligents que les officiers…
26:56
Je ne sais pas si j’avais expliqué pourquoi il était devenu sergent.
27:03
Parce que, lorsque l’on obtenait nos ailes, à la fin de la formation d’aviateur,
27:07
soit comme pilote, navigateur ou quoi, on devenait automatiquement sergent.
27:13
Mais si on avait eu de très bons résultats, bien
27:16
là on recevait une commission d’officier – on devenait un Pilot officer.
27:20
Dans son cas, c’était un pilote exceptionnel, même s’il n’avait pas beaucoup d’éducation;
27:23
il ne parlait pas tellement bien l’anglais. Alors son instructeur lui a demandé :
27:29
« How do you feel about going overseas? (comment vous sentez-vous par rapport à partir outre-mer?) »
27:33
Lui, dans son anglais un peu défaillant, il a répondu : « I don’t care! (je m’en fous.) »
27:38
« This man does not care to go overseas! (cet homme n’a pas envie d’aller outre-mer.) »
27:41
Par conséquent, il n’a pas reçu de commission de Sa Majesté.
27:52
J'en reviens pas
27:55
Le pilote est jamais devenu officier, juste parce que
27:58
l'instructeur avait pas compris qu'est ce qu'il disait
28:01
en plus, y'a jamais reçu la médaille qu'il avait mérité.
28:04
C'est tout croche
28:07
Pourtant, c'est ce qui est arrivé.
28:09
Pas tellement surprenant.
28:11
Moi-même, parfois je ne comprends pas ce que les autres pilotes alliés me racontent
28:15
Même les British de la haute société
28:19
Mais on finis par s'entendre, malgré les problèmes de traduction
28:24
Peut-être que c'était plus important de comprendre pourquoi vous vous battiez
28:30
que de comprendre qu'est ce que vous vous disiez
28:35
C'est quand même dommage qu'on n'ait jamais reconnu l’héroïsme de ce pilote.
28:40
Ça arrive plus souvent que tu croirais.
 

Dans le cinquième épisode, des vétérans de l’Aviation royale canadienne et des civils décrivent les tristes réalités de la guerre. Qu’il s’agisse d’expériences terrifiantes qu’ont vécues les aviateurs autant que les civils, de sièges allemands ou de parachutages de vivres par la Royal Air Force et l’Aviation royale canadienne, ces témoignages qui portent à réfléchir redonnent vie à l’histoire de façon captivante et souvent touchante. On y aborde des sujets tels que la famine ayant frappé les civils en Europe, les prisonniers de guerre de l’Aviation royale canadienne, les horreurs des camps de concentration et la joie ressentie le jour de la Victoire en Europe.

Les entrevues figurent en alternance avec des photographies d’archives et des séquences filmées. Les scènes entre le cadet Mathieu et le capitaine Ti-Jean précisent le contexte et renseignent davantage sur le fait d’aller à la guerre.

00:14
Dans le camp de prisonniers, on n’a jamais perdu espoir. J’ai remarqué que les gens
00:18
s’attendent toujours à des jours meilleurs.
01:34
Vers la fin de la guerre, on était à Eindhoven en Hollande.
01:40
On avait un petit poste radio puis on écoutait Arnhem Mary.
01:47
Elle disait : « Il paraît qu’il y a une escadrille canadienne à Eindhoven.
01:53
Ce n’est pas votre guerre, vous devriez retourner chez vous.
01:56
Ça nous attriste de vous savoir là tout seuls;
02:00
on devrait peut-être passer vous souhaiter Joyeux Noël?! »
02:04
On la trouvait bien bonne. On a tous ri.
02:07
Le lendemain matin, à six heures, j’étais en train de me raser,
02:12
il y avait 35 avions allemands au-dessus de nous.
02:17
Moi, je pensais que c’était les nôtres qui décollaient.
02:20
J’ai sorti pour les voir passer. « Ils volent bas » que je me suis dit. « Ils sont
02:26
vraiment bas! Dieu du ciel! Ce n’est pas les nôtres! » Ils ont complètement dévasté
02:32
notre terrain d’aviation. Après leur départ, on était tous sortis.
02:36
Nos avions brûlaient… un des gars, il n’avait pas été touché gravement, mais il avait
02:42
la face pas mal couverte de sang, il me dit :
02:45
« Prends ma photo, je veux l’envoyer à ma femme. »
02:48
Je lui dis : « Viens là près de l’avion, je te prends en photo. »
02:54
Je n’ai jamais subi le feu de l’ennemi, sauf cette journée-là –
02:58
je vous ai montré les photos du mitraillage. J’avais peur.
03:01
J’ai braillé. Je suis tombé et je me suis cogné le menton. Tous les gars me disaient
03:08
de me jeter dans la tranchée. J’ai eu vraiment peur.
03:12
Il fallait que je me dise : « Tu es chanceux. Tu n’as pas de fusil. Tu n’es pas au front
03:18
100 milles par là-bas; tu es 100 milles derrière, ici. Personne ne te tire dessus! Là-bas ils
03:23
se font tuer. Alors ferme-la! »
03:27
J’insiste, j’étais à la guerre, mais je ne faisais pas la guerre.
03:32
Le gars qui était au front, qui avait débarqué et qui tirait
03:35
du fusil, lui il faisait la guerre. Mais j’étais à la guerre… j’ai vieilli.
03:50
J’tais rien qu’un ti-cul quand j’ai fait mon premier vol dans ce Lancaster.
03:57
À c’t heure, c’est comme si j’avais quatre-vingt-quinze ans.
04:02
La guerre, ça fait un homme de toi; y’a pas d’doute.
04:06
Le problème, c’est qu’il y en a qui r’fusent de devenir des hommes.
04:10
Ça finit mal, pour eux, des fois.
04:13
Qu’est-ce que vous voulez dire?
04:16
Les gars d’ton âge, ils pensent qu'ils sont indestructibles,
04:22
ils croient que rien ne peut les atteindre.
04:25
Ils prennent des risques irréfléchis.
04:28
C’est pas comme ça qu’on mérite des médailles?
04:31
Des fois. Mais le plus souvent tu y laisses un bras, un œil, peut-être ta vie.
04:39
Faut être futé. Ça, ça arrive avec l’expérience.
04:45
Dans c’cas-là, on devrait laisser la guerre aux vieux sages?
04:49
Non. C’est des jeunes hommes comme toi qu’on envoie à la guerre.
04:55
P’t’être pas.
04:57
Comment ça p’t’être pas?
04:59
Ben : la deuxième guerre mondiale était à des années lumières de la première,
05:05
les guerres d’aujourd’hui sont très loin des guerres précédentes.
05:09
Bientôt, avec la technologie,
05:12
les humains pourraient plus jamais mettre les pieds sur un champ de bataille.
05:37
J’oublie quelle était notre cible ce soir-là; peut-être Mersebourg, une raffinerie de pétrole
05:43
près de Leipzig. On avait largué nos bombes. On a été descendus environ une demi-heure
05:48
plus tard. Ça s’est passé très rapidement;
05:51
j'ai été chanceux. Au fond, je n’aurais pas dû pouvoir m’en sortir. Je devais sortir
05:56
à l’avant de l’avion, juste après le bombardier et l’ingénieur de vol, mais
06:00
ils n’arrivaient pas à ouvrir la trappe. En me disant que je ne réussirais pas à
06:04
sortir par là, je suis retourné vers l’arrière, je me suis placé derrière le pilote.
06:09
Il y avait un hublot, là devant moi qui a comme explosé. Je me suis relevé, j’ai
06:14
sauté en déployant mon parachute. Tout à coup, je flottais dans l’air à 20 000 pieds.
06:19
Le parachute avait fonctionné parfaitement.
06:23
Je flottais. J’avais d’abord l’impression de monter, mais j’ai bien vu que je descendais.
06:28
J’étais quand même un peu inquiet parce que j’entendais les chasseurs tourbillonner
06:32
tout autour. Je pensais recevoir une rafale, mais peut-être qu’ils avaient autre chose
06:36
à faire. Je suis tombé dans les arbres; ils m’ont capturé.
06:41
Ils m’ont emmené dans une maison de ferme. Le fermier était gentil.
06:48
Heureusement, il parlait anglais.
06:51
C’était un bonhomme avec qui on aurait aimé jaser.
06:56
J’ai voulu lui remettre ma montre et mes papiers parce que
06:59
je ne voulais pas que ça tombe entre les mains des Allemands.
07:02
Il m’a dit : « Pas question. Si je les prenais et que la Gestapo
07:07
arrivait et trouvait ces choses sur ma personne, ils me tueraient sans poser de questions. »
07:12
Il avait très peur de la Gestapo, très peur.
07:16
Il a été très gentil pour moi. « Ce qu’il te faut, c’est un coup de schnaps! »
07:20
« Ah oui? » « Ya! »
07:23
Il est allé chercher la bouteille de schnaps. Il m’en a donné un verre.
07:27
Je n’avais jamais bu de schnaps. J’en ai pris une gorgée.
07:30
« Oh… c’est bien trop fort! » « Non! »
07:33
Il a repris le verre et l’a bu lui-même. (sourire)
07:37
Le lendemain matin, le bourgmestre est venu; ils m’ont emmené à la prison.
07:41
Mais pas avant de m’avoir emmené voir le site où l’avion s’était écrasé.
07:45
Ils m’ont dit que les autres étaient morts.
07:48
Les six gars étaient morts.
07:51
Deux gardes m’ont accompagné à la station de chemin de fer à Francfort avant de me
07:55
transférer au centre d’interrogations du Dulag Luft.
08:00
À la gare du chemin de fer, il y a eu une attaque aérienne.
08:04
Évidemment tout le monde se précipitait vers l’abri antiaérien.
08:08
Il fallait descendre des marches pour y accéder. On descendait parmi les autres
08:12
gens qui me voyaient. Mais je voyais bien à leur expression qu’ils n’étaient pas
08:16
trop contents de me voir là. J’étais la figure de la terreur.
08:20
Plusieurs d’entre eux avaient déjà subi des bombardements,
08:23
perdu de la parenté; sûrement qu’ils ne raffolaient pas de me voir là.
08:27
Alors mes deux gardes m’ont adossé dans un coin et
08:30
se sont postés devant moi pour que les gens ne puissent pas m’apercevoir en descendant.
08:35
On est sortis de là sans incident. Quand l’attaque fut terminée, on est montés
08:39
à bord d’un petit train en direction de Francfort; le centre d’interrogation se
08:43
trouvait tout proche.
08:47
Un des jeunes officiers allemands qui parlait très bien l’anglais s’est un peu énervé.
08:52
Il m’a menacé. Mais la Convention de Genève stipulait que tout ce que je devais leur donner
08:58
c’était mon nom, mon grade et mon numéro. C’est tout ce que je leur ai donné.
09:04
Ce qu’il disait me laissait entendre qu’il en savait plus long sur notre escadrille que
09:09
j’en savais peut-être moi-même. La nourriture était dégueulasse.
09:14
Mais il faut se rappeler qu’à cette époque,
09:16
l’Allemagne n’avait plus rien à manger. La population
09:19
civile était affamée elle aussi. Alors, il ne fallait pas s’attendre à trop de
09:25
choses de ce côté-là. Quand on a vraiment faim, on mange n’importe quoi
09:30
Je me souviens, une fois, on était en marche forcée. On arrive dans une ferme;
09:35
il y avait une auge, puis les cochons mangeaient.
09:39
J’ai regardé ça, j’en ai ramassé un morceau, ça avait l’air bon.
09:44
Je l'ai mangé; ce n’était pas mauvais! (Rire)
09:47
Bien sûr, de nature, je suis plutôt du genre à voir les choses du bon côté, à voir
09:53
le côté cocasse des choses. C’est peut-être ça qui m’a permis de survivre à la guerre.
09:58
Je ne sais pas!
10:03
J’compends pas. Comment peut-on rester positif en pleine guerre?
10:09
J’vais tenter de te l’expliquer
10:14
La guerre c'est une suite de situations infernales. Quand survient un geste d’humanité
10:21
de la part d’un collègue, d’un civil, ou même de la part d’un ennemi,
10:26
ça nous rappelle qu’on est tous humains, qu’on est tous capables de compassion.
10:33
C’est positif ça, tu trouves pas?
10:36
Moi, j’pense que la chose la plus positive
10:40
ce serait de cesser de s’entre-tuer.
10:43
Difficile en pleine guerre.
11:05
Je dirais qu’on a commencé à se sentir
11:07
coincés vers la troisième année de la guerre.
11:14
À la soupe populaire, ils servaient une espèce
11:18
de soupe faite de patates pourries. Oui!
11:25
Dans la farine de blé, au bout d’un an ou deux, il y a des vers.
11:33
C’est avec ça qu’ils faisaient de la bouillie.
11:37
J’avais un poisson-rouge. J’étais assis à la table de la cuisine.
11:43
Nous les enfants on mangeait n’importe quoi.
11:48
Les Allemand s’étaient installés sur les ponts pour empêcher les gens d’aller chez les fermiers.
11:55
Ils les laissaient partir, mais quand les gens revenaient, leurs bicyclettes
12:00
chargées de lait, de patates et tout…
12:07
les Allemands les arrêtaient sur le pont.
12:14
Ils prenaient les vivres et les jetaient par-dessus bord dans l’eau, pendant que les gens étaient affamés.
12:22
Oui… ça c’était méchant. Ma mère pesait environ 230 livres au début
12:27
de la guerre; quand la guerre a fini, elle pesait seulement 98 livres.
12:32
Encore une semaine ou deux, elle ne s’en sortait pas.
12:41
C’qu’on fait endurer aux autres en temps de guerre, c’t’écoeurant.
12:45
Entretenir la famine chez des gens qui n’en ont rien à cirer de c’te guerre
12:51
c’est d’la cruauté.
12:52
Oui, c’est cruel.
12:56
Des choses horribles se produisent à la guerre.
12:59
S’ils nous bombardent, on les bombarde, ils coulent nos bateaux,
13:03
on coule les leurs, ils tuent nos soldats, on réplique de même. Ils abattent nos avions,
13:08
On descend leurs avions.
13:10
Ça va. J’ai compris.
13:13
C’est un cercle vicieux, mon Cadet.
13:16
On tourne en rond, pi ça arrête jamais.
13:37
Après la guerre, on a fait quelque chose dont je suis encore très fier.
13:41
Ça me fait plaisir d’y penser. Les Hollandais étaient
13:44
affamés, alors on leur a largué de la nourriture de nos avions.
13:52
Les Allemands nous avaient dit qu’ils n’enverraient pas de chasseurs; ils nous ont permis d’apporter
13:57
de la nourriture. En survolant Rotterdam, on voyait des centaines de personnes alignées;
14:06
elles nous envoyaient la main. On a largué les vivres et on est repartis en faisant balancer
14:12
les ailes de l’avion pour les saluer.
14:15
Je pense que les gens au sol ont aimé ça.
14:21
Les gens ont compris en un rien de temps. Ils se mettaient sur le toit des grands édifices
14:29
et nous saluaient. Ce qui est bien, vous savez, si vous regardez
14:36
le Lancaster, l’avion, dans la queue, vous voyez ces mitrailleuses. Vous savez, un mitrailleur
14:44
saluait les gens (émotif) avec ses mitrailleuses.
14:54
Les Hollandais étaient des gens merveilleux. Nous on portait nos bérets et l’uniforme.
14:59
Ils nous reconnaissaient. Bien, en nous apercevant, les Hollandais venaient nous embrasser, comme ça.
15:07
Rien qu’a y pensant, ça me fait pleurer.
15:13
Dans les restaurants, souvent, ils refusaient de se faire payer.
15:19
Des gens extraordinaires, ils aimaient vraiment beaucoup les Canadiens.
15:29
Donc, même en temps de guerre,
15:32
les ennemis jurés peuvent se faire du bien, peuvent agir correctement?
15:36
Oui, mais, d’habitude, il y a un prix à payer.
15:39
Mais ça devrait pas être comme ça.
15:41
Agir correctement, sans obligations
15:43
devrait comporter aucune obligation.
15:46
Arrive en ville, mon cadet. Il y a toujours un prix à payer dans ce bas monde.
16:10
J’ai reçu une lettre de ma mère :
16:13
« Tout va bien, sauf que ton père et mon plus jeune frère ont disparu ».
16:19
Plus tard, j’ai découvert
16:21
qu’ils avaient été tués au camp de concentration d’Auschwitz.
16:29
On est arrivés à un endroit qui s’appelait Belsen, un camp de concentration allemand qui venait d'être libéré.
16:37
On est entrés, dans la mesure où c’était permis.
16:43
Il y avait du typhus dans le camp.
16:47
Pour assurer notre sécurité, ils nous ont vaporisés avec une poudre blanche, partout :
16:54
dans nos vêtements, dans nos cheveux, partout. C’était du DDT!
17:04
Ce qu’on a vu dans ce camp était très traumatisant.
17:11
Les gens, surtout des détenus juifs, étaient maigres, maigres.
17:18
Ils mouraient. On en voyait qui tombaient morts comme ça, en marchant.
17:25
On a vu ce qui s’était passé là.
17:28
Je ne l’ai jamais oublié. Jamais!
17:31
Je haïssais les Allemands; je les haïssais intensément.
17:39
Je ne savais pas ce qui s’était passé, vraiment! Je n’avais jamais vu des gens
17:45
agir aussi méchamment. Mais j’ai bien été obligée de me rendre compte que c’était la vérité.
17:53
Ils nous ont montré des photos : c’était terrible.
17:59
Ça n’aurait jamais dû se produire.
18:01
Je ne comprends toujours pas qui a pu faire ça.
18:05
C’est horrible, horrible!
18:11
Quand je suis rentré au pays, ma fille était
18:14
en train de tracer notre arbre généalogique. Qu’est-ce qu’elle a découvert?
18:20
Elle a découvert que j’étais plus Allemand qu’Anglais ou Écossais ou Français.
18:31
Quelle farce! (Rire ironique)
18:36
Si tous les humains sont faits de
18:38
la même étoffe, comment se fait-il qu’on ait si peu de respect pour la vie.
18:44
Comment peut-on envoyer des gens dans une chambre à gaz?
18:48
Qu’est-ce que ça va prendre avant que ça change?
18:50
Mathieu, moi, j’suis rien qu’un pion dans c’te guerre.
18:54
Qu’est-ce que ça va prendre? Un miracle?
19:17
On célébrait. Ce soir-là, tout le monde était heureux.
19:23
Les civils se réjouissaient à l’idée que le rationnement serait fini
19:28
et qu’ils pourraient enfin recommencer à vivre. L’excitation était à son comble!
19:35
Ici au pays, les gens étaient contents aussi. À Montréal, les gens étaient fous de joie,
19:42
les églises étaient remplies.
19:45
Pour nous, ça signifiait surtout la fin de notre exil, si vous voulez.
19:57
À notre base à Gander, je ne me souviens
20:02
pas d’avoir même su que la guerre était finie. Il n’y a certainement pas eu une
20:07
grande célébration. Les quarts de travail continuaient comme avant :
20:14
les avions arrivaient et décollaient.
20:19
Les gens d’Ottawa se sont tous rassemblés au centre-ville
20:23
pour fêter la fin de la guerre.
20:27
Il y avait des gens partout. Les gars en uniforme buvaient de la bière,
20:34
les femmes embrassaient les gars en uniforme; ce genre de folleries.
20:40
Bien sûr les tavernes étaient pleines. Ça a duré toute la nuit.
20:46
Le lendemain, il y a eu beaucoup de gueules de bois.
20:55
Je me retrouve toute seule dans une hutte Nissen le jour de la Victoire.
21:01
Je m’en souviens encore aujourd’hui.
21:06
Je trouvais que je faisais bien pitié toute seule dans mon bâtiment avec personne.
21:13
Je suis allée me coucher. (Rire)
21:16
Pour moi, on célèbre encore. Ça dansait beaucoup. La danse dans la rue, partout.
21:22
En fait, ça a duré deux semaines – avec les orchestres et les soldats canadiens dans
21:26
les places publiques. Oui… ça s’est prolongé pas mal longtemps.
21:32
Je me rappelle seulement qu’on ne volait plus. Plus de vols.
21:35
Pis là : qu’est-ce qu’on fait? Tu parles d’une affaire!

Plans d’activité éducatifs : épisode 5

L’humanité pendant la guerre

Dans ce dernier épisode, des vétérans expliquent ce qu’était leur vie après la guerre. De plus, le cadet Mathieu et le capitaine Ti-Jean discutent des conséquences de la guerre. Les étudiants participants parlent également de ce que représente le projet Échos pour eux. Ils disent avoir mieux compris, grâce aux entrevues réalisées auprès de vétérans de l’Aviation royale canadienne, les réalités de la guerre dans les airs et ses conséquences au sol, ici, en Europe et en Asie. À mesure qu’ils filmaient et montaient les séquences pour produire les six épisodes du projet Échos, les étudiants comprenaient davantage les souffrances et les accomplissements de ces hommes et de ces femmes. Ils sont fiers d’avoir pu établir des liens avec la « plus grande génération ».

00:13
Tu es jeune; tu as 20 ou 21 ans. Tu viens de sortir des jupons de ta mère qui t’a
00:20
toujours dit ce qu’il fallait faire : quand te moucher, quand… peu importe.
00:26
Là tu te fais dire quoi faire par des caporaux,
00:30
des sergents et tout le reste.
00:33
Tu es dans l’armée : on te dit quoi faire partout, tout le temps. Là, la guerre est finie.
00:38
Il n’y a plus personne pour te dire ce qu’il faut faire.
00:42
Qu’est-ce que tu fais?
02:01
Là, je suis en beau maudit : je pensais que
02:07
mon tour était arrivé parce qu’un numéro plus haut que le mien avait été appelé.
02:11
Je suis allé voir le sergent :
02:15
« Ils n’ont pas appelé mon numéro. » il a dit « Puis après? »
02:19
J'ai dit « Pouvez-vous me dire ce qui se passe? » « C’est quoi ton numéro? » « R266054 »
02:25
Il regarde sa feuille.
02:28
« Ton numéro n’est pas là. »
02:30
Je lui ai dit « Bien, c’est quand mon tour? »
02:33
« Aucune idée. On va t’appeler. » Un point c’est tout! Personne savait quand
02:38
c‘était ton tour de rentrer. Finalement, j’ai appris que je ne rentrerais
02:44
probablement pas avant le printemps. J’ai passé une bonne partie de l’année sur
02:49
le continent, au quartier général, en attendant de rentrer.
02:55
La guerre était finie. J’étais impatient.
02:59
Tout le monde était impatient. Au fond, la question était de savoir :
03:04
« Là, qu’est-ce qu’on fait? »
03:11
Le commandant voulait garder le contrôle
03:13
sur nous (rire) pour empêcher les débordements quand on faisait la fête. Il a organisé
03:19
des journées sportives. Ça nous a tenus occupés. Bonne idée!
03:28
Quand la guerre s’est achevée en Europe, on était des milliers en Angleterre.
03:34
Puis, ils ne savaient pas quoi faire de nous. Ils ont créé des unités d’attente.
03:41
J’étais là depuis deux semaines quand on m’a dit que j’étais le nouvel électricien
03:45
du côté court pour le spectacle de l’Aviation royale du Canada qui était
03:51
en tournée européenne.
03:54
Les six meilleurs mois de ma carrière.
04:00
On se sentait important. Tout le monde savait qu’il y avait un spectacle en ville et qu’il
04:08
y aurait une représentation le soir même.
04:15
C’était un spectacle de variétés qui s’ouvrait avec notre numéro :
04:19
de la claquette avec des costumes de cowboys, de cowgirls.
04:25
On faisait d’autres danses aussi. Dans notre numéro d’ouverture, on portait
04:30
des costumes qui brillaient dans le noir. Il y avait des couvre-feux. Le premier spectacle
04:36
s’appelait Couvre-feux, le deuxième Fin d’alerte. Quelqu’un criait : « Fin d’alerte ».
04:44
Le rideau se levait et on se trouvait en combiné de dentelle avec des bas noirs.
04:48
Les sifflements, les cris, les beuglements étaient si forts qu’on n’entendait pas
04:54
la musique. Alors, ils ont modifié les costumes.
05:00
C’était le meilleur temps, j'échangerais pas ce temps pour rien au monde
05:05
On nous traitait tellement bien. On entendait parler de filles dont les
05:09
parents refusaient qu’elles joignent les forces armées de peur de la mauvaise conduite,
05:14
des frasques des soldats, mais pas du tout.
05:25
Y a pas d’hélices?
05:27
Non, y'a pas d'hélices, c’est un avion à réaction, un jet.
05:34
Hmm. J’savais qu’on faisait des essais vers la fin de la guerre.
05:39
Un avion sans hélices, on aura tout vu.
05:43
T'as rien vu Capitaine! Bientôt y va avoir des avions sans pilotes!
05:49
Ça, ça s’peut pas!
05:52
Ça fait du bien d’être de retour à la maison Ti-Jean?
05:57
C'est pas été facile d'attendre, pis d'attendre, pis d'attendre encore.
06:04
Laisse-moi t’dire. J’en ai piqué plus souvent qu’à mon tour.
06:08
Piqué???
06:09
Piqué des sommes. J’te dis, Mathieu, j’étais prêt à rassembler mon équipage
06:15
pi de m'envoler vers le Canada dans un bon vieux Lancaster s’ils m’avaient pas libéré.
06:20
Plus capable d’attendre?
06:22
Pu capabl’.J’avais tellement hâte de r’trouver ma blonde, ma père, ma mère i
06:27
mes frères et sœurs. …
06:31
Pourtant,
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Pourtant??
06:36
J’pense que j’vas m’ennuyer …
06:40
Ton équipage, qui va te manquer?
06:42
Mes «chums» bien sûr, mais j’pense que vais m’ennuyer d’me battre;
06:49
frôler la mort, ça va m’manquer.
06:52
Oui mais maintenant, vous avez une nouvelle vie qui vous attend.
07:01
C’est ça qui m’inquiète, Mathieu.
07:06
Ça m’semble plus effrayant que c’que j’viens de vivre.
07:09
Pis, j’me d’mande pourquoi?
07:28
On était contents de revenir au pays.
07:30
Puis, le lendemain, on a pris le train pour Montréal; on est arrivés à la gare centrale à Montréal.
07:36
Puis là, la famille m’attendait : ma mère, mon père, mes sœurs; c’est moi qui revenais à la maison.
07:43
Ah mon Dieu, la joie! Vraiment c’était un moment qu’on n’oubliera jamais!
07:51
Rentrer à la maison, c’était agréable.
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Un peu décevant quand même parce que l’excitation retombait : la guerre était finie. (rire)
07:59
Quand on est arrivé au Canada, en Nouvelle-Écosse, il y avait une fanfare et tout plein de gens.
08:05
Puis il y avait un train juste à côté avec un chef de cabine pour chaque section, une
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une vingtaine de gars par section. Chacun avait son siège.
08:21
Quand on avait traversé, il y avait trois gars dans chaque siège!
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Puis on n’avait pas de journaux. Mais là :
08:30
« Tu viens d’où? De Toronto? Tiens, un journal de Toronto! »
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Puis quand est venu le moment de se coucher,
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les sièges se retournaient pour se transformer en lits pour nous.
08:48
Le chef de cabine nous disait : « Allez faire un tour au bout de la cabine, vous pouvez
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fumer; il y a de la bière aussi. Pendant ce temps-là, je vais préparer vos lits. »
08:55
« On est capables de faire nos lits. » « Non, non, c’est à moi de le faire. »
08:58
C’était un homme plus âgé. Il a préparé nos lits. À la fin, il nous dit : « Je veux que vous
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laissiez vos souliers ici pour que je puisse les polir pour vous. »
09:06
« Bien voyons, personne ne polit nos souliers! »
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« S’il vous plaît, laissez-les. Regardez-moi bien. Moi, je ne
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suis pas allé à la guerre, mais je tiens à faire quelque chose pour vous! » Ça me
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fait pleurer quand j’entends ça.
09:20
En tout cas, le train avait un wagon particulier pour les repas.
09:24
Du jamais vu pour nous.
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« Qu’est-ce que vous voulez? Trois œufs? Quatre? Six? Quelle cuisson? »
09:33
Le cuisinier intervenait : « Il les veut tournés mais pas trop cuits.
09:38
Puis le bacon, combien vous en voulez? Vous le voulez cuit comment? » Puis les toasts!
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Ah! Ils savaient vraiment comment… On avait les larmes qui nous coulaient sur les joues.
09:53
« Mon Dieu, ça ne se peut pas! » Pourtant c’était vrai. La guerre était finie.
10:00
On était chez nous. On se disait wow. On n’avait jamais eu ni
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de lait, ni de beurre, ni de confitures, rien de tout ça.
10:07
Alors, le retour à la maison était tout simplement… On était chez nous. On le savait.
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Mon retour à la maison a été intéressant : d'Ottawa j’avais téléphoné à ma mère
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Je lui ai dit « Je pense bien pouvoir me rendre à Owen Sound par le train d’Alfred » celui qui
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partait de Toronto. À l’heure prévue, bien sûr, tout le village était là pour m’accueillir.
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Mais pour une raison quelconque, je n’avais pas pu monter, et je n’avais
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pas téléphoné. Mais, à Toronto, j’ai « fait du pouce» et je suis arrivé le lendemain.
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Chez nous, il y avait un petit chemin de campagne qui menait à la maison.
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Le chauffeur m’a débarqué là.
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Maman était là sur le porche; elle m’attendait. C’était sublime.
11:19
Comment ça va? Vous r’prenez le p’tit train-train de la vie domestique?
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Tout l’monde a été parfait. Des claques dans l’dos, des défilés pour
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ceux qui avaient combattu, d’la boisson gratis, tout ça.
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Mais là, la vie ordinaire reprend son cours.
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Pour certains anciens combattants, leur vie
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est toute tracée : ils reçoivent de l’aide du gouvernement pis toute.
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Mais .... à vrai dire, Mathieu,
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Moi, j’me sens comme dans d’la soupe. Comme si je traversais
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J’me sens comme si je traversais un brouillard épais.
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La tranquilité m’énerve. J’suis
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Les bruits soudains me font sauter.
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J'suis comme toujours aux aguets. J’dors pas bien.
12:33
Ce que je veux, c'est me r’trouver là-bas, pour cesser d'y penser continuellement.
12:45
Moi, j’suis un pilote, un bon pilote;
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pis tout c’que j’veux c’est de piloter, être en mission.
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Les missions, c’est tout c’que vous faisiez; plus maintenant. …
13:00
Vous pourriez avoir le syndrome.
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Quel syndrome?
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Le syndrome du stress post-traumatique.
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Aie, ça va faire les mots à cinq piastre. En français, s’il vous plaît?
13:13
Le syndrome de stress post-traumatique,
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c’est un trouble mental qui affecte certains anciens combattants.
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Non, non. J’suis pas un sauté!
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C’est pas c’que j’dis, mon capitaine. Y a des traitements.
13:33
Ça suffit! J’suis correct! Tout va bien!
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J’ai pu envie d'en parler. Pi toi t’en parles à personne; tu comprends-tu?
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J’ai étudié le droit. Mais après un certain
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temps, je n’arrivais pas à me brancher. J’avais l’esprit ailleurs. J’ai quitté
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l’école; j’ai travaillé. J’ai eu un emploi à la Croix bleue, qui est devenu l’Assurance
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santé de l’Ontario. C’est là que j’ai fait ma carrière.
14:24
Je suis retourné à l’université. L’armée nous a soutenus, ma femme et moi, jusqu’à
14:30
ce que je sois diplômé. À Montréal, je suis entré dans le grand bureau de recrutement
14:35
de Bell. Je me suis adressé à la jeune femme qui était là.
14:40
« J’avais pensé poser ma candidature ici. »
14:43
« Quelles sont vos qualifications? »
14:45
« Je viens d’obtenir mon diplôme de l’Université McGill;
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auparavant j’étais dans l’aviation, dans le radar. »
14:53
« Est-ce que ça à voir avec le sans-fil? » « C’est entièrement sans fil. »
14:58
« On cherche justement des diplômés universitaires qui ont de l’expérience dans la radio,
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le sans-fil. Pourriez-vous attendre un moment? »
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Elle est partie chercher son patron qui m’a amené voir le patron du département où ils voulaient que je travaille.
15:13
« Pourriez-vous commencer demain? »
15:14
« Euh, peut-être la semaine prochaine? »
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Alors j’ai commencé le lundi suivant.
15:18
Et 36 ans plus tard : « Merci radar de m’avoir ouvert la porte. »
15:26
J’ai donné des cours de Morse aux scouts, au moment où les femmes ne pouvaient pas
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faire partie d’une troupe.
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Mais parce que les scouts devaient apprendre le Morse, on m’a permis d’être dans la troupe.
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Je suis rentré chez moi; je suis allé à l’université,
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j’ai été diplômé en génie civil, puis j’ai tout de suite commencé à travailler.
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J’avais pensé me rendre à l’ACDI pour
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leur demander s’ils ne pouvaient pas m’offrir quelque chose.
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Le jour même où j’avais prévu y aller, je reçois un téléphone du général qui me demande :
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« Aimerais-tu aller en Birmanie? »
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J’y ai pensé longtemps, une seconde, puis j’ai dit : « Oui!»
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Je suis entré chez de Havilland en 1953, je crois.
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J'ai resté là jusqu’au moment où j’ai joint Ken Molson, le conservateur du Musée national de l’aviation.
16:47
Une époque merveilleuse où je me suis rendu compte
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que c’était ça que je voulais faire :
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aider à conserver les avions et, dans mes temps libres,
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peindre des scènes d’aviation à caractère historique.
17:07
Tsé pas quoi? J’ai r’pris les commandes d’un avion.
17:11
Ah ouais? Où ça? Comment?
17:15
Je pilote un avion de brousse pour un camp d’chasse et pêche.
17:19
En plein dans mes cordes. C’t extraordinaire!
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Bravo Ti-Jean.
17:24
Bravo certain. J’emmène des grosses poches dans l’Nord pour qu’ils tirent
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leur ours ou leur orignal qu’ils vont faire empailler pour le manteau de leur cheminée
17:32
et qu’ils s’en vantent à leurs «chums» en buvant du whiskey avec un cigare.
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Un peu dégueu.
17:38
Dégueu? Quoi Dégueu?
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Les têtes d’animal empaillées.
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Faut pas juger. Moi, j’suis juste heureux
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d’avoir trouvé une façon d’m’en sortir. Y en a plein qui ont rien trouvé :
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des héros, j’te dis, des médailles partout.
18:00
Oubliés.
18:19
Au début de la guerre, j’étais un petit gars d’école, en 9e année; puis à la
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fin de la guerre, j’étais un lieutenant d’aviation. Un vrai monsieur, un grand garçon,
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même si j’avais rien que 20 ans. Je regardais autour de moi, puis je me trouvais
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bien intelligent… puis bien chanceux.
18:44
J’avais vu Londres, Paris, Alger. Tout ça.
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J’étais pas mal imbu de moi-même quand je suis revenu. Je parlais facilement de ce
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que j’avais vu. Mais je n’aime pas parler de la guerre comme telle, des tueries.
19:01
C’était notre travail, on l’a fait. On n’avait rien à redire.
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Mais l’autre aspect, la partie où l’on s’est amusés,
19:13
là j’en ai parlé à qui voulait l’entendre.
19:25
Avec le temps, les gens oublieront. Dans les années 20, après la Première Guerre mondiale,
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les gens l’ont oubliée. Ici, on a tendance à ne pas se rappeler la dernière guerre.
19:37
En plus, les choses vont tellement plus vite maintenant qu’il y a 20 ans ou 40 ans; les
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les gens sont plus occupés à faire autre chose.
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« L’histoire, c’est il y a 30 secondes. » C’est vrai.
19:57
Mais moi, je veux que les gens se rappellent
20:00
l’aspect historique de leurs actions et des actions des autres.
20:04
C’est important de conserver ça.
20:13
À bien y penser, les Allemands sont humains eux aussi.
20:19
Ce n’est pas le peuple allemand qui a lancé la guerre, c’est ses dirigeants
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qui s’imaginaient pouvoir prendre une plus grande place dans le monde.
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Mais aujourd’hui, quand on en rencontre, ils sont comme nous.
20:44
Je travaille avec des allemands au centre des ainés.
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Ce sont des personnes formidables.
20:56
Maintenant qu’vous êtes r’venu pi qu’vous travaillez,
21:00
qu’est-ce qui vous manque le plus?
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Les gars. Mon équipage. Le reste s’estompe graduellement;
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mais moi pi mes «chums», …
21:11
des fois on l’a échappé belle, mais on a eu du bon temps.
21:16
On essaie de rester en contact, mais moi, j’habite dans l’Nord, eux sont éparpillés partout
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dans le pays. C’est pas pareil.
21:24
Ça s’ra jamais pareil, probablement.
21:27
Probablement pas. Vaut mieux juste tourner la page pis passer à autre chose ….
21:31
Quelque chose à partager?
21:35
C’est pas moi qui décide.
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Mais, qui s’rait mieux qu’un ancien combattant
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pour nous expliquer pourquoi on devrait pas faire la guerre?
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Penses-tu qu’ils m’écouteraient?
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En fin de compte, la guerre ne solutionne rien du tout. Il y plein de monde tués, ou estropiés,
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dont la vie est en ruines. Je crois qu’on devrait mettre l’accent sur la paix.
22:21
La guerre, c’est mal; c’est ça que devrait être notre philosophie. Sans doute, il a
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fallu faire cette dernière guerre parce que Hitler et Mussolini étaient sur le point
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de conquérir toute la terre. Il devrait pourtant y avoir un moment où on peut tout arrêter
22:40
avant que ça dérape. Je ne sais pas quand
22:44
Aimons-nous! Voilà ce que je pense.
22:48
C’est la solution. L’amour vient à bout de tout.
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D’un point de vue pratique, c’est impossible; alors je ne crois pas que ça va se produire.
23:06
On a des différends, mais si on pouvait seulement voir les choses du point de vue des autres,
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on s’éviterait beaucoup de conflits et de misères.
23:26
C’est très lourd de toujours se croire la seule personne qui ait raison. Écoutez
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Écoutez d’abord, puis jugez ensuite si vous avez raison ou si l’autre personne possède également
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un tout petit peu de savoir.
24:02
Ce serait bien si le monde devenait pacifique,
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si les gens s’accordaient entre eux plutôt que de se battre les uns contre les autres.
24:12
Se battre pour la paix. Voilà. La guerre, c’est terrible!
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Je l’ai déjà dit, pendant la guerre, on a perdu des milliers de gars,
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des millions de gars si on les compte tous.
24:26
C’est terrible. Et je ferais tout ce que je peux pour la prévenir.
24:36
Quand quelqu’un veut conquérir les autres, tu peux tenter de négocier.
24:42
Tu peux faire des menaces, mais si l’agresseur ne recule pas,
24:48
c’est à toi de l’arrêter. Tu devrais te tenir prêt
24:53
et tu ne devrais jamais ne pas être prêt.
24:59
Maintenir ton armée, ton aviation et ta marine.
25:07
C’est tout ce que je dis. Il faut être en mesure de riposter.
25:12
Il faut pouvoir riposter.
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Après la guerre, je me disais : « Je vais vivre heureux jusqu’à la fin de mes jours! »
25:26
comme dans les contes. J’avais vécu
25:29
une guerre, c’était terrible etcetera, etcetera. toujours
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Mais c’est terminé, et pourtant, on a toujours
25:36
connu la guerre depuis ce moment-là. Je déteste ça!
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T’sais, Mathieu, l’expérience nous apprend plein d’choses.
25:53
J’souhaite seulement que les générations à v’nir vont voir c’qu’on a fait,
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qu'ils voient nos sacrifices et nos réussites,
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pis qu’ils en tirent quelque chose, une leçon.
26:03
Sinon, ç’aura été pour rien; pi ça, ce s’rait ben dommage.
26:10
Vous en faites pas, Ti-Jean. J’pense vraiment qu’ils ont compris la leçon.
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Ah oui? C’t’une bonne chose, alors.
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Moi, aux vétérans de la Deuxième Guerre mondiale, je dirais : « Vous êtes extraordinaires! »
26:54
La plupart étaient des jeunes du secondaire, n’avaient que 17 ou 19 ans quand ils sont partis. Être capable de dire
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adieu à sa famille, de partir avec son bagage, d’aller à la guerre pour défendre son
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pays, moi, j’trouve ça vraiment cool. Parce que, de nos jours, bien des gens n’arrivent pas
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à se défendre eux-mêmes, encore moins défendre leur pays.
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Eux, ont réussi à faire ça. Ils sont morts au combat ou ils ont survécu et c’est extraordinaire
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qu’ils aient ces histoires à raconter.
27:24
Les vétérans rendent la Deuxième Guerre
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mondiale plus authentique, plus proche des gens.
27:32
Ce sont des pilotes qui ont vu une porte de Lancaster s’ouvrir au-dessus d’eux, puis
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ils vont recevoir 30 bombes sur eux s’ils ne font rien, ou quelqu’un qui se fait tirer
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puis qui saute en parachute pour essayer de survivre alors que le reste de son équipage meurt.
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C’est intense ce qui s’est passé pendant
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la Deuxième Guerre mondiale. Je trouve que je suis plus attaché maintenant.
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En écoutant l’entrevue de M. Gélineau… j’ai l’impression de le connaître. Je
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ne l’ai jamais rencontré, mais j’ai l’impression de le connaître. C’est plutôt extraordinaire.
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Ces gars et ces filles ont de bonnes histoires à raconter, qui doivent être racontées et conservées.
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Ce serait vraiment dommage si elles se perdaient.
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Je trouve ça fascinant d’entendre leurs histoires. Au cinéma ou dans un livre c’est
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une chose, mais d’entendre ces histoires racontées par ceux qui les ont vécues, c’est vraiment autre chose.
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C’est uniquement des entrevues de vétérans.
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Ce n’est pas un monsieur qui raconte des faits qu’il a trouvés dans un livre.
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C’est du monde qui l’ont vécu, c’est du vrai, c’est honnête.
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Quand ils parlent, c’est encore l’émotion derrière leurs voix et leurs yeux.
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C'est vraiment leurs vies. Il est important pour les jeunes générations
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Il est important pour les jeunes générations de ne jamais oublier
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ce qu’ont fait les générations précédentes pour nous, sinon
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on ne serait pas là. C’est également important de savoir que la guerre, ce n’est pas une
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bonne chose. J’espère que ça n’arrivera plus jamais.
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Entendre ces histoires de la bouche de ceux qui les ont vécues, ça fesse fort et ça
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rend les faits intéressants.
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Je me souviens quand j’étais au secondaire,
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j’apprenais les dates, les lieux; j’étudiais en vue de l’examen, et puis c’est tout!
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Mais de pouvoir écouter ce que ces gens ont à dire, tu t’attaches à eux.
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Au fond même si c’étaient seulement des pilotes de chasse
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ou des infirmières ou des navigateurs, chacun a
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joué un rôle important dans notre histoire.
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De pouvoir d’établir une connexion affective avec la personne
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qui raconte l’histoire aux générations futures, c’est vraiment cool.
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Moi, je suis vraiment reconnaissante de leur présence.
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Le fait que c’est deux générations qui sont complètement à l’opposé. Il y a
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une génération que leur enfance c’était des bombardements « envoye let’s go, on
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s’en va en guerre »; l’autre génération c’est « j’ai mon iPhone, j’ai tout
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au bout des doigts ». Je pense qu’on a beaucoup à apprendre de ces gars-là et de ces femmes-là.
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Il faut prendre le temps de donner une voix aux vétérans.
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Il ne faut pas les oublier. Il ne faut pas laisser de côté ce qu’ils ont à nous dire.
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Il y a beaucoup de vétérans qui veulent nous léguer leur savoir, surtout qu’on
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commence à en perdre de plus en plus, c’est un peu notre dernière chance de raconter
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leur histoire. Notre jeunesse doit comprendre le passé pour
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mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui.
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Simplement de savoir ce qu’ont fait ces soldats et
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de connaître les causes de cette guerre, ça instruirait les jeunes sur les
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raisons de l’éviter à l’avenir.
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On devrait toujours se rappeler l’histoire et ne jamais l’oublier.
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Ils étaient jeunes, jeunes comme nous.
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Ils ont servi, donnant généreusement d'eux-mêmes.
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Nous leur promettons, en dépit du temps qui
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passe, de porter le flambeau et de ne jamais oublier.
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Nous nous souviendrons d'eux.
 

La série documentaire Échos – créée par des étudiants en cinéma canadiens et le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada – présente de puissants témoignages de la Deuxième Guerre mondiale du point de vue de l’aviation. Les six épisodes de la série Échos comptent les récits captivants d’anciens combattants canadiens – hommes et femmes ayant servi dans l’Aviation royale canadienne, la Royal Air Force, la Women’s Auxiliairy Air Force et la force aérienne polonaise, ainsi que d’anciens civils européens. La série documentaire Échos jette un pont entre les générations, anciens combattants et jeunes, en donnant vie à des récits qui font l’histoire du pays.

00:00
non
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m
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[Musique]
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et puis à la fin du coup mon père qui
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venait de revenir d'angleterre à ce
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moment là et comme capitaine dans
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l'armée
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il était là pour me régler au nail sur
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ma tunique avec un peu trop
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d'enthousiasmé il va rentrer les singles
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à travers mais tonique et puis dans la
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poitrine puis j'ai pas bronché et puis
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mes chefs des matches
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ça s'est passé très rapidement j'ai été
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chanceux au fond j'aurais pas dû pouvoir
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m'en sortir je devais sortir à l'avant
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de l'avion juste après le bombardier et
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l'ingénieur de vol mais il n'arrivait
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pas à ouvrir la trappe en me disant que
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j'ai eus serait pas sortir par là je
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suis retourné vers l'arrière il y avait
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du boulot là devant moi comme explosé
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j'ai sauté en déployant mon parachute
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j'étais pointeuse je tenais un bâton
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avec un aimant au bout on avait des
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flèches métallique de couleur qui
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indiqué la direction des avions
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on était toutes assises dans la cave on
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entendait approcher les avions ma mère
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assise à côté de moi tremble t je la
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tenais par le bras
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[Musique]
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pour faire ses emplettes hulot qui avait
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un autre avion avec les lâchers faible
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demande ouverte notre mémoire notre
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viseur de pilot qui luisait de mes
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moindres
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qu'est ce qui dit j'ai lutté mais la
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dette toutes dernières secondes et
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réussi à pousser les ailes en dessous de
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la l2 lyon côté chi tonnes de bombes
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avaient perçu en train de notre elle est
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là que de pouvoir écouter ce que ces
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gens ont à dire tu t'attaches heures
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chacun a joué un rôle important dans
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notre histoire de pouvoir établir une
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connexion affective avec la personne qui
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raconte l'histoire aux générations
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futures
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c'est vraiment cool le fait que ces deux
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générations qui sont complètement à
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l'opposé une génération que leurs
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enfants c'étaient des bombardements de
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l'autre génération c j'ai mon iphone
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j'ai tout au bout de mes doigts
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je pense que on a beaucoup à apprendre
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de siegler puis ces femmes là
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nous leur promettant de porter le
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flambeau et de ne jamais oublier
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mais nous savons faire
 

 

 

Fidèle à la tradition militaire de sa famille, François Guy Savard, âgé de 18 ans, s'engage dans la guerre et se joint à l'Aviation royale canadienne dans le cadre d'un nouveau programme d'entraînement aérien spécial en français. Après son entraînement, il devient navigateur d’un Lancaster dans l’escadrille Alouette, renommé pour son personnel francophone en grosse majorité. M. Savard partage ses expériences de guerre et les défis qu'il a dû confronter. Cette entrevue complète avec M. François Guy Savard est un des grands témoignages personnels partagés par les anciens combattants et les civils qui ont participé à La série Échos.

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je m'appelle françois guy savard je suis
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né à saint romuald vrai de lévis en face
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du québec
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mon père était dans l'armée était dans
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le 22e régiment
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alors pendant ma jeunesse on a déménagé
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maintes et maintes fois
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lorsque je suis arrivé au secondaire à
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montréal c'était ma deuxième école ans
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j'ai vécu un peu partout dans le québec
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vit que assez rare à mal dans la ville
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de québec à sherbrooke et iberville à
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saint-jean et finalement à montréal et
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puis à la déclaration de la guerre et
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mon père est un militaire de profession
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mais il est parti à la guerre laissant
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derrière lui ma mère avec six enfants et
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enceinte d'un septième ça c'était la
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guerre et puis partent elle a beau
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parler vrai hier moi j'avais 14 ans mara
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j'avais un frère aîné mon frère rené
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rémond avait 15 ans et puis alors est
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très impatient de d'arriver à l'âge de
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18 ans où il pourrait s'envoler dans
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l'aviation
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ce qu'il a fait et puis par bonheur il a
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été l'invité choisi pour aller à l'école
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de navigation à saint-jean d'iberville
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qu'à 25 1000 de montréal alors qu'ils
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venaient chez nous souvent et puis à
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l'occasion il apportait un sextant un
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sextant c'est un instrument qu'on
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utilise pour calculer la position d'un
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vaisseau ou d'un avion en prenant des
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visées sur les astres il m'expliqua ça
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j'ai trouvé ça bien intéressant mais
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seulement qu' il fallait faire le
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travail en anglais et puis mon anglais
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je me débrouillais comme ci comme ça
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mais entre ça plus faire de la
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navigation par les astres en anglais
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surtout la théorie cite une autre
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affaire mais je pensais alors vers la
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fin de ma 2 12e année à montréal un oeuf
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six recruteurs de l'armée se présentent
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un bon matin et puis pour nous nous
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offrir
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un nouveau programme d'entraînement que
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l'armée mettait sur pied pour les gens
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comme nous
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c'est un entraînement qui visait à
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former des ingénieurs militaires
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c'est un programme qui durera quinze
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mois à la suite duquel on deviendrait
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lieu non et puis le cours se donnent et
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en français avais je dit ça c'est pour
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moi alors le jour 2
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après le dernier examen les derniers
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examens
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je pars avec un copain d'école copine de
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classe pour aller voir un lieutenant
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colonel
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et puis quand on entre dans son bureau
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puis je m'en coller la voix s'il
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explique qu'il voulait il me regarde
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longuement et des tigres a cédé homme
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qui nous faut
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pensez vous que j'étais content ünal
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sorel en claquant la porte
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je vois un peu plus loin de michel
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catherine ils veulent le centre de
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recrutement de l'aviation a choisi les
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tests et plus neuf mois plus tard de
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roncq à l'âge de 18 ans et 9 mois
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j'obtenais monnaie le navigateur et mon
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gré d'une promotion au grade d officier
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pilote c'est à dire sous lieutenant
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j'étais à london en ontario où l école
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de navigation vosges été infectées et
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puis c'est un cours de 25 mois et puis à
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la fin du coup mon père qui venait leur
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mire d'angleterre ce mois là comme
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capitaine dans l'armée
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il était là pour me régler au nail sur
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ma tunique et puis avec un peu trop
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d'enthousiasmé va rentrer de l'ale
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lépingle à travers ma tunique et puis
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dans la poitrine puis j'ai pas bronché
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et puis mais ça faisait mal
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alors hein après deux semaines de congés
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d'adieu je suis parti en angleterre et
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je suis arrivé là-bas à l'âge de 18 ans
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et 10 mois
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et puis la russie naturellement il
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fallait que j'arrive vraiment faire en
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arrivant
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d'abord on avait droit à un congé de
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deux d'arrivée de débarquement alors
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tout ce que tu me rends à londres parce
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que je voulais voir la ville de londres
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et puis de là je monte dans le yorkshire
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où mon frère était dans une base
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d'aviation et pire la bon l'affairé on a
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eu une grande réception tenue d'ensemble
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et puis on est sorti puis tout à tout
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allait bien et quelques semaines plus
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tard mais lui il est disparu
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et puis alors là que j'ai commencé ma
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l'entraînement là bas de former un
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équipage avec dédé avec quatre autres
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membres ont été affectés à l'escale et
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425 alouettes c'est une escale est
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composée en grande partie de deux
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canadiens français
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et puis beaucoup de la province de
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québec naturellement québec montréal
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alors mon pilote c'est un sergent pilote
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qui venait de sherbrooke et celle de
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baudouin les du mitrailleur venait de
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montréal est la chute
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le viseur de bombe venait de sainte anne
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de bellevue moi je venais de montréal
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l'opérateur son fils le radio lui venait
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de shawinigan on était des québécois
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quand on s'y vit sur une île ont
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transférés sur des cadres y moteur parce
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qu'on l'a il fallait un ingénieur de
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voir les mécaniciens de bord et si le
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dernier membre de l'équipage qui s'est
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joint à nous c'est un anglais un anglais
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qui venaient du nord de l'angleterre
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un sergent incidents en 44 en juin 44
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et puis juste au moment de l'invasion en
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normandie
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alors j'étais en nouvelle écosse mais
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fait un stage d'entraînement soit disant
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de commandos et puis de là on est
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traversée en angleterre sur le paquebot
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de luxe précise catherine mais c'était
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moins - le cul
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et plus on était six mille à bord six
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mille personnes militaires la traversée
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a pris huit jours et puis alors on est
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arrivée en écosse et là on l'apprend ce
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qu'on a remarqué c'est que la couleur de
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l'herbe là-bas le vert de l'herbe est
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beaucoup plus prononcée que l'herbe au
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canada alors c'était curieux et puis
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alors le voyage en train à partir de
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l'ecosse jusqu'au sud de l'angleterre où
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on était où on allait sewell après une
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douzaine d'heures
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la nourriture était aussi mal les gazons
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avait cessé d'exister en angleterre est
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là il fallait pousser des légumes sur le
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gazon entier mais c'était surtout des
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choux de bruxelles
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on ne mangeait beaucoup dessus de
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bruxelles jeudi à bruxelles je n'ai pas
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mangé pendant vingt ans après la guerre
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on avait découvert aussi déficient
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beaucoup parce que on obtenait déficit
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fixés dans le papier journal je venais
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de feuilles de journal vous aviez en
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faisant un corner avec les méthodes du
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poisson il est vrai de nantes
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alors c'est ce qu'on faisait je trouve
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dans le viseur de loisirs on aller au
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pub où dans le même esprit pour prendre
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un verre de bière il y avait enfin femme
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épanouie au rck très décevant c'est là
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que beaucoup de jeunes solistes et puis
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il y avait des photos depuis il va
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toujours un artiste qui faisait les
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caricatures des primes et puis je suis
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retourné
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vingt ans plus tard et puis on pense
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qu'il y avait un autre cas à londres un
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ballon qui était tout près de de
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piccadilly circus qui s'appelait chez
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moi chez moi et puis j'avais découvert
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ça puis pendant personnes par les
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français j'avais découvert la place et
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puis j'en ai toujours avec mon copain
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doubt et puis bon alors le soir il y
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avait un piano dans la place vidéos
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jouées le piano et c'était bien je le
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fais depuis gilbert gire interview il
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les alouette alouette
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moi je me suis à chanter en anglais
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c'est une chanson qui est assez
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populaire
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et puis et la tête et là je fais tout
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pour tv alors en 51 je suis retourné à
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londres
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la première fois j'étais retourné dans
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l'aviation après la guerre et puis alors
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j'avais vingt quatre heures a lancé chez
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moi elle me rends chez moi puis il y
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avait encore des mêmes services et le
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même bar gay qui étaient là d'un rosé
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il ya de temps vous plaît de piano
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vincent gallo est celle ci huit ans plus
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tard on avait laissé la marque
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et puis pour les activités vont n'a pas
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grand chose à faire je vais et puis
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alors au bout de chacun tous les
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vendredis il y avait une parade si la
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paire master pris tout le monde de tera
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parade et puis là il y avait la paix des
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non il dit
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et puis en a certains qui était désigné
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pour aller continuer leur entraînement
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et puis alors le premier vendredi après
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midi j'étais la plus jeune avait
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d'autres qui sont là depuis des mois
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pendant la formation d'un navigateur au
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canada j'étais sur une lime et
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compagnons c'était tous des anglais de
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la rgt le sol canadien dans le dans la
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classe alors on m'appelait françe et
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puis c'est devenu très bon copain avec
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un de mes coéquipiers
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et puis alors lui il est il est
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originaire de londres
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il savait que j'étais où j'étais tout
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près de gloucester en angleterre et lui
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est en permission chez lui à ben à
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londres
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et puis après notre compte devant lui
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nous noël
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au canada ils étaient passés par
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montréal puis était venu chez moi il va
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rencontrer ma famille et puis c'était
10:00
mon tour d'être présenté ma famille qui
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m'a mis ses talents de répétition en
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permission pour la fin de semaine
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et puis essaye de venir me voir alors
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moi j'ai dû aucune possibilité qui
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appelle mon nom alors je m'arrange avec
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un de mes compagnons pour répondre à mon
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nom lorsque j'ai appelé alors je prends
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le train pour londres et puis je belle
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fin de semaine depuis deux chats et puis
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là c'était pendant cette phase mais là
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que les lits believe et les bons plans
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qui se remet à arriver à londres
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et puis une journée j'étais dans un pub
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avec mon copain et son père et puis les
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syriens de journée à hurler et puis à
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une bande collante qui est tombé dans la
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rue à côté
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comme dit si l autre côté il y avait des
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bases entre l'explosion et une autre à
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ça fait beaucoup de bruit mais quand on
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a pris assez de bière puis en parlant de
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bière bain pendant longtemps avant ça
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lorsque j'ai obtenu mes ailes je suis
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devenu officier devenu par la grâce ce
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site et sur lieutenant alors un
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paragraphe sur les médias c'était un
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homme puis un nombre des chats boit de
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la bière
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ça fume des cigarettes je vais t'aimer
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apprendre la bière la fumée les siennes
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je déteste les deux mais j'y ai pris
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goût et puis alors on était allé hop hop
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avec un à londres avec mon copain et
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puis bon aussitôt que l'émotion a été
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terminée on est rentré dans le pop corn
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oil une autre peine de rien alors
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à la base le dimanche soir il y avait
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trois notes sur mon lit oui parc
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flightline sommées porter secours alors
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rapporté le capitaine un majeur et un
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lieutenant-colonel j'ai un problème
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lundi matin me présente à vous au
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capitaine et puis dit mon petit coeur
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d'un problème
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alors il s'est aperçu que j'étais parti
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sans permission à la mangrove est
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beaucoup plus vu une chambre pas
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sérieuse de communes de punition et puis
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le vendredi suivant les jets du parti
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pour le pays de galles
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j'ai continué mon entraînement la raison
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pour laquelle je parti aussi vite c'est
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qu'à l'époque il est en train de former
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une escadrille de bombardiers de
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canadiens français
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l'escadrille alouettes alors tous ceux
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qui avaient des noms français ou qui
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s'approchait au français il était
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désigné pour partir plus vite que les
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autres
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ah c'est comme ça que j'ai été je pense
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le seul de ma classe
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arrivé au combat c'est un beau combat
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les autres sont arrêtés mm
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notre émission la première mission enfin
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des bombardements qu'on a fait c'était
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sur la vie de leipzig leipzig s'était
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plaint que c'était plus loin que berlin
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c'était un vol d'après les 8 heures de
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jour parce que la grèce les le bamako
13:00
mandat britannique aux autres pendant
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toute la guerre il faisait des
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opérations de nuit
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alors on avait été formé pour le vol de
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nuit mais étant naturellement une deux
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jours c'était beaucoup plus précis alors
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vers la fin voilà au moment où j'étais
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en action c'était surtout des opérations
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de jours qu'on faisait alors notre
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première c'était sûr leipzig
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et puis comme j'ai eu 18 heures de vol
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alors on se demandait
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qu'est ce qui se passait alors au moment
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où ça va s'approcher de l'objectif de la
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musique le mitrailleur arrière qu'il
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nommait la france la france j10 la
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cassure qui descend en flandre 200 m
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derrière nous moi comme navigateur
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inscrit tout ça dans mon livre cahier de
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bord et puis quelques secondes plus tard
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il dit 1 1 car ceux qui descendent à
13:50
djeddah en flandre 100 m derrière nous
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puis tout d'un coup un vacarme
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épouvantable tout et puis je le regarde
14:00
puis il y avait de la soif du ils ont
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comme ça mon parachute et egis auprès de
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moi et puis c'était le but qui avait
14:07
frappé près de moi en passant avait
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ouvert mon parachute vous paraît si tu
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te plaît comme navigateur il fallait que
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je travaille dans l'obscurité semi
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obscurité pour voir mes instruments de
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radars alors puis ça veut dire un rideau
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de chaque côté et du coup je portais
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cyril olap il y avait de la poussière
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partout plus d'un verre un bruit
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épouvantable
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on va on voyait à 104 amis mais là on
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avait un gros trou dans l'avion rendez
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compte c'est quelques instants avant ça
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alors qu'on approchait de l'objectif
14:38
elle s'assoit partout autour de nous et
14:41
puis le pilote avait dire à lomé qui
14:43
était le styliste et dire il vient voir
14:46
ça alors gmail est remonté à côté du
14:49
pilote normalement sa position lui était
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en dessous du pilote
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et puis c'est là que l'audio français à
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travers sa position
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moi j'adore quand c'est arrivé j'ai vu
14:58
j'ai un gros tas de soi et puis un grand
15:01
trou puis le méritais pas là alors je me
15:05
mets à chercher le maire français qui
15:06
étaient d'anciens du soit là parce que
15:12
c'est de quel côté seul au but et est
15:14
rentré et puis alors qu'il était plutôt
15:18
pilotes on se demande toujours comment
15:20
on va réagir face à la mort d'amour
15:22
comme le met à trembler comme ça et puis
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mais je me disais est contre toi grand
15:28
travail à faire
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c'était dans cinq ou dix secondes
15:38
seulement
15:39
dans mon livre de bord et puis alors pas
15:43
longtemps après le mécanicien de bord
15:47
ils rencontrent quelqu'un ça me demander
15:51
ça respire mal 0 sentais mal on est à
15:54
vingt mille pitt et puis alors il rendu
15:57
compte que le la ligne d'oxygène été
16:01
coupée alors il a fallu descendre à 10
16:04
mille pieds puis dames on pouvait
16:05
fonctionner sans oxygène
16:07
mais c'était très dangereux parce qu'on
16:09
est tout seul parce que d'habitude il
16:11
faudrait rester en formation mais on
16:13
était bien assure t il y avait des
16:14
avions de chasse français de la vie des
16:17
français diront c'est libre qui étaient
16:19
autour d'halloween sont escortés pour
16:21
revenir en angleterre c'était notre
16:24
première mission
16:24
on avait trois missions en faire ça va
16:28
être long on notera faire ça continue
16:29
comme ça les mots d'ordre de dubaï comme
16:35
en commun c'était ce mardi francis
16:37
écrasé les défenses alors on passait au
16:40
dessus de l'objectif en vagues de 150
16:42
avions lourd à toutes les cinq minutes
16:45
ça veut dire mille tonnes de bombes à
16:48
toutes les familles sable et puis pour
16:54
nous autres c'est normal tout ce qui est
16:56
pour nous autres ça veut dire que le
16:58
dire que les viseurs de bande et appuyer
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sur un petit bouton puis cinq ans et
17:02
demi de ventes de s'endetter et puis on
17:04
les aime bien content pour revenir à la
17:06
base et quelques 2 quelle que soit plus
17:09
tard on nous envoie à la base de cuir le
17:12
boss de kiel ou kiel en allemagne base
17:14
de sous marins
17:15
le site est très bien défendu on nous
17:17
avait dit qu'il ya autour de la base de
17:19
autour de qui elle eva 450 gros canons
17:22
d'artillerie anti avions 450 gros canons
17:26
alors effectivement en arrivant au
17:29
dessus de l'objectif
17:31
l'impression de l'objectif l'on s'est
17:35
rendu compte qu'il y en avait des canons
17:36
pis à sauter autour de nous et puis une
17:40
fois sorti de là bas de la région de
17:42
l'objectif l'épisode normalement demandé
17:47
d'étudier les membres l'équipage comment
17:49
ça allait
17:50
alors ici qu'est ce qui arrive aux
17:51
mitrailleur arrière qui était dans la
17:53
culture seul et oui à gagner la guerre
17:56
je suis prudemment mathurel je peux plus
17:59
bouger naturel
18:01
et puis si mitraillé j'étais à 45 degrés
18:05
lorsqu'il a été frappé dans le dans la
18:07
queue de l'avion
18:08
un obus qui l'a frappée puis là-bas ils
18:11
pourraient puis il fait non seulement
18:13
pas revenir dans l'avion mais si on
18:15
avait été obligé de de sauter en
18:17
parachute ne pouvait pas sortir de son
18:19
rang
18:19
cet ol alors il été pris comme un rat au
18:21
piège
18:24
encore
18:26
jours et puis alors
18:30
au décollage ce qui est sûr l'hiver
18:33
avant de décoller le décharger les
18:35
bombes le site en demande d'abord et
18:38
puis 2000 galons de gazoline chargé à
18:43
bloc puis la série s est con on se
18:46
rendait au bout de la piste ont tourné
18:48
vers la piste il avait les pleins gaz
18:50
les quatre moteurs
18:52
plein gaz et puis là une fois que tout
18:54
était bien le fait que le pilote était
18:57
satisfait que tout était sous contrôle
18:58
les relâcher les freins on se met à
19:00
rouler on décolle vers 102 sentier de
19:05
terre que découvre il elle doit tomber
19:09
comme ça on avait perdu le moteur doit
19:12
l'élève alors il en est un normalement
19:18
c'était un arrêt de mort edmond pilote
19:21
était tellement exceptionnel qui réussit
19:24
à maintenir le contrôle de l'avion vers
19:26
on dirait un mille pieds là et 10
19:28
rebonds mais les gars on a 2 le choix de
19:31
deux jours soit contourne vire autour de
19:34
la base pendant cinq ou six heures pour
19:36
brûler assez de carburant pour pouvoir
19:38
atterrir avec nos bombes
19:39
autrement on va 120 milles de la côte
19:42
nombre lâché la bombe dans la mer puis
19:45
on revient avec la gazoline comme ça
19:50
alors au dessus de la mer alors on vient
19:52
de grimper une tranquillement le 200
19:54
milles de la côte ont été rendus à douze
19:56
mille pieds puis là tout était sous
19:59
contrôle
19:59
la gauche et les s'était arrêté et puis
20:03
les pilotes et d'imams wage propos ma
20:04
part ça va bien mon horaire qu'est ce
20:07
que vous en pensez dégâts s'il fait
20:08
c'était une belle journée de printemps
20:11
l'objectif était et est pas tellement
20:12
loin c'est lll gowland et puis comme ça
20:17
si on retourne à la base on ne reprend
20:20
crédit pour une opération
20:22
et puis après toutes ces émotions là -
20:26
complicité nous donner le cas dieu on me
20:29
dit allons-y
20:30
alors le continuer jusqu'à l'objectif
20:32
actuellement
20:34
neil la vitesse était réduite quand on
20:36
est arrivé là tout le monde est à partie
20:38
on était tout seul au dessus de
20:39
l'allemagne
20:40
et puis mais c'était bien parce qu'elle
20:43
avait le viseur de bombes abus et
20:46
lorsque ces bombes juste sur l'objectif
20:48
faire une belle photo
20:50
et puis là on est revenu bien fiers de
20:52
notre coup pendant longtemps après ça
20:55
les mitrailleurs qui était supérieur il
20:58
dit six avions ennemis de chasse qui
21:03
s'emmène bien d'autres l'ont dit et
21:06
c'est vraiment notre affaire alors le
21:10
pilote était légal et du mitrailleur
21:12
calmez-vous surtout tirée pas les
21:16
premiers à tandis qu'ils tirent sur nous
21:17
d'abord avant de riposter
21:21
alors par pur miracle
21:24
les avions de chasse allemand ont fait
21:27
demi tour et se retourne en allemagne
21:28
alors avait très peu d'endurance il peut
21:31
monter peut-être 40e minute pas plus il
21:33
faut croire qu'ils étaient à court de
21:34
carburant parce qu'ils sont retourne en
21:36
allemagne - diabaté
21:39
un peu plus tard le deuxième moteur qui
21:42
marqua à toucher les plus habiles à cet
21:46
incident on voit ça on se débarrasse de
21:49
cette machine alors il me dit navigateur
21:52
deux mois avant un cap pour la hollande
21:56
ont entre neuf et la hollande
21:58
on devait traverser la cour tout sur la
22:00
pile à bonsecours poste jérémy mon
22:02
parachute rupture et puis à le prendre
22:05
sur la baie le mécanicien de bord y
22:06
travailler avec ce matériau pour essayer
22:08
de la faire grossir puis effectivement
22:09
il les faire partir là ça allait bien et
22:12
puis là je dis bon retour chez nous
22:13
plutôt que sauter en allant en parachute
22:16
et puis elle retourne en angleterre on
22:18
arrivait à la base avec une heure de
22:20
retard sur le tableau
22:23
à la base on était marqué mais s'ils
22:26
manquent à l'appel
22:27
on est avec les disparus qui joue demain
22:30
contre nature notre affaire est bien
22:33
fier de l'autre pour une autre pilote
22:34
qui va obtenir une déclaration sur ma
22:36
peau là bravo
22:37
et puis alors le lendemain matin
22:40
encore une fois tout l'escadrille se
22:42
réunit et puis elle la commande
22:43
intelligente et puis bon est ce que le
22:46
sergent baudouin dans la foule
22:48
et autant dire et c'est là la décoration
22:50
des singles numéro tout ça fait que il
22:54
dit moi je veux que tout le monde
22:55
regarde ces bonhommes les îles d'hyères
22:57
la sacra du bourg loin a perdu un moteur
23:00
au décollage puis a continué jusqu'à
23:03
l'objectif surtout en étant donné sa
23:07
jambe au doigt tout ce que je peux vous
23:08
dire c'est que j'admire votre courage
23:09
mais je n'ai pas deux sens de l'esprit
23:13
de d'intelligence alors ça a été ça
23:17
récompense ci était le pire de tout ça
23:20
pour une prison qui était que dans les
23:21
six mois précédents sur notre galerie 2
23:26
2 équipages avaient été endommagées ont
23:30
subi des dommages en allant l'objectif
23:32
mais qui avaient décidé de continuer
23:34
blanche herbe ont pu revenir la maison
23:35
puis immédiatement
23:37
chaque pilote avait obtenu une croix des
23:39
vols distinguer les pilotes avaient des
23:41
croix les sauf s'ils avaient des
23:43
médailles dans les deux cas la même
23:46
chose le jour sur l'airé legoland le
23:50
pilote d'une autre et ce cadre on était
23:54
tellement intense et au dessus de
23:56
l'objectif qui arrivait souvent que des
23:58
gens étaient frappées par des bombes des
24:00
arts lui avait été endommagé par comme
24:02
je suis comme ça et puis tout près de
24:04
l'objectif
24:05
alors il va lancer ses bons pyrénées en
24:07
angleterre et puis il a atterri en avion
24:11
une croix des folles distinguer
24:13
autrement dit si vous thématiques de ce
24:15
corps mais il n'était pas là dessus
24:17
alors mon pilote était sergent parce que
24:20
lorsque notre année noël à la fin de la
24:22
formation de l'aviateur soit pilote
24:25
navigateur là on devenait
24:28
automatiquement sergent mais si on avait
24:31
eu de très bons résultats
24:32
maintenant elle obtenait une commission
24:33
de haut si on doublait un paragraphe sur
24:36
dans ce recueil c'est un pilote
24:38
exceptionnel même si a pas beaucoup
24:40
d'éducation il parle pas tellement de
24:41
bien de france y est l'anglais et puis
24:44
alors sur les secrets a demandé à dieu
24:47
de lui dans son français a donc des
24:57
semaines alors par conséquent il n'y
25:04
avait pas droit à une commission de sa
25:06
majesté
25:07
et puis il est devenu officier rien qu'à
25:09
la fin de la guerre je suis à l'afp l'un
25:11
d'eux est lui même qui est intervenu au
25:14
canada va tourner et atterrir car il est
25:18
encore sergent-chef est arrivé chez lui
25:22
puis là il ya un télégramme qu'il
25:23
attendait qu'il y avait obtenu ces
25:25
commissions dossier puis semaine
25:30
comme mon frère est un navigateur nous
25:31
aussi et puis on avait 30 missions de
25:34
bombardement à faire alors le soir de
25:37
son 30e de brahms le voilà cette journée
25:40
là il savait que il partait ce soir-là
25:45
en action il y avait créé la maison à
25:48
montréal la famille me dit bon ben là je
25:51
gère mon tour d'opération il devrait
25:53
être de retour au canada avant longtemps
25:55
et puis pendant la guerre la boisson
25:58
étaient rationnés
25:59
l'alcool est rationnel alors on avait
26:02
des pédés les permis d'alcool qui nous
26:05
donnaient le droit rien qu'une ou deux
26:07
bouteilles par mois puisqu'ils avaient
26:09
dit écoutez commencer les permis
26:13
d'alcool du voisinage pas ce qu'on va en
26:16
avoir un avant de recevoir cette lettre
26:19
là mes parents reçu lé télégramme
26:22
nous regrettons nous informer que votre
26:23
fille cdt a battu jo tu depuis alors le
26:27
soir de sa 130e la dernière opération il
26:29
revenait au canada
26:31
il avait 20 ans même si c'était arrivé à
26:35
mon frère le moujahid
26:41
chaque matin tout le monde se présentait
26:45
dans ce lot metz le maître sorcier les
26:48
mers du sud aussi et puis là il y avait
26:49
un tableau
26:50
et puis s'il y avait une opération en
26:54
vue ce soir là une mission là les noms
26:56
des équipages étaient indiqués et puis
26:59
alors c'est comme ça qu'on savait si on
27:02
irait ou non avant de partir en mission
27:05
comme ça il y avait toujours un très bon
27:07
rapport qui nous est servi parce que
27:08
dans bien des cas c'était le dernier
27:10
rapport
27:15
j'ai dans le bamako mais c'était la
27:17
concentration alors la concentration en
27:19
connaissez vous la dire 150 bombardiers
27:21
lourds qui passait au dessus de
27:23
l'objectif
27:23
un toutes les cinq minutes alors on dit
27:26
en une demi-heure ont lâché c'est un
27:29
mille tonnes de bombes
27:31
parce que s'annonce un canter bombardier
27:33
dans ce matin mais le temps des
27:34
vendanges et damien 5 ou 6000 tonnes
27:39
6000 tonnes de bombes
27:42
et puis c'était à la fin de la guerre
27:45
est plein à ce moment là notre pire
27:49
ennemi s'était pas nécessairement les
27:51
allemands mais c'étaient les autres
27:53
autour de nous parce que tout le monde
27:55
vise le même objectif mais effectivement
27:59
le dernier raid l'âme de la guerre
28:01
c'était sur tille de 10 et la crise ils
28:05
le vendent drogue
28:06
et puis survint dirk van gogh
28:09
il y avait des batteries d'artillerie
28:11
qui empêchait nos bateaux notre marine
28:14
d'entrée avec nous à fond alors ils
28:17
avaient 7 800 bombadil où on ne pensait
28:24
dans une demi heure on a procédé cet
28:26
ambitieux projet youtube
28:27
c'était là et puis alors on a on en a
28:33
besoin qu'on approchait de l'objectif le
28:36
brand notre viseur de bombes étaient en
28:38
randonnée puis des idiots pu assister
28:41
les cdd puis tout d'un coup on entend un
28:45
cri de mort si c'était un autre
28:47
mécanicien de bord qui avaient regardé
28:49
puis faire ses emplettes une autre avait
28:52
un autre avion avec les il a superbement
28:55
le sup de bons ouverte puis avait citant
28:59
des bons petits ils étaient une bonne
29:02
humeur notre viseur de manchester des
29:04
pilotis visait le même endroit qui est
29:07
située à lutter savait que d'une seconde
29:10
à l'autre
29:11
ces bombes la étape où nous tomber
29:12
dessus tout puis nos pauvres
29:15
mécanicien de bord il était en désaccord
29:16
puis dire au plus admet la gauche mais
29:19
on était tellement série je ne peux pas
29:22
là des toutes dernières secondes et
29:23
réussi à pousser les ailes en dessous
29:26
d'elle elle devient côté que vous même
29:29
moment d'accorder un cri de joie
29:32
citant deux bombes avaient passé en
29:34
train de notre elle est là que d'un
29:36
autre avion juste premium puis les
29:39
week-ends symbole qu'était un anglais
29:41
tilly d'y détecter les éléments et life
29:44
chaque mission avait un objectif
29:48
militaire sur une galerie gare de chemin
29:51
de fer ou ou menu une usine de guerre ou
29:55
[Musique]
29:58
comme des délais des batteries
30:00
d'artillerie
30:01
c'était toujours comme ça et puis on
30:04
revient on savait fort bien qu'il ya des
30:07
banques qui ont accueilli montant
30:08
d'impact sur l'objectif vous avez vu ce
30:11
qui s'était passé à londres
30:12
ribéry et des gens qui on espère qu'il
30:16
était cachée dans des abris parce que ça
30:19
tombait fort mais est-ce qu'on sentait
30:21
coupable non et puis personnellement en
30:24
tant que navigateur
30:24
je voyais en or l'avion était toujours
30:28
préoccupé mais là mon travail c'est le
30:30
message de nos navigations witcher
30:32
c'était très rare que je regardais
30:33
l'ordre et puis mais les quelques fois
30:36
où ça m'est arrivé je peux regarder il y
30:39
en a deux la corse là mais ça n'a pas
30:41
été agréable d'être l'hôte et puis vu ce
30:44
qui s'était passé alors les bombes
30:46
volantes qui veulent être parce que
30:47
c'était pour table ce qui s'est passé en
30:49
allemagne
30:50
les et des centaines de milliers de
30:52
femmes et d'enfants jean mora gare et
30:55
puis effectivement dans les années 60
30:57
j'ai passé quatre ans en france et en
31:00
allemagne et puis monsieur robert galley
31:04
ces gens là les allemands qui était
31:05
tellement gentil hacker accueillant un
31:07
peu de surprises si ces bêtes la guerre
31:09
la ville de cologne
31:11
je viens d'avoir volé au dessus de
31:12
cologne après la guerre à la fin de la
31:14
guerre il restait absolument rien en
31:16
commun sauf la cathédrale au milieu de
31:19
la mine
31:21
à toutes les six semaines à l'escale et
31:24
on nous donnait une semaine de
31:25
permission alors quatre semaines s'est
31:30
adonné être le 8 mai était au milieu de
31:33
la semaine 8 mai c'était jour la
31:37
victoire
31:39
vidée et puis alors j'étais avec dabou
31:43
on est encore permis sera longue
31:44
parce que londres était ma ville
31:45
favorite j'allais toujours à londres en
31:47
permission
31:48
et puis alors j'étais avec yahoo et
31:51
filature 20 m faisait bon bars et puis
31:53
c'est tout est bien et puis mais là
31:56
c'était devenu la fun folie totale
31:58
bienvenue centaines de milliers de
32:00
militaires puis tu sais si tu puis tout
32:03
d'un coup je vais me suis un état
32:05
d'esprit hier me dire mon dieu j'ai
32:10
survécu
32:12
je veux vivre oui je veux vivre pour
32:15
voir mes 20 ans je connaissais une jeune
32:17
fille à bristol puis idiada où
32:20
allons-nous un bris seul convoi bolton
32:22
et puis le jour de la victoire on est
32:25
allé tranquillement dans un pub pour les
32:27
prix une bière ensemble ça a été ça
32:30
notre célébration
32:31
alors quelques jours plus tard on était
32:34
de retour à la base puis là il ya eu un
32:35
vrai projet de la cité pour notre la
32:38
bombe parce que c'est la base
32:40
là on a vraiment célébrer et puis non
32:43
seulement si il y avait des filles qui
32:45
dit rouler dans l'herbe
32:46
je me souviens l'aumônier il m'avait dit
32:48
on voit y en a des petits pays six ans
32:50
comme ils jouent en entente débat la
32:52
confession de m et puis bon alors pour
32:56
continuer mon idole
32:58
comment nous avait réuni encore une fois
33:01
dans la salle de briefing
33:02
j'avais dit les gars voici ce qui nous
33:05
arrive
33:05
le 425 alouettes a été choisie pour
33:08
faire partie
33:08
tiger force et la force que la
33:13
contribution du canada à la guerre
33:15
contre le japon on va recevoir un
33:19
nouveau bombardier lancaster d'une
33:20
journée à l'autre on va apprendre à
33:22
l'égaler contrôler et puis ce qui est
33:27
puis la fois de la taïga fois il faut
33:28
former le code volontaire et puis ce qui
33:31
si grand volontaire je vous promets que
33:33
vous êtes de l'autre au canada pendant
33:34
un mois et personnellement un joueur
33:37
vous menez en formation devait 15,1
33:41
castres au dessus de la ville de québec
33:42
et de la ville de montréal alors l'app
33:44
store de new york venaient de tennis
33:47
québec
33:48
alors tout le monde singh pendant thèse
33:51
effectivement nous nous nous voulons
33:53
casser cette arrivée de de toronto où il
33:56
avait été vaincu manufacturés et puis
33:58
gens virés bord ont été ramenés au ghana
33:59
si celui là qu'on a ramené le revenu le
34:04
coût que le 14 juin
34:07
45 on était de retour au calme puis
34:10
j'essaie de wimereux 20e anniversaire de
34:12
naissance sur un mois plus tard il avait
34:13
encore des adolescents pendant la guerre
34:18
avait 14 ans en trente neuf
34:20
et puis 19 ans
34:23
au début de la guerre j'étais petit et
34:25
les petits gars d'école d'un neuvième
34:27
année puis à la fin de la guerre et des
34:30
dieux non déviation ah oui c'est bien
34:33
vrai monsieur été ouverts un garçon et
34:36
même s'il avait rien de 20 ans et puis
34:39
je regardais autour de moi je me
34:41
trouvais bien belle intelligente et bien
34:46
changé oh mon dieu oui oui en tant que
34:51
j'étais content comme militaire mais
34:53
attend que si l'huile était absolument
34:56
dans l'étranger avait quitté la vie
35:00
civile à l'âge de 18 ans mais ma pauvre
35:03
mère quand elle a appris que je mette à
35:05
porter volontaire pour la guerre du
35:08
pacifique le at&t; ou désespoir je me
35:11
disais mais qu'est ce que j'ai fait mais
35:13
là vraiment c'est sam
35:15
et puis après mémoire congé lâche
35:18
partait pour ocana non seulement les
35:22
vous savez ça m'intéresse mais sa boîte
35:26
et l'autre la guerre c'était le midi
35:30
nous avons seulement mais qu'est ce
35:32
qu'ils vont y arriver il ya beaucoup de
35:34
gens qui ont décidé de partir tout de
35:35
suite
35:36
et puis pan de la tête et puis leur
35:39
licenciement
35:40
moi dans mon coeur je n'ai d'avoir 20
35:42
ans j'étais lieux non sans un anxieux
35:46
mais seules étaient 17 dollars par jour
35:48
sans taxes un bel uniforme
35:53
médailles l'ultime l'alternative j'avais
35:59
de quoi tu es une fois que je viens à
36:00
l'hybride seul je voulais personnes
36:03
maintenant je suis un officier de sa
36:05
majesté mais rien que tant que j'aurai
36:08
mon uniforme après ça m est un petit
36:10
groupe de tigres textile écoliers trois
36:13
ans
36:13
et puis maintenant accessible ici la
36:17
demande à mon père j'ai qu est ce que je
36:19
devrais faire ce que pensez-vous veut
36:21
dire faire une carrière militaire mais
36:22
il dit je veux dire mon petit comme mon
36:25
exemple sciatique tu deviendras jamais
36:28
riche mais tu t'ennuies rêve jamais
36:31
alors vas-y avait essayé de m'accrocher
36:34
puis je suis resté dans le service jusqu
36:36
en janvier 46 plus la blondinette 20 ans
36:41
une 12e année d'éducation avaient à
36:45
peine 500 heures de vol
36:46
on n'est pas bien alors j'ai quitté le
36:49
service le 7 à violer leur qu'aucun
36:52
autre avion n'atterrit que tu près de
36:54
nantes une une base de scoudouc alors ce
36:58
soir là bas ne trouve en effet une bombe
37:00
de commerce puis notez qu'on tente
37:02