Trois choses que vous devriez savoir

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Une image composite formée de trois photos : David Saint-Jacques, un désert aride et un client dans une épicerie.

Rencontrez Renée-Claude Goulet, Jesse Rogerson et Kyrke Gaudreau.


Ces trois personnes d’exception sont conseillers scientifiques à Ingenium. Chacune offre ses conseils d’experts sur d’importantes questions d’intérêt pour nos trois musées : le Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada, le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada et le Musée des sciences et de la technologie du Canada.


Dans cette nouvelle série mensuelle de blogues, les conseillers scientifiques d’Ingenium proposent trois faits insolites liés à leur domaine d’expertise. Pour l’édition de juillet, ils ont examiné l’effet de la technologie des chaînes de blocs sur l’industrie agroalimentaire, pourquoi David Saint-Jacques est légèrement plus jeune après ses six mois passés dans l’espace et pourquoi l’intelligence artificielle pourrait nous aider et nous nuire dans la lutte contre les changements climatiques.
 

Une technologie perturbatrice débarque en agroalimentaire

Bitcoin, Ethereum, Litecoin… Avez-vous entendu parler de cryptomonnaies aux nouvelles? Dernièrement, l’engin qui permet l’existence de ces monnaies, la technologie blockchain, fait les manchettes dans l’industrie agroalimentaire. Selon les experts, cette technologie aurait un énorme potentiel de traçabilité agroalimentaire.

Imaginez : un consommateur à l’épicerie ouvre un site web sur son téléphone intelligent, et « scanne » un code sur l’emballage d’une longe de porc. Immédiatement, l’historique entier du produit apparaît à l’écran : la date d’arrivée à l’épicerie, le lieu et l’heure de l’abattage de l’animal, la ferme où il a été élevé et même les traitements médicaux reçus. Incroyable! Cela n’est pas un futur lointain, ça se passe déjà au Taiwan  grâce à la compagnie OwlTing.

Pour que ce type de retraçage soit possible, toutes les personnes concernées dans le système doivent participer à la collecte et à la distribution des données. Dans un sens, un blockchain représente comme un énorme tableau Excel, grandissant avec chaque opération qui y est enregistrée. Chaque opération représente un « bloc », dont l’information est permanente et non-modifiable. Ce tableau, ou registre, est disponible au grand public et sauvegardé en petits morceaux sur l'ensemble des ordinateurs qui font partie du réseau. Bref, le blockchain, ou registre, relie toutes les données existantes (disponibles sur Internet) d’un produit donné, en un endroit, de façon sécurisée.

Chaque industrie agricole peut avoir son propre système blockchain pour rehausser la traçabilité. Parmi les avantages, on compterait une réduction des pertes au niveau des chaînes d’approvisionnent, une distribution mondiale optimisée, ainsi qu’une confiance rehaussée chez le consommateur. Un tel système permettrait également de retracer les origines d’épidémies de maladie alimentaires en quelques minutes, plutôt que quelques jours. En fait, Wal-Mart s’est récemment associée à IBM pour lancer un projet pilote utilisant la technologie blockchain afin d’améliorer la sécurité alimentaire dans leur chaîne de distribution. 
 
Les vendus de la technologie vous peindront portrait reluisant où nous voyons la fin de l'inégalité dans la distribution des ressources et l’élimination quasi complète des épidémies de maladies d’origine alimentaire. Mais il reste encore plusieurs questions : est-ce utile que le consommateur ait accès à de tels niveaux de détails par rapport aux opérations agricoles, en absence de contexte? Les producteurs hésiteront-ils à utiliser une technologie qui implique beaucoup de saisie de données? 

Le potentiel de cette technologie pour améliorer nos vies, notamment la santé publique, est indéniable. Toutefois, chaque technologie a ses mauvais côtés. Bref, on peut s'attendre qu’à la longue, l'adoption de cette technologie fasse de grands remous dans les marchés locaux et internationaux, ainsi que dans le domaine de la sécurité alimentaire. 

Par Renée-Claude Goulet 

Pourquoi David Saint-Jacques est-il plus jeune de 0,006 seconde? 

Déjà en 1905, Albert Einstein publiait sa théorie de la relativité restreinte, qui expliquait clairement, entre autres choses, que pour un objet se déplaçant à grande vitesse, le temps s’écoule plus lentement que pour un objet se déplaçant moins rapidement. Ce phénomène s’appelle dilatation du temps, et la théorie précise que plus la vitesse de l’objet est grande, plus l’effet est prononcé.

Avançons maintenant dans le temps jusqu’au 24 juin 2019, à 22 h 47 : l’astronaute canadien David Saint-Jacques retourne sur Terre de la Station spatiale internationale (SSI). Depuis 6 mois et demi, il vit et travaille en apesanteur. En orbite autour de la Terre, il en a fait le tour 3 264 fois, et franchi 139 096 495 km (c’est presque la distance de la Terre au Soleil!).

La SSI se trouve en orbite terrestre basse, ou LEO en anglais (Low Earth Orbit), soit à quelque 400 km au-dessus de la surface de la Terre. Pour conserver cette distance sans retomber au sol, la SSI doit voyager très rapidement : sa vitesse moyenne est d’environ 28 000 km/h. C’est 280 fois plus rapide que la vitesse permise sur la transcanadienne!

Puisque David Saint-Jacques a voyagé à une vitesse aussi élevée, les effets de la dilatation du temps seront-ils visibles? En faisant quelques calculs, j’ai découvert que selon les horloges qui se trouvent sur Terre, il a passé 203 jours, 4 heures et 16 minutes dans l’espace, soit un total de 17 554 560 secondes. Toutefois, selon les horloges situées sur la SSI, il a passé 17 554 559,9941 secondes dans l’espace. La différence est de 0,006 seconde! Donc, si David Saint-Jacques avait passé 6 mois et demi sur Terre plutôt que dans l’espace, il serait plus vieux de 0,006 seconde que maintenant. La science, c’est BIZARRE!
Épatant, me direz-vous : David Saint-Jacques est plus jeune de 0,006 seconde que s’il avait passé ce temps sur Terre. Malheureusement, l’envers de la médaille, c’est que vivre et travailler aussi longtemps en apesanteur a des effets dévastateurs sur la santé : ses muscles sont plus faibles, ses os moins denses, son cœur moins fort, et ses artères plus rigides. Ses risques de cancer sont même plus élevés. Alors David Saint-Jacques a beau avoir vu un peu moins de temps passer que nous, les effets de son voyage dans l’espace ont annulé tous les avantages qu’il aurait pu en tirer. Pour en savoir plus long sur le rétablissement de David Saint-Jacques, lisez ce questions-réponses avec Raffi Kuyumjian, médecin de l’Agence spatiale canadienne.

Par Jesse Rogerson

Aborder l’avenir avec confIAnce?


L’intelligence artificielle (IA) porte en elle un immense potentiel pour nous aider à lutter contre les changements climatiques. En fait, un article récent du MIT énumérait 10 façons dont l’IA peut réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Examinons-en trois.

Si vous avez déjà utilisé Google Maps ou Uber ou si vous avez commandé quelque chose d’Amazon, vous avez profité de la capacité qu’a l’IA d’optimiser les trajets, la logistique et la chaîne d’approvisionnement. Des algorithmes qui planifient votre trajet à l’analytique qui prévoie vos prochains achats, l’IA permet à des entreprises d’atteindre une efficacité maximale et, ce faisant, réduisent les émissions de GES.

L’IA jouera aussi un rôle clé dans la mise en service d’un nombre croissant de véhicules électriques (VÉ). En ce moment, les exploitants du réseau ne sont pas certains que celui-ci soit en mesure de répondre à la demande additionnelle que créerait un nombre accru de VÉ, car si tout le monde branchait son véhicule en même temps, la demande montrait en flèche. Toutefois, avec l’apprentissage automatique et les mégadonnées (big data), des algorithmes pourront en quelque sorte transformer votre VÉ et tous les autres en un vaste réseau de batteries (appelé centrale virtuelle), qui, en fait, stabilisera le réseau.

Enfin, l’IA accélère déjà la recherche et le développement de nouvelles solutions, comme des carburants solaires, qui produisent du carburant à partir de l’eau, des rayons solaires et du CO2. L’IA est utile dans ce domaine, car elle peut traiter beaucoup plus d’information que les humains et, par conséquent, trouver des corrélations plus rapidement. De plus – et ce détail donne vraiment la chair de poule –, les algorithmes de génération deviennent eux-mêmes créatifs et inventent de nouveaux composés et concepts que les humains n’auraient jamais pu imaginer.

Si l’IA est prometteuse dans la lutte contre les changements climatiques, elle comporte un net inconvénient : le traitement de toutes ces données est très énergivore. En fait, des chercheurs viennent de démontrer que le fait d’entraîner un seul modèle d’IA émet autant de GES que cinq automobiles pendant leur durée de vie entière! C’est beaucoup, surtout quand on pense à l’importance qu’auront les nouveaux modèles d’IA, et ce, dans tous les aspects de notre vie. Pendant que l’IA nous aidera à réduire notre empreinte carbone, nous devrons réduire l’empreinte carbone de l’IA.

Alors, devrions-nous cesser d’utiliser l’IA pour lutter contre les changements climatiques? Absolument pas! L’IA jouera un rôle essentiel à l’avenir. Toutefois, nous devons nous rappeler que parfois, il est plus brillant de ne pas faire quelque chose. Au lieu de vous réconforter à l’idée qu’Amazon a optimisé la livraison d’un produit jusque chez vous, posez-vous la vraie question, celle qui compte le plus : avez-vous vraiment besoin du produit en question? Cette décision-là vous appartient… du moins jusqu’à ce que quelqu’un, peut-être, développe un algorithme qui la prendra pour vous…

Par Kyrke Gaudreau

Auteur(s)
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Jesse Rogerson, Ph.D.

Passionné par la communication de la science, Jesse Rogerson adore promouvoir la culture scientifique auprès du public. Il représente fréquemment le Musée de l’aviation et de l’espace du Canada à la télévision et à la radio, ainsi que dans les réseaux sociaux et lors de congrès. Il a participé à l’élaboration d’un atelier sur la communication scientifique visant à enseigner aux professionnels de la science du Canada des méthodes plus efficaces pour communiquer leurs constats scientifiques. Astrophysicien de formation qui exerce sa profession, M. Rogerson détient un doctorat (Ph.D.) en astrophysique d’observation de l’Université York, et a récemment publié un article revu par les pairs dans The Astrophysical Journal. Il aime faire de la moto, jouer à des jeux de société et jouer au « frisbee extrême ». 

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Renée-Claude Goulet

Renée-Claude Goulet est conseillère scientifique au Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada.

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Kyrke Gaudreau, M.B.A., Ph.D.

Expert en innovation des modèles d’affaires, en communication scientifique et en durabilité, Kyrke Gaudreau possède une expérience considérable dans les domaines de l’enseignement et de la direction d’équipes, et des services-conseils à l’intention d’organismes publics et privés pour aider ces derniers à exploiter leur plein potentiel créatif. Il a également offert ses services et conseils dans le cadre de projets de durabilité d’échelle nationale et internationale. Présentement, il fait la promotion de la culture scientifique et de l’entrepreneuriat technologique au Musée des sciences et de la technologie du Canada en établissant des modèles d’affaires internes et en offrant de la formation organisationnelle et des conseils d’expert en matière de communication scientifique. M. Gaudreau possède un baccalauréat en génie civil et environnemental de l’Université McGill, un doctorat (Ph.D.) en durabilité sociale et écologique de l’Université de Waterloo, et une maîtrise (M.B.A.) de l’Université Northern British Columbia. Cycliste invétéré tout au long de l’année et amateur de patin à roues alignées, M. Gaudreau habite à Ottawa avec sa femme et sa fille.