Suivi de la situation : la pollution et l’agriculture au Canada

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L’agriculture est tributaire de l’air, de l’eau et du sol, trois ressources naturelles essentielles à la vie affectées par la pollution. C’est pourquoi il est si important de disposer d’un système pour faire le suivi des polluants qui sont rejetés dans l’environnement, comme l’Inventaire national des rejets de polluants.


L’agriculture est une activité qui allie la science et l’art afin de cultiver la terre, de produire des végétaux et d’élever du bétail. Grâce à elle, les humains peuvent produire des denrées et des matières pour assurer leur subsistance et améliorer leur qualité de vie, telles que des aliments, des fibres, des plantes médicinales et bien d’autres choses encore. Nous entrons donc en contact avec des produits agricoles des dizaines, voire des centaines de fois par jour, ce qui en fait des produits essentiels à notre santé et notre bien-être.

D’une part, le secteur agricole et agroalimentaire contribue à la pollution et, d’autre part, il peut être touché par les activités des pollueurs voisins. Le fait de connaître les sources de pollution autour de leurs exploitations peut permettre aux agriculteurs de déterminer les pratiques à adopter pour atténuer leurs répercussions environnementales et pour protéger la biodiversité dans l’ensemble du secteur agricole.

Le Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada a collaboré avec Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) afin de voir comment le suivi de la pollution pourrait favoriser le secteur agricole et agroalimentaire au Canada. Cet article vous présente l’Inventaire national des rejets de polluants (INRP).

Qu’est-ce que l’Inventaire national des rejets de polluants?

L’INRP est une banque de données dynamique qui permet de suivre et de cartographier les quantités de polluants produits par les procédés industriels qui sont rejetés dans l’air, dans l’eau et dans le sol au Canada. Un certain nombre des substances émises sont jugées sûres, car elles sont filtrées et recyclées afin de réduire leurs concentrations, tandis que d’autres peuvent s’avérer toxiques ou nocives pour l’environnement à des concentrations plus élevées.

Depuis 1993, l’INRP collecte chaque année des données auprès d’installations canadiennes qu’elle publie ensuite. Ces installations appartiennent aux secteurs commercial, industriel et institutionnel. Si elles produisent et rejettent des quantités importantes de produits chimiques déterminés, elles doivent déclarer, entre autres, les quantités et le lieu de ces rejets et les activités associées à ces derniers.

Le lecteur sera peut-être étonné d’apprendre que plus de 320 substances ont fait l’objet d’un suivi dans plus de 7000 installations en 2017 (voir la carte ci-dessus)[1]. Les données de l’INRP font état d’une réduction globale des rejets de polluants au cours des dix dernières années. Entre 2008 et 2017, les quantités de polluants rejetés dans l’environnement ont diminué de près de 21 %.

Une base de données publique qui contribue à la lutte antipollution au Canada

Les données de l’INRP sont accessibles aux Canadiens, aux décideurs, aux spécialistes de l’environnement et de la santé, aux chefs de file industriels et aux organismes sans but lucratif, qui peuvent les utiliser à des fins très diverses (voir l’image)[2]. Les chercheurs qui désirent étudier les tendances en matière de pollution et comprendre les répercussions de celle-ci peuvent consulter des données historiques afin de déterminer les sources de pollution et de définir des méthodes d’estimation.

Diverses façons dont l’INRP contribue à protéger l’environnement

Les installations peuvent également déclarer si elles ont élaboré ou mis en œuvre des plans et des activités visant à prévenir la pollution. Grâce au suivi des mesures de prévention de la pollution, ECCC peut donner suite aux efforts déployés par l’industrie pour réduire les émissions de polluants comme les particules, le mercure, les dioxines et les furanes. Selon les données de l’INRP de 2017[3], la prévention de la pollution industrielle a été principalement assurée par :

  • La formation ou l’amélioration des pratiques d’exploitation;
  • La prévention des fuites ou des déversements;
  • La modification de l’équipement ou des procédés, ou la substitution de matériaux ou de matières.

Un suivi des répercussions de la pollution sur l’agriculture

L’INRP peut aider les chercheurs, les décideurs et les agriculteurs à effectuer des recherches sur l’aménagement agricole et à planifier celui-ci en plus de prendre des décisions éclairées. Il peut également indiquer les endroits et les moments où la pollution est susceptible d’être plus importante.

Par exemple, certains polluants rejetés dans l’air, comme le dioxyde de soufre, peuvent nuire à l’agriculture. Les chercheurs et les producteurs peuvent se renseigner sur les tendances concernant les substances émises, sur les endroits où ces émissions sont générées et sur la quantité de celles-ci afin d’examiner les causes possibles des mauvaises récoltes dans leur région (voir le tableau de bord ci-dessous à titre d’exemple). Des études ont montré que l’exposition aux polluants atmosphériques risque d’inhiber la croissance des cultures et d’en réduire le rendement, de causer l’apparition de marques visibles sur le feuillage des plants ou la mort prématurée de ces derniers[4].

L’avenir du suivi des polluants et les utilisations éventuelles de l’INRP

Tout le monde peut consulter les ressources en ligne de l’INRP et zoomer sur les installations près de chez lui afin de connaître les principaux polluants émis dans sa région. On peut parcourir les rapports présentés par les installations, éplucher des ensembles de données et visualiser des données sur une carte à l’aide de Google Earth. L’INRP est un outil qui peut être très utile à plusieurs types d’utilisateurs (p. ex. les éducateurs et les étudiants) qui peuvent s’en servir pour compléter des ensembles de données sur l’environnement qui proviennent d’autres banques de données de suivi.

Les données de l’INRP font partie des éléments qui ont permis aux chercheurs d’élaborer des modèles prédictifs des effets de la pollution. Les données tirées du suivi des rejets de polluants peuvent fournir aux utilisateurs l’information requise pour étayer des décisions relatives aux pratiques agricoles et agroalimentaires, et à l’aménagement d’infrastructures appropriées. Elles permettent notamment de retracer l’historique foncier de propriétés avoisinantes et d’évaluer la pertinence du choix d’un terrain pour l’agriculture urbaine ou l’aménagement d’une infrastructure verte, pour l’assainissement des sols urbains ou pour l’élaboration de stratégies d’adaptation. Leurs utilisateurs pourraient ainsi être en mesure d’aborder la question de l’utilisation durable des ressources agricoles et de contribuer désormais à la protection de ressources telles que l’eau et le sol.

[1] Source : Inventaire national des rejets de polluants du Canada : points saillants des données de 2017.

[2] Source : À propos de l’Inventaire national des rejets de polluants — Suivi des polluants au Canada

[3] Source : Inventaire national des rejets de polluants du Canada : points saillants des données de 2017

[4] Source : Effets de la pollution atmosphérique sur les cultures agricoles

Remerciements :

Nous aimerions remercier Alicia Berthiaume, Ivan Lee, Annabel Chung et l’équipe de l’INRP du ministère de l’Environnement et du Changement climatique, qui ont fourni la formation, les données, les graphiques et l’aide nécessaires à la rédaction de cet article. Nous remercions aussi les évaluateurs externes pour leurs commentaires ainsi que la rédactrice en chef Sonia Mendes pour son aide en vue de la publication et de la traduction de cet article.

 

Auteur(s)
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Sarah I.K.M. King, ing., Ph.D.

Sarah I.K.M. King met à profit une vaste expérience dans les domaines de l’entrepreneuriat, de la pédagogie et de l’industrie au Musée de l’agriculture et de l’alimentation du Canada. En tant que conseillère scientifique, elle offre ses conseils stratégiques et dirige des équipes dans l’établissement de stratégies de communication scientifique. Elle participe également à la réalisation de l’application des connaissances, à l’élaboration de nouvelles expositions et à la mise sur pied de projets numériques et de programmes publics et pédagogiques. Avant d’arriver au musée, Mme King a été ingénieure agroalimentaire et conseillère principale; à ce titre, elle a dirigé l’établissement d’un cabinet-conseil, mis sur pied des services consultatifs et de formation organisationnelle à l’intention des entreprises et investisseurs du secteur agroalimentaire, et piloté des études de marché et des analyses financières. Après avoir fait sa maîtrise ès sciences en génie agroalimentaire à l’Université Laval, elle a obtenu un doctorat (Ph.D.) en médecine expérimentale à l’Université McGill, où elle a dirigé plusieurs projets de recherche multidisciplinaire sur la conception de nouveaux nutraceutiques présentant le potentiel de protéger contre des maladies chroniques et le cancer. Mme King a été membre d’un comité sur les produits agroalimentaires du Conseil canadien des normes. Sur le plan communautaire, elle offre son temps et son expertise à des organismes sans but lucratif qui font la promotion de la sécurité sociale et du mieux-être, comme Médiation communautaire d’Ottawa et l’Educate and Feed Communities Foundation. Elle aime passer du temps en famille, faire de la randonnée et essayer de nouvelles recettes. Elle aime apprendre le piano avec sa fille, et faire de la lecture.

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Environnement et Changement climatique Canada

Environnement et Changement climatique Canada s’engage à protéger l’environnement, à conserver le patrimoine naturel du pays et à fournir des renseignements météorologiques pour tenir les Canadiens informés et en sécurité.

 

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